LE POSITIONNEMENT DE L’ARMÉNIE DEPUIS LES ÉLECTIONS – LE REGARD D’UN ANALYSTE SUÉDOIS

Analyses
20 Juillet 2026 17:15
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LE POSITIONNEMENT DE L’ARMÉNIE DEPUIS LES ÉLECTIONS – LE REGARD D’UN ANALYSTE SUÉDOIS

Dans les cercles d’experts occidentaux, l’avenir de l’Arménie fait régulièrement l’objet d’analyses. Longtemps considérée comme un avant-poste de la Russie dans le Caucase du Sud, le pays a, ces dernières années, engagé un rapprochement progressif avec l’Occident.

Cette attention s’explique par le fait que l’Arménie traverse une période particulièrement fragile, voire dangereuse, et se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Moscou a demandé au Premier ministre Nikol Pachinian de clarifier rapidement son orientation stratégique. Celui-ci refuse toutefois de prendre le risque d’un choix tranché entre la Russie et l’Occident et tente, pour l’heure, de gagner du temps en poursuivant une politique d’équilibre délicate.

C’est l’analyse de Stefan Hedlund, professeur à l’Université d’Uppsala, en Suède, spécialiste de la Russie et de l’espace post-soviétique. Dans un article publié sur la plateforme « Geopolitical Intelligence Services (GIS Reports Online) », il estime que la loyauté traditionnelle de l’Arménie envers Moscou cède progressivement la place à des efforts soutenus en faveur d’une intégration à l’Union européenne. Cette évolution aurait été confirmée lors du 8ᵉ sommet de la Communauté politique européenne, organisé à Erevan.

Le professeur souligne que la géopolitique du Caucase du Sud s’est longtemps articulée autour de deux grands axes de puissance. Le premier est le corridor de transport Nord-Sud reliant la Russie à l’Iran. Le second est le corridor Est-Ouest en pleine émergence, également connu sous le nom de Corridor transcaspien de transport international, ou « Corridor du Milieu », qui relie la Chine à l’Europe. Selon lui, l’importance relative de ces deux axes évolue profondément au détriment de la Russie.

L’auteur décrit en détail la transformation de la carte géopolitique régionale après la victoire de l’Azerbaïdjan sur l’Arménie lors de la guerre de 44 jours au Karabagh, puis l’intervention militaire de grande ampleur de la Russie en Ukraine. Stefan Hedlund rappelle que l’Arménie a finalement pris conscience que la normalisation de ses relations avec ses voisins constituait la seule issue à la situation actuelle, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le pays.

Le professeur envisage trois scénarios possibles pour l’avenir de l’Arménie, en fonction de l’évolution des rapports de force géopolitiques.

Le scénario qu’il juge le plus probable est celui d’un renforcement des relations de l’Arménie avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, parallèlement à un engagement accru de l’Union européenne pour étendre son influence dans le Caucase du Sud.

« Les Arméniens ont confirmé leur volonté de renforcer leur coopération avec l’Union européenne au début du mois de juin, lorsqu’ils ont reconduit le gouvernement du Premier ministre Pachinian.

Il s’agit d’un changement décisif d’orientation politique et d’une réorganisation des priorités en matière d’infrastructures de transport, privilégiant le Corridor du Milieu reliant l’Asie centrale à l’Europe, tout en réduisant l’importance du Corridor international Nord-Sud entre la Russie et l’Iran. Cette évolution limitera également les capacités de navigation russes sur la mer Caspienne », écrit le professeur suédois.

Il souligne toutefois que ce scénario se heurte à d’importants obstacles. L’Arménie demeure fortement dépendante de ses échanges commerciaux au sein de l’Union économique eurasiatique ainsi que des approvisionnements énergétiques en provenance de Russie et d’Iran. Selon lui, ces dépendances peuvent être réduites progressivement, mais le processus sera long et complexe. Les forces d’opposition prorusses chercheront inévitablement à exploiter ces difficultés.

« La présence militaire russe constitue un défi encore plus préoccupant. La base de Gyumri est toujours opérationnelle et accueille entre 3 000 et 4 000 militaires russes, ainsi que des chasseurs MiG-29 et des systèmes de défense aérienne S-300. L’accord bilatéral régissant cette base, prolongé en 2010, reste en vigueur au moins jusqu’en 2044. Le gouvernement arménien n’entend pas exiger sa fermeture, mais souhaite renforcer le contrôle juridique de l’Arménie sur cette installation. Même si ces facteurs pourraient faire dévier Erevan de sa trajectoire et la ramener dans l’orbite de Moscou, les chances qu’elle poursuive son rapprochement avec l’Europe restent élevées », estime l’auteur.

Selon Stefan Hedlund, un deuxième scénario, moins probable, verrait les États-Unis capitaliser sur leur rôle dans la conclusion d’un accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. L’élément central serait alors la présentation de l’ouverture du corridor de Zanguezour comme un projet américain baptisé « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP).

Les accords conclus à la Maison-Blanche le 8 août 2025 prévoyaient effectivement l’octroi aux États-Unis de droits de développement du corridor pour une durée de 99 ans. Toutefois, le professeur s’interroge sur la portée réelle de cette disposition, dans la mesure où le projet demeure entièrement soumis à la juridiction de l’Arménie.

Enfin, le scénario qu’il considère comme le moins probable est celui d’un retour de la Russie à son ancien statut de puissance hégémonique dans la région. Parmi les facteurs susceptibles de favoriser une telle évolution figurent la présence de solides groupes d’opposition prorusses en Arménie, le maintien de l’influence du Kremlin sur le gouvernement géorgien ainsi que le rôle de l’Iran dans le Caucase du Sud.

« Outre leur coopération dans le domaine des drones et d’autres systèmes d’armement, Moscou a tendu la main à Téhéran en proposant d’acheminer les exportations iraniennes de pétrole via la mer Caspienne vers le réseau russe d’oléoducs. Si cette coopération complique davantage la stratégie des États-Unis, il est peu probable qu’elle modifie en profondeur les équilibres régionaux. L’axe qui se dessine entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie est désormais trop solide pour que la Russie puisse y retrouver une influence déterminante », conclut Stefan Hedlund.