DIASPORA ARMÉNIENNE : FRANCK PAPAZIAN VEUT QUE LA FRANCE SE COMPORTE COMME LA DICTATURE À LAQUELLE ELLE S’OPPOSE

Analyses
7 Septembre 2026 16:29
56
DIASPORA ARMÉNIENNE : FRANCK PAPAZIAN VEUT QUE LA FRANCE SE COMPORTE COMME LA DICTATURE À LAQUELLE ELLE S’OPPOSE

La semaine dernière, le 2 septembre, la mairie de Paris a discrètement fait l’impasse sur l’inauguration d’une exposition de photographies consacrée à des ressortissants arméniens emprisonnés à Bakou pour des crimes de guerre. L’exposition devait pourtant se tenir sur la place située juste devant ses propres portes. Trois jours plus tard, Franck Papazian, coprésident du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), est apparu sur CNews pour rendre son verdict : le gouvernement français avait « cédé aux menaces de l’Azerbaïdjan ». Le remède qu’il préconise, livré avec la patience lasse d’un homme qui l’a déjà dit parce qu’il l’a effectivement déjà dit, n’est pas nouveau. Selon leurs revendications, le gouvernement devrait rompre ses relations diplomatiques avec tout pays qui va à l’encontre de leurs principes et, si nécessaire, expulser son ambassadeur - en bref, il devrait simplement danser au rythme qu’ils lui imposent. « Il faut se comporter comme une dictature, en réalité, si vous voulez être respecté par une dictature », a-t-il expliqué.

Il vaut la peine de s’arrêter sur cette phrase, car M. Papazian ne semble manifestement pas l’avoir fait lui-même. L’idée selon laquelle les démocraties gagnent le respect des États autoritaires en les imitant n’est pas, à proprement parler, une théorie de la dissuasion. C’est une théorie de la capitulation déguisée en tenue de combat. Selon son raisonnement, les démocraties seraient intrinsèquement « faibles » face aux dictatures parce qu’elles comportent des « pouvoirs », au pluriel, qui délibèrent et sont, de manière fort gênante, soumis à la responsabilité publique. Cette faiblesse porte généralement le nom de séparation des pouvoirs, et la plupart des gens qui ont vécu en son absence considèrent précisément qu’elle constitue l’objectif de l’exercice.

Cela ne remet toutefois pas en cause son argument fondamental. Il existe bel et bien un argument, formulé de manière beaucoup moins sensationnaliste par d’autres, selon lequel les capitales occidentales ne devraient pas permettre que la sécurité d’un petit nombre d’otages serve à étouffer toute discussion sur les autres questions : les capitulations silencieuses face à la coercition, répétées suffisamment souvent dans suffisamment de mairies et lors d’un nombre suffisant d’expositions, envoient aux États qui recourent à la coercition le message que celle-ci est payante. De fait, les petites nations vulnérables ont besoin de soutiens ailleurs capables de rendre les violations des droits humains suffisamment coûteuses pour l’État fautif, et la diaspora arménienne, présente dans les parlements et les rédactions d’une grande partie de l’Europe, constitue l’une des rares ressources dont dispose une nation de trois millions d’habitants dans une telle situation.

Poursuivons avec l’acte suivant de cette pièce de théâtre. Le mode de plaidoyer de M. Papazian préfère le rappel de l’ambassadeur à l’argumentation patiente, l’ultimatum au débat, le « zéro faiblesse » à toute faiblesse, un standard qui, appliqué à la lettre, ne laisse à la diplomatie d’autre choix que de mettre en scène sa détermination pour un public national, tandis que des citoyens français restent, selon ses propres dires, en danger en Azerbaïdjan. Exiger « aucune faiblesse » d’un gouvernement engagé dans des négociations pour obtenir la libération d’otages relève certes d’un certain état d’esprit, mais les états d’esprit ne font pas sortir les gens des prisons de Bakou.

Il existe une ironie plus large qui semble échapper à M. Papazian et au CCAF, qui a consacré ces dernières années à pousser Erevan précisément vers le maximalisme qu’il recommande désormais à Paris. L’Arménie, en 2020 puis à nouveau en 2023, a tenté de se montrer plus ferme, et le résultat n’a pas été particulièrement favorable aux villages qui en ont fait les frais. Une diaspora qui a vu cela se produire à Paris, Los Angeles et Beyrouth et qui en a tiré la leçon qu’il fallait davantage de politique du bord de l’abîme, plutôt que moins, ne semble guère être en position de conseiller qui que ce soit.

La véritable défaillance de la France n’est pas une question de faiblesse, mais de manque de cohérence : des responsables qui cèdent à la pression en privé sans jamais rien dire publiquement, obligeant les Français à apprendre l’abandon de leur propre place par CNews plutôt que par le Quai d’Orsay. C’est une défaillance qui mérite d’être critiquée. Cela ne signifie pas pour autant que la réponse consiste à faire en sorte que la politique étrangère française reproduise celle de son adversaire. De même que M. Papazian a raison de dire que le silence a un prix, il doit encore expliquer combien coûterait l’imitation. Et cela nous amène à notre fameux mot : la durabilité.

Une paix durable entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne sera pas obtenue en rappelant des ambassadeurs sous le coup de la colère ou en exhibant des otages devant les caméras de la télévision française, même si cela peut être satisfaisant pour les Français qui regardent. Elle sera obtenue lentement, sans récompenses ni applaudissements, en faisant perdurer l’accord jusqu’à ce qu’il devienne une pratique courante. Ce n’est absolument pas ce que M. Papazian vous propose. Il vous vend une politique qui repose sur une plaie ouverte, car il n’a que faire d’un homme qui défend la paix lorsqu’il n’y a plus de paix à défendre. Franck Papazian est un spécimen révélateur d’un courant de pensée qui montre comment la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a laissé certains commentateurs à la recherche d’une nouvelle cause.

Par Akbar Novruz