Les élections législatives organisées en Arménie revêtent une importance qui dépasse largement le cadre de la politique intérieure du pays. Elles sont également déterminantes pour les perspectives de paix et de sécurité dans la région. Alors que les discussions se poursuivent autour de la normalisation des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, de la signature d’un accord de paix, de la réouverture des voies de communication et du corridor de Zanguezour, les résultats du scrutin sont suivis avec une attention particulière.
Le maintien au pouvoir du Premier ministre Nikol Pachinian est perçu comme le début d’une nouvelle phase dans la mise en œuvre des engagements pris jusqu’à présent par Erevan. Mais quel impact ces résultats électoraux pourraient-ils avoir sur le processus de paix ? Quelles seront les prochaines étapes pour les parties concernées ? Et comment la nouvelle réalité politique régionale va-t-elle se dessiner ?
Pour répondre à ces questions, News.Az s’est entretenu avec le politologue Zaur Mammedov, maître de conférences à l’Académie d’administration publique auprès du président de la République d’Azerbaïdjan et président du Club des politologues de Bakou.
Selon Mammedov, les élections arméniennes ont de nouveau placé l’avenir des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ainsi que la prochaine étape du processus de paix au cœur des préoccupations dans le Caucase du Sud.
« Depuis 2020, les dirigeants arméniens, et plus particulièrement le Premier ministre Nikol Pachinian, ont pris plusieurs engagements envers l’Azerbaïdjan dans le cadre de diverses plateformes internationales et de négociations impliquant des tiers », a-t-il déclaré. Il a ajouté que le plus récent de ces engagements avait été formalisé lors de la signature d’un accord à Washington, en présence du président américain Donald Trump.
Mammedov a souligné que, conformément aux accords conclus entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les autorités arméniennes doivent prendre des mesures concrètes pour préparer la société à la paix. Selon lui, l’établissement d’une paix durable entre les deux pays passe par une révision de la Constitution arménienne, l’organisation d’un référendum ainsi que la suppression de tous les symboles, slogans et autres éléments associés au séparatisme.
Le politologue a insisté sur le fait que, malgré sa victoire militaire, l’Azerbaïdjan demeure l’acteur le plus engagé dans la promotion de la paix dans la région.
« Bakou mène une politique cohérente visant à ouvrir le corridor de Zanguezour, à rétablir les communications régionales et à renforcer la sécurité ainsi que la stabilité. En retour, l’Arménie doit renoncer à toute tentation de revanche et adopter une politique tournée vers l’avenir de la région », a-t-il affirmé.
Selon l’expert, l’Azerbaïdjan a suivi de près l’évolution de la situation politique en Arménie après les élections, et les conditions sont aujourd’hui réunies pour poursuivre le processus de paix. Il a rappelé que ce processus ne se limite pas aux relations interétatiques, mais englobe également la normalisation des relations entre les institutions de la société civile, les organisations publiques et les peuples des deux pays.
« Même si le fait que Pachinian ait obtenu environ 50 % des suffrages et une majorité parlementaire constitue un résultat politique important, des interrogations subsistent quant à l’obtention d’une majorité constitutionnelle et à la possibilité d’organiser un référendum », a déclaré Mammedov. « C’est pourquoi l’approche la plus appropriée à ce stade consiste à poursuivre le processus de paix tout en veillant à ce que l’Arménie respecte ses engagements. »
Selon lui, ces engagements concernent avant tout l’ouverture du corridor de Zanguezour, ou de la voie de transport désormais désignée sous le nom de « Route Trump ».
« L’Arménie peut commencer à mettre en œuvre les projets convenus concernant aussi bien le transport ferroviaire que le transport routier », a précisé Mammedov.
L’expert a également observé que certains acteurs internationaux tentaient d’exercer des pressions sur Bakou dans le contexte des relations azerbaïdjano-arméniennes, tout en soulignant que les réalités régionales devaient être prises en compte.
« L’Azerbaïdjan n’est pas seulement le camp victorieux ; il est aussi l’une des parties les plus intéressées par l’instauration de la paix », a-t-il insisté.
Pour Mammedov, plusieurs scénarios demeurent possibles quant à l’ordre dans lequel seront mis en œuvre le processus de paix et l’accord de paix lui-même.
« Dans certains cas, un accord de paix est signé en premier, puis vient la phase de consolidation de la paix. Dans d’autres, le processus de paix débute avant que l’accord ne soit conclu. Les deux modèles existent dans la pratique internationale », a-t-il expliqué.
Le politologue estime que les résultats des récentes élections en Arménie indiquent qu’au regard des circonstances actuelles, le processus de paix pourrait précéder la signature d’un accord formel. Selon lui, si le parti au pouvoir ne dispose pas d’une majorité constitutionnelle et si sa capacité à organiser un référendum reste limitée, les parties pourraient privilégier la mise en œuvre des accords déjà conclus.
« L’Azerbaïdjan continuera de défendre sa position de principe », a-t-il souligné, ajoutant que l’objectif principal restera d’empêcher la résurgence des forces revanchistes en Arménie.
« L’enjeu essentiel est de faire en sorte que le processus de paix ne se limite pas à des documents juridiques, mais que les populations, les sociétés et les États soient véritablement préparés à la paix », a-t-il déclaré.
Selon l’expert, le scénario le plus réaliste à ce stade consiste pour les parties à avancer conformément à la feuille de route déjà convenue : ouverture des voies de communication, développement des relations économiques et commerciales, multiplication des contacts entre les sociétés civiles et, parallèlement, création des conditions nécessaires à la signature d’un accord de paix.
Par Faig Mahmudov