COMMENT SERA DESIGNE LE PROCHAIN GUIDE SUPREME EN IRAN. UNE PRESENTATION SUCCINCTE DU CONTEXTE INSTITUTIONNEL

Actualités
3 Mars 2026 23:13
34
COMMENT SERA DESIGNE LE PROCHAIN GUIDE SUPREME EN IRAN. UNE PRESENTATION SUCCINCTE DU CONTEXTE INSTITUTIONNEL

Depuis le début de leur offensive contre l’Iran, les États-Unis et Israël ont clairement affiché leur objectif ultime : provoquer un changement de régime.

Ces frappes sont présentées comme une occasion historique pour les Iraniens de renverser un État autoritaire et d’embrasser la démocratie.

Pourtant, comme l’a montré la guerre en Irak au début des années 2000, un changement de régime ne débouche pas nécessairement sur une alternative libérale. Il détruit d’abord l’ordre existant et crée un vide politique. Un terrain fertile où factions rivales règlent leurs comptes et se disputent le pouvoir.

Comment sera choisi le futur Guide Suprême

La campagne aérienne américano-israélienne a visé la direction du régime et son système nerveux : bases militaires, sites de missiles et infrastructures stratégiques. Le guide suprême et chef de l’État iranien, Ayatollah Ali Khamenei, figure parmi les victimes.

Si les autorités se sont empressées d’afficher leur contrôle, la mort du guide suprême constitue un choc. Le régime est désormais engagé dans une bataille existentielle pour sa survie. Dans ce contexte, le processus de désignation du successeur de Khamenei devient crucial.

La Constitution iranienne en définit les mécanismes à travers un organe appelé l’Assemblée des Experts. Cette instance regroupe 88 religieux chiites, soumis à un filtrage strict par le Conseil des Gardiens afin de garantir leur loyauté envers le guide suprême.

Le Conseil des gardiens veille à la conformité avec la ligne fixée par le guide. Il se compose de 12 membres : la moitié nommée par le guide suprême, l’autre par le chef du pouvoir judiciaire - lui-même désigné par le guide. L’organe valide les candidatures aux élections législatives, les projets de loi ainsi que les nominations à l’Assemblée des experts, élue tous les huit ans.

Dominée par le camp conservateur, l’Assemblée privilégiera vraisemblablement l’option la plus sûre. Elle recherchera un successeur proche du profil de Khamenei : suffisamment habile et flexible pour ajuster la tactique si nécessaire, mais capable de fermeté face aux menaces internes et externes.

Ce n’est pas l’heure de parier sur une alternative « modérée ». Le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (IRGC) plaidera lui aussi pour une ligne dure.

Aucun candidat ne s’impose clairement à ce stade. Le successeur le plus probable était le président Ebrahim Raisi, mort dans un accident d’hélicoptère en mai 2024.

Parmi les noms évoqués figure Mojtaba Khamenei, fils du défunt guide, de plus en plus présent lors d’événements publics. Autre possibilité : Hassan Khomeini, petit-fils de Ayatollah Ruhollah Khomeini, fondateur de la République islamique.

Mais un concurrent pourrait être Alireza Arafi, membre du Conseil des gardiens, vice-président de l’Assemblée des experts et directeur des séminaires islamiques du pays. Politicien chevronné, il dispose d’une solide stature religieuse.

Aucun calendrier précis n’est prévu pour la nomination du prochain guide suprême. L’urgence militaire pourrait retarder la décision, d’autant qu’une désignation rapide exposerait le successeur à devenir une cible.

Dans l’intervalle, conformément à la Constitution, un conseil intérimaire de trois membres a été formé pour gouverner. Il réunit Arafi ; le président modéré Masoud Pezechkian ; et le chef du pouvoir judiciaire, réputé conservateur, Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i.

Une pression régionale croissante

Pendant ce temps, l’IRGC dispose d’une large marge de manœuvre pour diriger la confrontation contre les États-Unis et Israël.

Officiellement, Pezechkian supervise l’effort en tant que président du Conseil national de défense. En pratique, il est perçu comme un chef de l’État affaibli, sans réelle autonomie. Lors de la guerre de juin 2025 contre Israël, il s’est contenté de reprendre la ligne de Khamenei et n’a donné aucun signe d’inflexion stratégique - une posture compréhensible dans un pays sous attaque.

De fait, l’IRGC, au ton offensif, impose l’agenda. La fermeture du détroit d’Ormuz et les frappes iraniennes indiscriminées contre des États voisins en témoignent. Pour les Gardiens de la révolution, l’heure n’est pas à la retenue, mais à la démonstration de force afin de punir ce qu’ils qualifient d’agression américano-israélienne. L’organisation semble suivre un scénario préparé de longue date.

Les frappes iraniennes contre des pays du Golfe abritant des bases américaines - comme les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Bahrain et le Kuwait - compromettent des années d’efforts diplomatiques.

Ces dernières années, Téhéran s’était employé à améliorer ses relations avec ses voisins arabes. L’Iran avait rétabli ses liens diplomatiques avec l’Arabie Séoudite en 2023 et approfondissait sa coopération bilatérale, notamment en vue du Hajj, le grand pèlerinage annuel à La Mecque.

En retour, les membres du Conseil de Coopération du Golfe avaient appelé le président américain Donald Trump, début janvier, à éviter toute confrontation militaire, alors que son administration durcissait sa rhétorique en faveur d’un changement de régime.

Désormais frappés par des missiles et des drones iraniens, ces pays doivent revoir leurs options. Certains envisageraient de mettre fin à leur neutralité et de riposter.

Donald Trump a évoqué un conflit susceptible de durer quatre semaines. Pour l’Iran, le temps joue en sa faveur. Tant qu’il peut encaisser les frappes aériennes et infliger des dégâts - directs et indirects - aux États-Unis, notamment en affectant l’économie mondiale, le régime a des chances de se maintenir.

À Téhéran, on parie que si la résistance dure suffisamment longtemps, Trump finira par perdre patience et réalisera peut-être qu’un changement de régime est une tâche bien plus ardue qu’il ne l’imaginait.