Après les mille épreuves et tribulations traversées par la diaspora arménienne à Paris, le spectacle politique tant attendu a finalement eu lieu, le temps d’une brève séquence. Ara Toranyan, coprésident du CAAF, s’est félicité de cette évolution, tandis que les médias arméniens en ont rendu compte avec beaucoup d’enthousiasme et de tapage.
Mais la question n’est pas de savoir si la France a permis à un tel spectacle politique de se dérouler, même brièvement. L’attention devrait plutôt se porter sur l’opposition arménienne et les groupes de la diaspora qui la soutiennent, lesquels se présentent comme des victimes dans les rues européennes sous les slogans « Artsakh », tout en se comportant de manière déplorable sur les réseaux sociaux.
Par moments, lorsque l’on voit de telles figures pathétiques employer toutes les ficelles possibles dans les rues d’Europe, on se remémore certains événements historiques et l’on se surprend à penser, ne serait-ce qu’un instant, combien le destin de ceux qui refusent de tirer les leçons de l’histoire peut être douloureux et tragique.
Par exemple, en 1918-1919, à la suite de la Première Guerre mondiale, une tentative fut menée pour établir la République populaire d’Ukraine occidentale après l’éclatement de l’Autriche-Hongrie. Cependant, à la suite de l’intervention militaire polonaise, la République populaire d’Ukraine occidentale fut abolie et ses territoires furent rendus à la Pologne.
De même, en 1972-1973, une tentative menée par des groupes privés pour établir la République de Minerve prit fin en l’espace d’un an après l’opposition du Royaume des Tonga. L’histoire regorge d’épisodes similaires. Mais ce qui est particulièrement regrettable, c’est qu’une revendication territoriale comparable, transposée à l’époque moderne sous le nom d’« Artsakh », continue, pour une raison quelconque, de bénéficier d’un traitement favorable en Europe.
On ne peut qu’espérer qu’un jour cette lutte idéologique, semblable à un virus contagieux, n’engloutira pas l’Europe, ni même les pays situés au-delà de l’Europe qui continuent de la soutenir, dans son propre cauchemar.
Ce qui est particulièrement regrettable, c’est que ces groupes indisciplinés, qui ont récemment tenté de critiquer de manière déplacée et insultante une lettre sincère de remerciement adressée par la Première ministre italienne Giorgia Meloni au président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, ne semblent même pas comprendre le contexte politique dont ils sont eux-mêmes issus.
Comment des groupes qui violent aussi grossièrement les normes diplomatiques peuvent-ils avoir l’audace d’adresser de telles insultes grossières et un langage ordurier à un chef de gouvernement ?
Cet épisode mérite également d’être considéré dans un contexte plus large. Le message de la Première ministre Meloni n’était pas simplement une communication bilatérale impliquant l’Azerbaïdjan. Un message similaire avait également été adressé au président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev. Pourtant, il semble que ces groupes discrédités et injurieux, qui ont fait de la prise pour cible de l’Azerbaïdjan leur cause, aient transformé les réseaux sociaux en une arme qui leur est propre - littéralement en un espace où les récits historiques sont recyclés, où les gestes diplomatiques sont présentés comme des provocations et où les attaques personnelles se substituent à un véritable débat politique de fond.
Cette stratégie peut attirer l’attention, mais elle ne produit pas nécessairement de l’influence.
Pour le Premier ministre Nikol Pachinian, le défi devient de plus en plus difficile à ignorer. Si son gouvernement souhaite ouvrir un nouveau chapitre diplomatique pour l’Arménie, il devra composer non seulement avec ses négociations extérieures, mais aussi avec les forces nationales et issues de la diaspora qui cherchent à préserver la politique de l’« Artsakh » comme principe central d’organisation.
Le danger pour ces groupes est que leur campagne finisse par nuire au pays même qu’ils prétendent représenter.
L’influence diplomatique repose sur la crédibilité, la discipline politique et la capacité à comprendre les réalités en évolution. Un mouvement qui s’appuie de plus en plus sur les attaques personnelles, les propos injurieux et les tentatives de pression sur les dirigeants étrangers risque de devenir un handicap plutôt qu’un atout pour l’Arménie.
C’est pourquoi le débat autour de la réforme constitutionnelle de l’Arménie mérite une attention particulière.
Si l’Arménie procède à des amendements constitutionnels, la question des références à l’« Artsakh » restera probablement politiquement sensible. Mais tenter de régler cette question au moyen de restrictions punitives sur la terminologie risquerait de créer une nouvelle controverse plutôt que de résoudre le problème politique sous-jacent.
La question fondamentale est de savoir si l’Arménie peut enfin dissocier sa future politique étrangère d’un récit territorial enraciné dans les conflits du passé.
L’Europe a changé. Le Caucase du Sud a changé. Les relations de l’Arménie avec ses voisins évoluent. Et l’environnement diplomatique autour de la région est en train de se transformer en temps réel.
La campagne en faveur de l’« Artsakh » peut encore bénéficier d’une forte présence sur les réseaux sociaux et auprès de certains secteurs de la diaspora. Mais les récits politiques ne peuvent pas rester indéfiniment figés tandis que le paysage géopolitique évolue.
Le véritable test pour l’opposition arménienne n’est donc pas de savoir à quel point elle peut faire revivre le passé avec force, mais si elle est capable de proposer une vision crédible de l’avenir de l’Arménie.
Rédaction d’AzerNEWS