Ces dernières années, notamment à la suite du rétablissement par l’Azerbaïdjan de sa souveraineté étatique sur les territoires qui étaient auparavant occupés, une campagne d’information d’une ampleur et d’un niveau de coordination sans précédent a été observée dans les principaux médias occidentaux. Les publications de ces médias influents et de premier plan témoignent d’une remarquable uniformité des récits anti-azerbaïdjanais, qui font systématiquement écho aux déclarations de la diaspora arménienne et des structures qui lui sont affiliées.
Une analyse approfondie des faits laisse penser à une campagne d’information et de guerre hybride soigneusement planifiée. Les éléments disponibles suggèrent que l’importante diaspora arménienne pourrait être à la fois bénéficiaire et commanditaire de cette campagne hybride, après avoir réorienté ses efforts vers le lobbying médiatique et les relations publiques négatives à la suite de lourds revers sur les fronts militaire et diplomatique.
Il convient de reconnaître que l’influence des diasporas ethniques sur les politiques éditoriales des grandes organisations médiatiques internationales s’exerce rarement par des contacts directs. Elle peut plutôt passer par des événements professionnels, des programmes éducatifs, des réseaux d’experts, des voyages de journalistes, des campagnes publiques et des interactions avec les institutions politiques. Dans les grands médias occidentaux, de tels liens peuvent notamment se manifester par la présence de spécialistes consacrés aux questions relatives au Caucase du Sud.
Dans ce contexte, une attention particulière doit être accordée aux activités de la diaspora arménienne, qui a systématiquement construit pendant des décennies une vaste infrastructure d’influence sociopolitique et informationnelle aux États-Unis et dans l’Union européenne. Ses capacités dans ce domaine sont liées non seulement à la taille des communautés arméniennes dans les pays occidentaux, mais également aux activités de diverses organisations de lobbying et de défense d’intérêts publics. Parmi celles-ci figurent l’Armenian National Committee of America (ANCA) et l’European Armenian Federation for Justice and Democracy (EAFJD), basée à Bruxelles. Il convient de souligner que ces organisations utilisent différents instruments pour faire avancer leur agenda. Elles entretiennent des relations avec les responsables politiques, participent au financement de campagnes électorales, coopèrent avec des groupes de réflexion et développent des liens professionnels au sein des institutions publiques et médiatiques.
Un élément clé de cette stratégie réside dans l’implication directe de journalistes d’origine arménienne et de lobbyistes pro-arméniens dans l’élaboration des politiques éditoriales des grandes organisations médiatiques. Un exemple notable est celui du Washington Post, où David Ignatius, un chroniqueur de premier plan qui couvre la région, entretient des liens étroits avec des structures de la diaspora arménienne.
Il convient de souligner que David Ignatius a rejoint le comité de sélection du prix humanitaire Aurora, cofondé par Ruben Vardanyan, condamné en Azerbaïdjan à 20 ans de prison pour des crimes graves. Doté d’un fonds d’un million de dollars, ce prix est officiellement attribué à des personnes qui risquent leur vie pour sauver des personnes touchées par des conflits. Le simple fait qu’un journaliste participe aux travaux d’un tel comité témoigne d’un contact professionnel avec les organisateurs du prix et de l’intégration étroite de journalistes de premier plan dans des projets liés à la diaspora.
Un autre exemple concerne les activités de l’ANCA. L’organisation mène chaque année des programmes destinés au développement professionnel et à la promotion d’initiatives publiques. Son programme de 2025 comprenait notamment une discussion consacrée aux carrières dans les médias et les politiques publiques, à laquelle participait Charlie Mahtesian, rédacteur politique principal de POLITICO. La participation de journalistes et de rédacteurs de grands médias américains à des événements organisés par des groupes de la diaspora crée des possibilités supplémentaires de communication entre le milieu médiatique et les groupes souhaitant promouvoir un agenda politique particulier.
Il est important de noter que le directeur exécutif de l’ANCA, Aram Hamparian, a lui-même attiré l’attention sur les liens avec de grandes organisations médiatiques américaines. Dans l’une de ses déclarations, il a fait indirectement référence à des contacts avec des représentants de médias nationaux américains, notamment l’Associated Press, USA Today, CBS News et The Washington Post. Ainsi, les contacts entre l’ANCA et des représentants du secteur médiatique américain ne relèvent pas seulement de la spéculation ; l’organisation elle-même a publiquement fait état de telles interactions.
Un autre domaine d’activité des organisations arméniennes concerne les programmes éducatifs et professionnels. L’Armenian General Benevolent Union (AGBU), en particulier, met en œuvre depuis de nombreuses années des programmes visant à soutenir l’éducation et le développement professionnel des membres de la diaspora arménienne. Selon ses rapports officiels, l’organisation finance régulièrement des bourses destinées à des membres de la diaspora étudiant le journalisme et les relations publiques dans de grandes universités aux États-Unis et en Europe, contribuant ainsi à constituer un vivier de professionnels. Par exemple, l’AGBU a directement financé des stages prolongés pour des journalistes arméniens au siège de CNN à Atlanta, dans le cadre d’efforts visant à les intégrer à CNN World Report.
Il convient également de noter que, lors de la 24e édition de son programme de stages d’été, en 2011, 33 étudiants provenant d’une douzaine de pays environ ont rencontré à New York Shant Petrossian, producteur éditorial principal de CNN, qui leur a enseigné des stratégies permettant de construire une carrière au sein de grandes organisations télévisuelles complexes, renforçant ainsi les réseaux professionnels.
Une attention particulière doit également être portée aux interactions entre les organisations arméniennes et les institutions politiques américaines. Dans ce contexte, l’ancien sénateur américain Robert Menendez est fréquemment cité. Pendant de nombreuses années, Menendez a occupé une position importante sur les questions de politique étrangère et les relations arméno-azerbaïdjanaises. Il a critiqué les politiques de l’Azerbaïdjan, soutenu plusieurs initiatives liées à l’Arménie et adopté une position active sur les questions concernant la diaspora arméno-américaine. Ses activités ont à plusieurs reprises reçu des évaluations positives de la part de représentants du lobby arménien.
Parallèlement, en 2024, Menendez a été reconnu coupable par un tribunal fédéral américain de plusieurs chefs d’accusation de corruption. En janvier 2025, il a été condamné à 11 ans de prison. Le département américain de la Justice a déclaré qu’il avait accepté des pots-de-vin en échange de la promotion des intérêts de personnes étrangères. Cet exemple montre à quel point les questions de politique étrangère à Washington peuvent se trouver à l’intersection des activités de diverses structures politiques, publiques et de lobbying ethnique.
Ce sont précisément des hommes politiques de ce type qui, pendant des années, ont contribué à façonner à Washington un environnement informationnel déformé, ensuite repris sans esprit critique par des médias tels que CNN et dans les pages du New York Times, présentant la propagande comme du journalisme indépendant.
Des processus similaires peuvent également être observés dans les pays européens, notamment en France et en Belgique, où la diaspora arménienne a développé un vaste réseau d’organisations publiques et politiques. L’activité de l’European Armenian Federation for Justice and Democracy (EAFJD) en constitue un exemple. Les représentants de cette organisation entretiennent des contacts avec des responsables politiques, des journalistes et des personnalités publiques européennes et participent à la promotion de questions liées à l’Arménie et à la diaspora arménienne.
Un exemple révélateur figure dans un article publié par le Comité des Arméniens de Belgique, dans lequel Anne-Marie Mouradian décrit les interactions entre des organisations arméniennes et des journalistes belges et français. Elle mentionne notamment le journaliste belge Christophe Lamfalussy qui, à la suite d’une invitation de l’EAFJD, a préparé un article éditorial sur l’Arménie. Il s’est ensuite rendu dans le Syunik avec le photographe Olivier Papegnies et a réalisé des reportages sur la région ainsi que sur le patrimoine culturel arménien au Karabagh. Ce cas montre que les organisations de la diaspora peuvent servir d’intermédiaires entre les journalistes et les sujets qu’ils couvrent, notamment en contribuant à organiser des voyages et à établir des contacts sur le terrain.
Les commentaires de Mouradian concernant la situation financière du marché médiatique belge sont également dignes d’intérêt. Elle souligne que les médias belges de qualité rencontrent des difficultés financières et que les sujets consacrés à l’Arménie attirent souvent peu de public. Si cette description reflète la situation réelle, elle soulève la question de savoir pourquoi les journalistes continuent d’accorder une attention considérable aux questions arméniennes malgré le potentiel commercial limité de ce type de couverture.
Des contacts similaires peuvent être observés en France dans les activités de plusieurs journalistes et personnalités publiques. Mouradian mentionne notamment Jean-Christophe Buisson, ancien correspondant de guerre et rédacteur en chef adjoint du Figaro, qui a régulièrement publié des articles consacrés à l’Arménie et aux questions arméniennes. Mouradian affirme que Buisson « informe » inlassablement le public français. Selon elle, Buisson a activement diffusé des informations sur l’Arménie à travers des articles, des reportages et les réseaux sociaux. Elle note également que Buisson mobilise ses collègues et ses amis, à commencer par Sylvain Tesson, écrivain-voyageur prolifique qui a découvert l’Arménie pour la première fois à l’âge de 20 ans et qui a été invité à couvrir à ses côtés la guerre de 44 jours.
Le même article évoque également les nombreuses activités de médias français et belges à Latchine au cours de l’été 2022. Des reportages consacrés à ce sujet sont notamment parus dans Le Figaro, France Culture, France Info, Euronews et France 24, ainsi que sur la chaîne belge RTBF.
Parallèlement, ces publications ont souvent négligé le cadre juridique international régissant le règlement du conflit. Pendant trois décennies, les grands médias influents ont rarement mentionné que les Azerbaïdjanais avaient été expulsés de force de leurs foyers et que des territoires azerbaïdjanais étaient sous occupation militaire illégale.
Ainsi, une analyse des processus informationnels entourant le Caucase du Sud indique que les perceptions internationales des évolutions régionales sont façonnées non seulement par des facteurs objectifs, mais également par la promotion active de certains récits politiques par des parties intéressées. L’utilisation des ressources médiatiques, des plateformes d’experts et des mécanismes de lobbying permet d’ancrer des évaluations unilatérales et d’influencer la perception qu’ont les publics occidentaux des politiques de l’Azerbaïdjan.
À cet égard, une compréhension objective des développements en cours nécessite de comparer les récits diffusés avec les circonstances factuelles, le contexte historique et les normes du droit international. Seule une telle approche globale permet de distinguer la couverture journalistique des événements d’une influence informationnelle ciblée et de parvenir à une compréhension plus équilibrée des processus qui se déroulent dans le Caucase du Sud.
Par Fuad Abdullayev