UN « FILET DE SAUVETAGE » EUROPÉEN POUR L’ARMÉNIE : UNE AIDE CAPABLE DE COMPENSER LA PRESSION DE MOSCOU ?

Analyses
18 Juin 2026 10:12
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UN « FILET DE SAUVETAGE » EUROPÉEN POUR L’ARMÉNIE : UNE AIDE CAPABLE DE COMPENSER LA PRESSION DE MOSCOU ?

Des sources proches du dossier indiquent que la Commission européenne élabore des « mesures commerciales autonomes », prévoyant une réduction des droits de douane sur les exportations arméniennes de produits alimentaires et agricoles.

« C’est le moment d’apporter un soutien plus actif à l’Arménie et de montrer que nous pouvons être un partenaire fiable. Ils ont besoin d’amis, et nous devons protéger notre voisinage », a déclaré l’une des sources citées par le journal. L’entrée en vigueur de ces mesures nécessitera l’approbation d’une majorité d’États membres de l’UE ainsi que du Parlement européen. Des propositions pourraient toutefois être présentées dans les prochaines semaines.

Il y a quelques jours, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont déjà abordé ce sujet avec leur homologue arménien lors d’une réunion à Luxembourg. La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, prévoit par ailleurs de se rendre en Arménie au début du mois prochain.

Certaines difficultés subsistent néanmoins, notamment concernant les exportations de brandy arménien, un secteur considéré comme important pour la France. Un autre obstacle majeur reste la logistique : l’Arménie, pays enclavé, dépend de routes passant par la Turquie ou la Géorgie pour l’exportation de produits périssables, ce qui complique les acheminements.

Sans entrer dans les spéculations sur la manière dont l’Union européenne pourrait résoudre ces défis, une réalité structurelle demeure : les contraintes agricoles et commerciales ont leurs propres cycles, et le temps nécessaire à la mise en œuvre des mesures européennes pourrait dépasser la saisonnalité de certains produits concernés par les restrictions russes.

Il est en effet rappelé que la Russie reste, pour l’Arménie, un marché d’exportation essentiel pour de nombreux produits agricoles tels que les pêches, les abricots ou les fraises. Les restrictions imposées par Moscou affectent donc directement l’économie arménienne. Toutefois, selon plusieurs observateurs, les principaux leviers économiques de la Russie à l’égard de l’Arménie n’ont pas encore été pleinement activés, notamment les prix de l’énergie (pétrole et gaz) et des diamants bruts, qui représenteraient environ un milliard de dollars de soutien budgétaire indirect.

La question des tarifs ferroviaires reste également sensible, en particulier pour les marchandises destinées au marché européen. Il convient de rappeler que les chemins de fer arméniens sont exploités dans le cadre d’une concession russe. Malgré des tensions politiques, le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian a récemment réussi à faire avancer une décision de nationalisation des réseaux électriques. Cependant, les télécommunications et une part importante du secteur énergétique restent sous influence russe, tout comme la dépendance d’Erevan en matière de sécurité et de défense.

Dans ce contexte, si ces leviers venaient à être utilisés, la capacité de l’Union européenne à compenser les effets de la pression économique russe resterait limitée.

Par ailleurs, même dans le secteur agricole, la concurrence ne serait pas négligeable. Le marché européen est vaste et diversifié, couvrant les régions méditerranéennes, continentales et nordiques. À la différence de la Russie, qui avait imposé dès 2014 un embargo sur les produits alimentaires européens en réponse aux sanctions, l’Arménie devrait désormais affronter une concurrence directe sur le marché de l’UE, sans conditions préférentielles garanties.

Cela ne signifie pas que les initiatives européennes en faveur de l’économie arménienne relèvent uniquement de la communication politique ou symbolique. Mais leur impact réel pourrait être plus limité qu’anticipé, au regard des contraintes structurelles et géopolitiques auxquelles l’Arménie reste exposée.