À l’invitation personnelle du président français Emmanuel Macron, le Premier ministre géorgien Irakli Kobakhidzé a participé au Sommet international de l’espace qui s’est tenu à Paris. Il était à la tête d’une délégation gouvernementale composée notamment des vice-Premiers ministres - la ministre des Affaires étrangères Maka Botchorichvili et le ministre de la Défense Irakli Tchikovani - ainsi que du chef de l’administration du gouvernement, Levan Jorjoliani.
Le Sommet international de l’espace avait déjà été marqué par plusieurs scandales avant même son ouverture. Quelques jours avant son début, de grandes entreprises américaines telles que SpaceX, Blue Origin, Stoke Space et Starcloud ont annoncé leur retrait. Plusieurs analystes politiques ont lié cette décision à la position du président américain Donald Trump. Au dernier moment, le dirigeant du deuxième pays organisateur, le chancelier allemand Friedrich Merz, a lui aussi renoncé à participer personnellement au sommet.
Dans ces conditions, la participation au sommet de petits États disposant de réalisations modestes dans le domaine spatial a pris davantage d’importance pour Paris, car elle permettait de conforter le statut de la France en tant que « puissance spatiale ». L’invitation de la délégation gouvernementale géorgienne au Sommet international de l’espace a également donné aux autorités françaises l’occasion de tenter de trouver une « nouvelle approche » vis-à-vis du gouvernement géorgien, avec lequel Emmanuel Macron lui-même avait profondément détérioré les relations au cours des années précédentes.
Rappelons qu’en 2024, parmi les dirigeants occidentaux, il n’y avait pas d’adversaire plus résolu du parti « Rêve géorgien » qu’Emmanuel Macron. Les autorités françaises, s’appuyant largement sur Salomé Zourabichvili, alors encore présidente de la Géorgie et ancienne citoyenne française, faisaient tout leur possible pour renverser le « Rêve géorgien » au moyen d’une « révolution ». Au plus fort des manifestations, le 13 décembre 2024, Emmanuel Macron a appelé le peuple géorgien à soutenir les actions de l’opposition dans la rue. Cela alors que, contrairement aux déclarations du président français sur le « caractère pacifique » des manifestations, celles-ci ne l’étaient déjà plus. Des engins pyrotechniques et des cocktails Molotov étaient utilisés contre la police, tandis que Salomé Zourabichvili avait tenté d’utiliser des enfants pour attiser les troubles et de les exposer aux matraques de la police. Le président français avait qualifié la décision du gouvernement géorgien de suspendre le processus d’intégration européenne de « trahison des aspirations européennes du peuple géorgien, inscrites dans la Constitution géorgienne », intervenant ainsi, de fait, dans les affaires d’un État souverain.
Mais l’appel de Macron, en décembre 2024, n’a pas donné un nouvel élan aux actions de l’opposition. Les autorités géorgiennes ont pris des mesures fermes pour neutraliser les provocateurs et rétablir l’ordre public. Par la suite, l’opposition géorgienne pro-occidentale et des représentants de l’UE ont commencé à parler d’un « isolement international » des autorités géorgiennes et de la « non-reconnaissance de la légitimité » du gouvernement du « Rêve géorgien ».
Cet isolement de la part de Paris s’est poursuivi pratiquement jusqu’à l’été de cette année, lorsque, de manière inattendue, Emmanuel Macron lui-même a invité à Paris le Premier ministre Irakli Kobakhidzé, prétendument « illégitime », pour participer au Sommet international de l’espace. Cela témoigne éloquemment du fait que les autorités françaises ont reconnu leur échec dans leurs tentatives de changer le pouvoir en Géorgie et cherchent désormais à rétablir leurs relations avec le gouvernement en place. Elles utilisent pour cela comme prétexte le domaine spatial, qui revêt aujourd’hui une importance exceptionnelle pour le maintien des positions géopolitiques de la France.
Rappelons que, dans les principaux programmes spatiaux, le retard de la France par rapport aux États-Unis se fait de plus en plus sentir. Ainsi, en 2004, l’entreprise française Arianespace représentait 50 % du marché des lancements commerciaux, mais ces derniers temps, ce marché est dominé par la société aérospatiale américaine SpaceX. Le programme Starlink de SpaceX a également démontré son efficacité dans la guerre russo-ukrainienne. Compte tenu du rôle considérablement accru des technologies spatiales dans le domaine militaire, cela signifie que, sans les États-Unis, la France et l’UE ne sont toujours pas en mesure de régler de manière autonome les questions de guerre et de paix.
Entre-temps, Macron, qui cherche à préserver les positions de l’industrie spatiale française, mise sur le renforcement de l’autonomie stratégique de l’Europe. Mais il est entré en conflit avec l’Allemagne, qui ne souhaite pas dépenser de l’argent pour les ambitions de Paris ni soutenir des projets français coûteux comme la fusée Ariane 6. Berlin est également favorable à une coopération pragmatique avec les opérateurs américains, notamment avec SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk. L’Allemagne entend développer son propre projet militaro-spatial, tandis que la France défend la création, sous sa direction de fait, d’un système européen de communication par satellite à l’échelle continentale, IRIS², présenté comme l’équivalent européen de Starlink. Alors que les premiers satellites IRIS doivent être lancés à partir de 2029, Starlink est déjà opérationnel.
En définitive, Paris essuie ces derniers temps des échecs et perd du terrain aussi bien sur le plan géopolitique que dans le domaine spatial. Dans le Caucase du Sud, ce n’est pas seulement la « révolution » en Géorgie soutenue par Macron qui a échoué. Toutes les manœuvres des autorités françaises visant à attiser artificiellement la confrontation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont été réduites à néant par les efforts de Trump. Dans le domaine spatial également, la France et l’UE ne sont pour l’instant pas en mesure de proposer une alternative complète et coordonnée aux programmes américains. D’où des gestes « conciliants » contraints, comme l’invitation de la délégation gouvernementale géorgienne au Sommet international de l’espace à Paris.
Il existe encore un autre facteur, dont la négligence a contribué au retard de la France par rapport aux États-Unis dans le domaine spatial : les ressources intellectuelles. Et dans ce domaine, la Géorgie dispose désormais d’un potentiel lié à la forte croissance de son secteur informatique et à l’augmentation du nombre de spécialistes de l’informatique, notamment grâce aux personnes venues s’y installer depuis la Russie et la Biélorussie. Ce potentiel commence lui aussi à être pris en considération par les principaux acteurs de la recherche spatiale et du développement de nouveaux programmes liés à l’espace et à l’intégration des technologies spatiales dans le domaine militaire.
Par Vakhtang Djokhadzé