Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à l’époque du boom pétrolier, Bakou commença à se transformer rapidement.
À l’extérieur des murs de la forteresse se développèrent de nouveaux quartiers résidentiels, où apparurent les demeures de riches habitants de Bakou, ainsi que des mosquées, des bains publics et des bâtiments à usage collectif. Ces constructions devinrent partie intégrante du nouveau visage architectural de la ville, dans lequel les traditions locales se conjuguèrent aux nouvelles possibilités offertes par les techniques de construction.
L’un de ces quartiers historiques est celui appelé « Bayırşəhər », qui a conservé plusieurs exemples précieux de l’architecture urbaine traditionnelle. Parmi eux figure la demeure de Haji Zulfugar Useynov, située dans la rue M. F. Akhundov.
La maison fut construite en 1867 et appartient à la même famille depuis plus de 150 ans. Aujourd’hui encore, la cinquième génération de cette famille issue de l’intelligentsia héréditaire de Bakou, les Useynov, y réside.
La structure d’origine confère une valeur particulière à l’ensemble : la maison d’habitation, la mosquée et le bain public furent construits à la même époque et formaient un ensemble architectural cohérent. Selon les informations transmises au sein de la famille, Haji Zulfugar Useynov fit construire ce complexe en guise de dot pour sa fille, Leyla Haji Zulfugar gizi Useynova.
L’architecture du complexe est particulièrement intéressante en tant qu’exemple caractéristique de l’école Chirvan-Absheron, qui associe harmonieusement les techniques architecturales traditionnelles aux éléments de l’architecture européenne. Cette combinaison donna au tissu résidentiel de Bakou et de l’Absheron une physionomie particulière au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.
Dans cet ensemble, la maçonnerie, la sobriété de la décoration, les proportions des façades et l’organisation rationnelle des espaces intérieurs jouent un rôle essentiel. Les formes architecturales ne sont pas dissociées de la vie quotidienne : les espaces d’habitation, les lieux de culte et les bains publics sont réunis au sein d’un même système, reflétant le mode de vie d’une famille bakinoise du XIXe siècle.
La petite mosquée du complexe se distingue par son atmosphère intime et chaleureuse. Contrairement aux grands édifices religieux destinés à accueillir un nombre important de fidèles, cet espace était plus fermé et directement intégré à l’environnement domestique. La sobriété de la conception architecturale, les proportions harmonieuses et l’utilisation de matériaux traditionnels créent une impression d’unité et de sérénité. La mosquée présente donc un intérêt non seulement en tant qu’édifice religieux, mais également comme partie intégrante d’un ensemble résidentiel historique.
Le bain public constitue lui aussi un élément particulièrement important. Dans l’environnement urbain traditionnel de Bakou, le bain ne remplissait pas seulement une fonction utilitaire : il occupait également une place importante dans la vie sociale et domestique. Son intégration au complexe témoigne du soin apporté à l’organisation de l’espace dans les demeures traditionnelles de Bakou.
Sur le plan architectural, le bain constitue un exemple caractéristique d’une construction adaptée aux conditions locales et aux traditions bâties de la région. La préservation de son lien historique avec la maison d’habitation et la mosquée est particulièrement importante pour comprendre l’organisation originelle de l’ensemble.
La maison d’habitation elle-même possède une valeur historique et architecturale considérable. Son importance ne tient pas uniquement à son ancienneté, mais aussi à la continuité de sa propriété, qui a été préservée. Pendant un siècle et demi, la demeure est restée associée à une seule famille. Grâce à cette continuité, des informations sur son histoire, la fonction des différentes pièces et l’organisation originale des lieux ont pu être conservées jusqu’à nos jours.
Durant la période soviétique, la fonction initiale de certaines parties du complexe fut modifiée : la mosquée et le bain public furent notamment utilisés comme atelier et comme imprimerie. Malgré ces transformations ultérieures, la structure historique de l’ensemble a été préservée.
Aujourd’hui, le complexe nécessite des travaux supplémentaires de réparation et une restauration reposant sur des principes scientifiques. Des travaux de réparation partiels ont déjà été réalisés dans le bâtiment des bains publics, mais la maison d’habitation et la mosquée nécessitent également des mesures de conservation et de restauration.
La bonne nouvelle est que la maison d’habitation de Haji Zulfugar Useynov, située dans le quartier de Bayırşəhər, devrait être reconnue comme monument architectural. Il y a quelques jours, le propriétaire a reçu une réponse officielle favorable de l’Académie nationale des sciences d’Azerbaïdjan et du Service d’État pour la protection, le développement et la restauration du patrimoine culturel.
En janvier 2026, le mouvement public « Vətəndaş », relevant de l’Union des architectes d’Azerbaïdjan, a préparé et envoyé un dossier proposant l’inscription au registre d’État des monuments historiques et culturels d’un ensemble comprenant la maison d’habitation, la mosquée et le bain public.
L’histoire de la demeure de Haji Zulfugar Useynov montre combien, aux côtés des célèbres palais et résidences des magnats du pétrole, les maisons privées conservées sont importantes pour l’histoire de Bakou. Elles constituaient l’environnement architectural quotidien de la ville et font aujourd’hui partie de sa mémoire matérielle.
Ces ensembles permettent de mieux comprendre les caractéristiques de la vie quotidienne et de la culture architecturale de Bakou au XIXe siècle. Leur préservation ne consiste donc pas seulement à restaurer des bâtiments individuels, mais aussi à protéger l’intégrité de l’environnement historique et à transmettre ce patrimoine aux générations futures.
Par Vahid Shukurov