Le Kazakhstan prévoit d'attirer les entreprises étrangères en délocalisant leurs activités de Russie, dans un contexte de sanctions sévères imposées à Moscou en raison de son invasion de l'Ukraine.
Almas Aïdarov, vice-ministre kazakh des Affaires étrangères, a déclaré jeudi que le ministère, conjointement avec la société publique Kazakh Invest, est en pourparlers avec 43 entreprises étrangères qui envisagent de délocaliser leurs activités dans le pays le plus riche d'Asie centrale.
« À ce jour, 43 entreprises sont intéressées soit par la délocalisation de leur production ou l'ouverture de nouvelles installations au Kazakhstan, soit par le transfert au Kazakhstan de leur siège social dans la région eurasienne », a déclaré M. Aïdarov dans une interview accordée à l'Astana Times.
Selon lui, à l'origine, le pays s'intéressait à 265 entreprises qui avaient publiquement exprimé leur intention de quitter le marché russe ou d'y fermer leurs bureaux de représentation.
Depuis que la Russie a lancé son offensive en Ukraine, les nations occidentales ont serré la vis à Moscou en imposant des sanctions sévères qui ont paralysé l'économie du pays. Les puissances occidentales ont ciblé plusieurs grandes institutions financières, la dette souveraine russe et de riches particuliers. Les sanctions sur la dette extérieure de la Russie prévoient que le pays ne peut plus lever des fonds auprès des institutions financières occidentales pour financer l'État.
Des dizaines d'entreprises internationales ont abandonné ou réduit leurs activités en Russie en réaction à son invasion de l'Ukraine. Les pertes des entreprises mondiales liées aux opérations en Russie s'élevaient à plus de 59 milliards de dollars en juin 2022.
Dans le même temps, le Kazakhstan pourrait émerger comme un nouveau lieu d'implantation approprié pour les entreprises qui souhaitent maintenir leur présence en Eurasie dans le contexte des développements géopolitiques actuels.
« En ce moment, l'arrivée de telles entreprises, leur localisation [au Kazakhstan] est importante pour nous. C'est un indicateur de notre climat d'investissement », a estimé M. Aïdarov.
Mercredi, l'entreprise américaine Honeywell, fabricant de systèmes électroniques figurant dans la liste Fortune 100 des plus grandes entreprises mondiales, a ouvert sa première usine d'assemblage d'équipements avancés d'automatisation et de sécurité à Almaty.
« Nous apprécions grandement la contribution d'Honeywell au développement du secteur pétrolier et gazier au Kazakhstan. Depuis 1998, l'entreprise est notre proche partenaire dans le domaine de l'automatisation et de l'intelligence artificielle dans le cadre de plusieurs projets de production et de raffinage de pétrole », s'est réjoui le vice-ministre kazakh des Affaires étrangères, lors de la cérémonie d'ouverture.
Actuellement, Honeywell négocie l'ouverture de son bureau d'Asie centrale au Kazakhstan, a précisé M. Aïdarov.
Parmi les autres entreprises étrangères qui prévoient de quitter la Russie pour s'installer au Kazakhstan figurent WEG, un producteur brésilien d'équipements électriques, la plateforme de médias sociaux TikTok, le groupe australien Fortescue Metals et Carlsberg, une entreprise brassicole danoise.
À la mi-juillet, le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev a chargé le gouvernement de créer des conditions favorables à la relocalisation des entreprises internationales qui ont quitté la Russie. Il a souligné que cette mesure devait stimuler la production de biens.
Dans son interview, M. Aidarov a également exprimé la volonté de son pays d'ajuster certains aspects de la législation qui pourraient être dépassés pour la relocalisation des entreprises.
« Nous ne créerons pas de conditions spéciales pour les entreprises individuelles, notre législation ne le permet pas. Toutefois, si nous constatons que notre législation n'est pas adaptée aux nouvelles technologies apportées par les entreprises, nous pourrions la mettre à jour. Ces mises à jour s'appliqueront à toutes les entreprises du marché, y compris les entreprises locales », a-t-il expliqué.
Avec une population d'un peu plus de 19 millions d'habitants, le Kazakhstan est le pays le plus riche et le plus grand d'Asie centrale. Le pays s'efforce depuis longtemps d'attirer davantage d'entreprises et d'investissements internationaux en révisant ses politiques et en introduisant divers avantages pour faire des affaires. En 2019, le gouvernement kazakh a annoncé l'intention du pays de rejoindre les 30 premières économies mondiales d'ici 2050.
Faire des affaires au Kazakhstan est devenu plus facile, selon le classement 2020 de la Banque mondiale. Le pays se classe 25e, devant des pays comme la Russie (28e) et la Chine (31e), et certaines des économies développées du monde, comme l'Italie (58e) et le Brésil (124e).
Le Kazakhstan a concentré ses efforts sur le redressement et la croissance après la pandémie, en visant à augmenter considérablement le volume des investissements directs étrangers et du capital fixe. L'une des initiatives audacieuses du Kazakhstan pour attirer les investisseurs et améliorer le climat d'investissement est l'introduction d'un nouvel instrument, appelé accord d'investissement stratégique, qui donne la possibilité de signer directement des contrats d'investissement avec le gouvernement kazakh.
Pour les partenaires étrangers, le Kazakhstan reste l'un des principaux partenaires d'investissement en Asie centrale. En 2021, l'économie du Kazakhstan a absorbé environ 24 milliards de dollars d'investissements étrangers, soit 38 % de plus qu'un an auparavant. Plus de 60 % des investissements étrangers sont déjà réalisés dans le secteur non lié aux ressources naturelles de l'économie.