SIGNATURE D’UN « ACCORD D’HARMONISATION »ENTRE LA RUSSIE ET LA RÉGION DE TSKHINVALI. TBILISSI REDOUTE UNE ÉTAPE VERS UNE ANNEXION - ENTRETIEN

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30 Juillet 2026 19:57
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SIGNATURE D’UN « ACCORD D’HARMONISATION »ENTRE LA RUSSIE ET LA RÉGION DE TSKHINVALI. TBILISSI REDOUTE UNE ÉTAPE VERS UNE ANNEXION - ENTRETIEN

Ces derniers jours, les responsables politiques et les analystes géorgiens débattent activement de la possibilité que la Russie procède à une annexion juridiquement formalisée de l’Ossétie du Sud. Cette discussion a été déclenchée par la signature d’un prétendu « accord d’harmonisation » entre Moscou et les autorités de facto de la région de Tskhinvali, ainsi que par la nomination de Marat Kambolov au poste de « chef du gouvernement de l’Ossétie du Sud ». Haut fonctionnaire russe influent, il est présenté comme le successeur potentiel de l’actuel dirigeant de la région.

De nombreux experts considèrent ces mesures comme les préparatifs d’une intégration officielle de l’Ossétie du Sud à la Fédération de Russie. Selon eux, face aux difficultés rencontrées sur le front ukrainien, le Kremlin chercherait à raviver le patriotisme de la population russe en « réunissant des terres historiquement russes » et en fusionnant l’Ossétie du Sud avec l’Ossétie du Nord au sein d’un même sujet de la Fédération.

Le politologue et ancien député du Parlement géorgien Vakhtang Khmaladze estime qu’un tel scénario est tout à fait plausible.

« Il existe une formule bien connue : toute terre sur laquelle a posé le pied un soldat russe appartient à la Russie. J’imagine très bien Vladimir Poutine annoncer, lors d’un rassemblement au stade Loujniki, le "retour" de l’Ossétie du Sud dans son "port d’attache historique". Il a besoin de compenser les échecs de la guerre contre l’Ukraine. La propagande présentera cela comme une "victoire historique", alors qu’au regard du droit international, l’absorption d’une région géorgienne constitue une pure annexion. »

Selon Khmaladze, la mise en œuvre de ce projet dépendra de la conjoncture internationale : de l’évolution de la guerre en Ukraine, de la situation politique intérieure en Russie et de la réaction des pays occidentaux. Il se dit également préoccupé par la position des autorités géorgiennes.

« Le gouvernement géorgien a cessé de protester contre les actions de Moscou, et c’est un signal extrêmement inquiétant. »

Il rappelle qu’avant l’arrivée au pouvoir du parti « Rêve géorgien », tous les gouvernements précédents suivaient une orientation pro-occidentale et réagissaient fermement à toute provocation du Kremlin ou des autorités séparatistes. À ses yeux, les dirigeants actuels de la Géorgie sont les seuls du Caucase du Sud à adopter une attitude conciliante envers Moscou, préférant « garder le silence même dans les situations les plus critiques ».

Khmaladze est convaincu que, si l’annexion devenait une réalité, la seule manière de s’y opposer serait l’organisation de manifestations de masse en Géorgie contre la politique de compromis menée par le gouvernement.

« Je ne vois pas d’autre moyen de défendre notre région. »

L’ancien député doute toutefois qu’une éventuelle annexion de l’Ossétie du Sud procure à Vladimir Poutine un gain de popularité comparable à celui qu’avait suscité l’occupation de la Crimée.

L’expert souligne également une différence importante : contrairement à l’Abkhazie, où une grande partie de la population est opposée à une intégration à la Fédération de Russie, l’Ossétie du Sud est entièrement sous le contrôle de Moscou. Même les questions relevant de l’administration locale y sont traitées sous la supervision de responsables russes.

Enfin, Khmaladze estime que, sans la guerre en Ukraine -ou si la Russie avait réussi son plan de « prendre Kiev en trois jours » -, la probabilité d’une annexion aurait été bien plus élevée. Aujourd’hui, compte tenu de l’épuisement des ressources du Kremlin, il est difficile de prévoir si Moscou ira jusqu’à absorber définitivement la région.

Par Jeïhoun Nadjafov