Manifestement dépourvue de toute compréhension du droit international ou de la terminologie juridique, la direction de la mairie de Paris s’apprête désormais à accueillir un spectacle culturel sur mesure, organisé par des factions proches de la diaspora arménienne. En soi, cela peut véritablement être décrit comme un exercice désespéré de surenchère politique. Toutefois, de telles manifestations théâtrales bon marché ou provocations orchestrées par des responsables politiques ayant perdu leur pertinence n’ont rien à voir avec la véritable conduite des affaires d’État, ce ne sont que des mascarades.
Que la France se rende complice d’une telle mise en scène est d’autant plus absurde et déplorable. Pour une nation qui cherche à affirmer sa puissance et à se présenter comme un poids lourd au sein de l’Union européenne, se livrer à de telles petites manœuvres porte gravement atteinte à son statut sur la scène internationale. En effet, la collusion de Paris avec la diaspora arménienne et sa soumission à celle-ci deviennent rapidement une anomalie dans les relations internationales. En bref, l’histoire offre peu d’exemples d’un pays disposant d’un tel potentiel économique qui se rabaisse au rang de simple instrument de jeux politiques de bas étage.
Même pendant la guerre froide, lorsqu’une puissance comme les États-Unis soutenait le Sud-Vietnam au nom de la lutte contre le communisme et utilisait les médias à des fins de propagande, elle a subi d’importants dommages à sa crédibilité internationale. Aujourd’hui, la France s’accroche aux basques d’une entité dépourvue de tout statut d’État souverain, semblant même désireuse de l’intégrer jusque dans son propre organisme.
Paradoxalement, si l’on met de côté les frictions politiques entre Paris et Bakou, les relations culturelles et économiques affichent une nette tendance à la croissance. Ni les étudiants azerbaïdjanais qui se rendent chaque année en France pour y poursuivre leurs études supérieures, ni les délégations françaises qui se rendent à Bakou pour favoriser les liens culturels ne donnent à penser que les relations bilatérales soient réellement tendues. En réalité, aucune tension fondamentale n’existe. Toutefois, incapable de trouver sa place dans l’architecture géopolitique plus large, la France sort systématiquement de son orbite lorsqu’elle est confrontée à la question de la diaspora arménienne, jetant alors des regards en quelque sorte hostiles vers Bakou.
Pour une nation qui prétend défendre les principes du droit et de la démocratie, offrir une tribune à des mises en scène injustifiées ne porte aucunement atteinte au prestige de l’Azerbaïdjan. De même, les acteurs en France qui s’efforcent de détériorer les relations bilatérales ne devraient pas se réjouir en pensant avoir remporté une victoire majeure. Leur objectif est transparent : tout progrès dans les négociations entre Bakou et Erevan leur est, par nature, insupportable.
Ce n’est pas une coïncidence si, chaque fois que les dirigeants azerbaïdjanais et arméniens se réunissent dans un pays tiers pour dialoguer, des factions de la diaspora arménienne refont surface, en France ou ailleurs. Après avoir transformé les rues de Bruxelles en véritable fourmilière lors du sommet entre les dirigeants arménien et azerbaïdjanais en 2022, ces groupes de la diaspora ont tenté exactement la même manœuvre. La vérité sous-jacente est claire : la motivation première de la diaspora n’est pas la libération de criminels de guerre, mais plutôt le sabotage de tout rapprochement entre les deux nations souveraines.
Dans quel but ? La réponse est simple. Contrairement aux organisations de la société civile nationale que l’on trouve dans d’autres pays, les organisations de la diaspora arménienne servent des agendas étrangers plutôt que les intérêts nationaux de leur patrie. L’histoire témoigne constamment de telles dynamiques et, aujourd’hui, comme simple prolongement de ce schéma historique, il ne faut guère d’efforts pour constater que ces groupes de la diaspora agissent comme des relais de puissances extérieures.
Cela étant, l’élément le plus frappant demeure l’engagement personnel d’Audrey Pulvar en faveur de la diaspora arménienne. Ancienne journaliste et présentatrice de télévision devenue femme politique, elle occupe actuellement le poste d’adjointe à la maire de Paris chargée des Relations internationales, des Affaires européennes et de la Francophonie. Un bref examen de son parcours révèle qu’en tant que femme politique de gauche, Mme Pulvar entretient depuis des années des liens étroits avec les organisations de la diaspora arménienne en France. Une partie de sa motivation découle d’une tentative calculée de consolider son électorat. Pour le Parti socialiste au pouvoir à Paris - dirigé par la maire Anne Hidalgo et soutenu par Pulvar - le maintien de relations solides avec des groupes tels que le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) est essentiel pour conserver un soutien électoral sur le plan intérieur.
Un autre facteur déterminant réside dans l’influence stratégique acquise grâce à l’alignement avec la diaspora arménienne en vue d’obtenir un capital politique. Ses liens étroits avec Mourad « Franck » Papazian, coprésident du CCAF précité, ainsi qu’avec Ara Toranian, autre dirigeant et journaliste, ne sont guère fortuits. Papazian lui-même est une figure clivante qui s’est auparavant vu interdire l’entrée en Arménie et demeure en profond désaccord avec l’administration Pashinyan. Comme indiqué précédemment, si la diaspora arménienne rejette explicitement l’actuel processus de paix, quel avenir peut-elle bien envisager pour le peuple arménien ? Vraisemblablement, seulement le retour du conflit et de nouvelles victimes. Dans cette perspective, la question de savoir qui soutient une telle structure de la diaspora, et dans quel but, trouve d’elle-même sa réponse.
Par Elnur Enveroglu