Une nouvelle visite de deux jours de diplomates étrangers accrédités en Azerbaïdjan au Karabagh et au Zanguezour oriental, les 11 et 12 septembre, a suscité dans certains une réaction prévisible, mais non moins révélatrice pour autant.
Près de 150 représentants de 58 États et de 9 organisations internationales ont pu voir de leurs propres yeux Khankendi, Choucha, Aghdéré et Kelbadjar, et constater personnellement l’ampleur des travaux de reconstruction, la renaissance des infrastructures civiles ainsi que la réalité objective de la région. À première vue, pour tout État qui affirme aspirer au bon voisinage, le fait que la communauté internationale constate la stabilité et le développement à ses frontières devrait être perçu comme un signal positif. Pourtant, le segment médiatique arménien a accueilli cet événement par son habituel déferlement de fiel, d’irritation et de clichés éculés.
Il suffit de parcourir les fils des agences d’information arméniennes, des chaînes Telegram spécialisées et de la blogosphère pour voir surgir toute la profondeur des souffrances des « grands malheureux ». Toute visite officielle du corps diplomatique à Choucha ou à Khankendi est invariablement qualifiée par les médias d’Erevan de « visite dans les territoires occupés », de « spectacle de propagande de Bakou » ou de « nouvelle manœuvre diplomatique ».
Le mécontentement particulièrement virulent suscité cette fois-ci par la visite des diplomates dans l’ancien complexe monastique de Gandzasar, dans le district d’Aghdéré, est révélateur. Les chaînes arméniennes se sont empressées de publier, avec une délectation manifeste, des commentaires ironiques et méprisants au sujet des visites historiques organisées pour les ambassadeurs, multipliant les tentatives de contester jusqu’au fait même de la présence de représentants internationaux sur le sol azerbaïdjanais. Certains blogueurs et médias d’opposition sont même allés jusqu’à accuser les diplomates de dizaines de pays du monde de « complicité », tout en reprochant aux dirigeants de leurs propres services diplomatiques leur impuissance face au fait que le monde reconnaît et entérine pas à pas la nouvelle réalité géopolitique.
Cette réaction hystérique n’est pas seulement l’expression d’une frustration médiatique. Elle constitue un indicateur particulièrement frappant du fait que la société arménienne et sa classe politique restent profondément atteintes par le virus du revanchisme. Aussi nombreuses que soient les formules rituelles prononcées dans les bureaux officiels d’Erevan sur le « rétablissement de la paix », « l’harmonisation des points de l’accord » et la « volonté d’ouvrir les voies de communication », l’inconscient collectif véritable du champ médiatique arménien montre tout autre chose. Celui-ci demeure catégoriquement incapable d’accepter le fait fondamental que l’Azerbaïdjan a pleinement, définitivement et irrévocablement rétabli sa souveraineté étatique sur l’ensemble de son territoire légal. Toute tentative de substituer à la réalité des mythes nostalgiques se heurte à une vérité simple : la communauté internationale, de l’Europe à l’Asie, a constaté ce statu quo et ne conteste pas le droit de l’Azerbaïdjan à ses terres ancestrales.
C’est précisément ce douloureux décalage entre le monde imaginaire des médias arméniens et la réalité brutale qui démontre une fois de plus le bien-fondé absolu et la logique des exigences fermes de l’Azerbaïdjan concernant la tenue en Arménie d’un référendum constitutionnel. Bakou insiste sur la modification de la Loi fondamentale arménienne non par caprice diplomatique, mais parce qu’il comprend parfaitement que la paix actuelle n’a été acceptée par Erevan que sous la pression du désespoir militaire et économique. Après la défaite de son contingent d’occupation, l’Arménie ne disposait tout simplement plus d’autre choix. Or, une paix imposée à une direction politique faute d’alternative et une paix consciemment choisie par le peuple lui-même sont deux choses absolument différentes.
Les références directes, inscrites dans la Constitution actuelle de l’Arménie, à la Déclaration d’indépendance qui contient des revendications territoriales à l’égard de l’Azerbaïdjan ne constituent pas une simple formalité : elles représentent une bombe à retardement destinée aux générations futures. Et tant que ce document demeure le fondement juridique de l’État arménien, les assurances des autorités actuelles d’Erevan ne valent guère plus que le papier sur lequel elles sont imprimées. Le bruit réactionnaire qui entoure aujourd’hui la visite des diplomates au Karabagh confirme directement que si, demain, la conjoncture géopolitique venait à changer, la société arménienne reprendrait facilement à son compte les slogans de « revanche », puisqu’elle ne s’en est toujours pas mentalement détournée.
Un référendum populaire sur la modification de la Constitution est le seul véritable test décisif qui permettra de révéler définitivement les intentions réelles de la société arménienne. Il est temps d’ôter les masques et d’apporter une réponse directe. Le référendum montrera si le peuple arménien est prêt à tourner définitivement la page des revendications territoriales envers l’Azerbaïdjan, à reconnaître la frontière et à devenir une partie à part entière de l’intégration régionale, ou si, dans l’esprit des citoyens, subsistent encore de dangereuses espérances d’un nouveau cycle d’escalade. Si les Arméniens veulent réellement la paix, dont ils proclament si bruyamment le désir depuis les tribunes, ils ne devraient avoir aucune raison de s’accrocher à des formulations juridiques contestant la souveraineté de l’Azerbaïdjan.
En attendant, les diplomates étrangers qui arpentent les rues de Khankendi et de Choucha signent, par leurs propres pas, la condamnation de l’ancien système d’illusions. L’Azerbaïdjan construit des aéroports, creuse des tunnels et permet aux anciens déplacés de retourner dans leurs foyers. Et Erevan devra tôt ou tard faire un choix : soit rester prisonnier de ses propres illusions historiques et de ses publications haineuses sur les réseaux sociaux, soit faire preuve de courage, passer par la voie du référendum et démontrer au monde que l’Arménie est véritablement capable de vivre en paix, sans revendications cachées ni territoires appartenant à autrui.
Par Yalchin Aliyev