"Faites vos jeux !"
Il est vrai que l'élection présidentielle a parfois des airs de roulette de casino. Alors, pour Marine Le Pen, rien ne va plus ? les jeux sont-ils réellement faits ?
En tous cas, la campagne de la candidate RN est à la fois frappée par une accusation de détournement de fonds et perturbée par des manifestations de protestation., mais sur ce dernier point, elle n'est pas la seule.
Marine Le Pen accusée de détournement de fonds public européens
Selon Mediapart, l'organisme de lutte contre la fraude de l'UE (OLAF) a accusé la dirigeante d'extrême droite et ses proches d'avoir détourné environ 600 000 euros lorsqu'ils étaient députés européens.
L'avocat de Marine le Pen a aussitôt a rejeté ces accusations, soulevant des soupçons sur le "timing" du rapport de l'OLAF, publié en pleine campagne d'entre-deux tours.
L'agence accuse les intéressés d'avoir utilisé les fonds européens qui leur étaient alloués à des fins politiques nationales, pour des dépenses personnelles ou pour des services qui bénéficieraient à des sociétés commerciales proches de son parti, le Rassemblement National, et du groupe parlementaire d'extrême droite Europe des Nations et de la Liberté (ENF).
Le rapport cite Marine le Pen elle-même, ainsi que trois autres anciens membres du Parlement européen, dont son père, Jean-Marie Le Pen, son ex-compagnon Louis Aliot et l'ancien député européen d'extrême droite Bruno Gollnisch.
L'Office Européen de Lutte Antifraude les accuse d'avoir détourné environ 600 000 €, qu'il leur demande de rembourser.
Selon le rapport, Mme Le Pen aurait personnellement détourné environ 137 000 € d'argent public du Parlement de Strasbourg lorsqu'elle était députée européenne entre 2004 et 2017.
En réponse, son avocat, Maître Rodolphe. Bosselut , s'est dit "consterné par la manière dont l'OLAF agit", insistant sur le fait qu'une partie du rapport concernait des "faits anciens datant de plus de dix ans". "Je suis surpris par le timing d'une divulgation aussi forte" a-t-il fait savoir à l'AFP, une "instrumentalisation", selon ses propres termes.
Les paris sont lancés
Pendant ce temps, l'éventualité de voir Marine Le Pen remporter le vote pour la présidence se fait plus menaçante. Plusieurs médias internationaux et français ont déjà exprimé leur malaise et leur inquiétude concernant le danger pour l'Etat de droit en France que constituerait une victoire de Marine Le Pen.
Une menace que le philosophe André Comte-Sponville prend très au sérieux dans son éditorial du magazine Challenges :
"Son programme (de Marine Le Pen NDLR), s'il était appliqué, creuserait le déficit public (de plus de 100 milliards d'euros selon les calculs de l'Institut Montaigne) et aboutirait vraisemblablement à une stagnation économique, voire à une récession.
Notre pays serait isolé, l'Europe affaiblie, l'avenir de nos enfants un peu plus sombre. Mais enfin ce ne serait pas la fin du monde, ni celle de la France, ni celle de la démocratie. Du moins si tout se passe à peu près bien ou pas trop mal. Avec qui Marine Le Pen pourrait-elle gouverner ? Tout dépendra bien sûr du résultat des législatives. Une crise politique n'est pas exclue, et même, me semble-t-il, est probable. Imagine-t-on que gaullistes et libéraux se rallient massivement à la nouvelle élue ? Même à supposer qu'elle parvienne à rassembler une majorité au Parlement, le plus vraisemblable est que cela ne durera pas longtemps. Les difficultés économiques, qui iront croissant, s'ajouteront aux déceptions : je ne peux pas croire qu'une telle majorité, sur un tel programme, puisse tenir plus d'une législature. Nous aurons simplement perdu cinq ans et une partie de notre rayonnement international.
Et si tout se passe mal ? Alors le pire n'est pas exclu. Montée de la pauvreté, des violences, des haines. Racistes et xénophobes se croiront tout permis, y compris au sein de la police, les immigrés, même légaux, auront peur, la nation sera plus divisée que jamais, la crise de régime inquiétera l'armée, l'agitera peut-être... Aucune démocratie n'est éternelle. Faisons donc tout pour éviter l'élection de Mme Le Pen, comme il conviendra de tout faire, si elle est élue, pour éviter ce pire-là, qu'elle ne vise sans doute pas mais qu'elle rend possible."
Les observateurs craignent également qu'en cas de victoire de la candidate RN, les tensions montent encore d'un cran chez les jeunes, qui multiplient actuellement les manifestations contre les deux candidats à la présidentielle.
Plusieurs centaines d'étudiants se sont rassemblés jeudi 13 avril devant la Sorbonne à Paris, partiellement occupée, aux cris de “Ni Macron ni Le Pen”, et environ 150 autres ont bloqué l'accès à Sciences Po Paris, avant d'être chassés par des militants d'extrême-droite.
De nombreux jeunes, qui ont voté Mélenchon, vont jusqu'à refuser l'idée du “front républicain” consistant à voter Macron pour faire barrage à Le Pen, et se déclarent même prêts à "renverser la table" de manière à créer un "choc démocratique". Un pari qui commence à inquiéter sérieusement les équipes d'Emmanuel Macron, d'autant que les sondages montrent que l’écart entre les deux candidats est extrêmement serré, de 5 à 10 points seulement en faveur d'Emmanuel Macron.