LE METROPOLITE SCHIO DEVIENT LE NOUVEAU PATRIARCHE DE L'EGLISE ORTHODOXE GEORGIENNE

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16 Mai 2026 14:35
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LE METROPOLITE SCHIO DEVIENT LE NOUVEAU PATRIARCHE DE L'EGLISE ORTHODOXE GEORGIENNE

Le métropolite Shio (Moujiri) a été élu Catholicos-Patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne, succédant au défunt Ilia II, décédé en mars à l’âge de 93 ans après avoir dirigé pendant près d’un demi-siècle l’une des institutions les plus respectées de Géorgie. En 2017, Ilia II avait désigné Moujiri comme son Locum Tenens - son suppléant en cas de vacance du siège patriarcal.

La décision a été annoncée le 11 mai vers 16 heures par le métropolite Anania (Japaridze), président de la commission chargée du dépouillement, à l’issue de plusieurs heures d’assemblée ecclésiastique prolongée à la cathédrale de la Sainte-Trinité de Tbilissi. Environ 1 200 délégués, membres du clergé comme laïcs, ont participé à cette réunion, tandis que les 39 membres du Saint-Synode votaient à bulletin secret.

Âgé de 57 ans, Moujiri a obtenu 22 voix, soit plus de la moitié des suffrages nécessaires pour être élu dès le premier tour. Le métropolite Iobi (Akiashvili), du diocèse de Rouissi et Ourbnissi, est arrivé deuxième avec 9 voix, tandis que le métropolite Grigol (Berbichashvili), du diocèse de Poti et Khobi, en a recueilli 7. Aucun second tour n’a donc été nécessaire.

Shio - désormais Shio III - devient ainsi le 142e primat de l’Église orthodoxe géorgienne et le dixième patriarche depuis le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église en 1917. L’élection du 11 mai marque un tournant générationnel : il s’agit de la première succession en près de cinquante ans, refermant l’ère d’Ilia II, à qui l’on attribue la renaissance de l’Église et son établissement comme institution la plus digne de confiance dans un pays où plus de 80 % de la population se réclame du christianisme orthodoxe.

Si Shio n’a pas encore exposé sa vision quant à une éventuelle continuité ou rupture avec le style de gouvernance d’Ilia II - certains critiques le considérant même comme plus conservateur encore que son prédécesseur - cette succession est néanmoins largement perçue comme l’ouverture d’une nouvelle phase dans la vie de l’Église. Après des décennies dominées par une figure patriarcale unique et toute-puissante, le Saint-Synode, organe dirigeant de l’Église, devrait retrouver davantage d’influence et d’autorité, orientant l’institution vers un fonctionnement plus collégial et pluraliste.

S’adressant à la foule réunie dans la cathédrale de la Sainte-Trinité, le nouveau patriarche Shio III a annoncé que sa cérémonie d’intronisation aurait lieu dès le lendemain, le 12 mai, à la cathédrale de Svetitskhoveli à Mtskheta, ville située près de Tbilissi. Cette date correspond à la fête de saint André le Premier-Appelé, jour férié en Géorgie commémorant l’arrivée de saint André, considéré comme le premier prédicateur du christianisme dans le pays. La cérémonie débutera à 10 heures.

Une élection historique

Le processus de succession avait été enclenché après la mort d’Ilia II, décédé le 17 mars dans un hôpital de Tbilissi où il avait été admis pour une grave hémorragie interne, après une longue dégradation de son état de santé. Régulièrement en tête des classements de popularité et considéré par beaucoup comme un saint vivant, il avait été pleuré par des foules immenses venues assister à sa veillée funèbre et à ses obsèques dans la capitale.

Le rôle de Shio comme Locum Tenens a été confirmé officiellement par les hiérarques de l’Église immédiatement après sa disparition.

Le Saint-Synode avait retenu trois candidats lors de sa réunion du 28 avril, dans une procédure controversée en raison de l’exclusion de deux figures importantes : le métropolite Isaïa de Nikozi et Tskhinvali, ainsi que le métropolite Daniel de Satchkhere et Chiatoura. Leurs candidatures ont été rejetées sur la base de l’interprétation par le Synode des critères d’éligibilité fixés dans les statuts de l’Église de 1995, qui exigent notamment une « formation théologique » ainsi qu’un âge compris entre 40 et 70 ans. Cette interprétation a toutefois été contestée par une partie du haut clergé.

Le diplôme de théologie du métropolite Iobi, l’un des trois candidats retenus, aurait par ailleurs disparu de sa résidence, poussant le séminaire théologique de Tbilissi à engager une procédure officielle pour vérifier ses titres universitaires.

Le processus de succession a suscité une forte attention politique. Des critiques ont accusé le parti au pouvoir, « Rêve géorgien », de soutenir activement la candidature de Shio Moujiri, tandis que les responsables du parti dénonçaient une campagne « anti-Église » menée par les milieux d’opposition. Au cours des mois précédents, plusieurs figures importantes du clergé avaient pourtant appelé à éviter toute ingérence dans l’élection.

Moscou a également laissé transparaître son intérêt pour le processus : le Service russe de renseignement extérieur (SVR) a accusé le patriarche de Constantinople de promouvoir certains candidats au patriarcat géorgien.

Alors que deux candidats - Iobi et Grigol - avaient publié dans les semaines précédant l’élection leurs visions respectives, évoquant des réformes sociales et institutionnelles au sein de l’Église, Shio Moujiri n’a présenté aucun programme public comparable.

Qui est Shio III ?

Le métropolite Shio (Moujiri) bénéficie d’une visibilité croissante depuis qu’Ilia II l’a désigné Locum Tenens en 2017. Plusieurs positions conservatrices ou controversées de l’Église orthodoxe géorgienne - notamment celles convergeant avec les orientations du parti au pouvoir, « Rêve géorgien » - lui ont été attribuées, alors qu’il prenait progressivement les rênes de l’institution en raison du déclin de santé d’Ilia II.

Né et élevé dans le centre de Tbilissi, au sein d’un cercle qui comptera plus tard le quatrième président géorgien Guiorgui Margvelachvili ainsi que l’homme d’affaires conservateur et pro-russe Levan Vasadze, Moujiri s’est d’abord consacré à la musique. Il a étudié le violoncelle au Conservatoire d’État de Tbilissi avant d’entrer dans la vie monastique au monastère de Shiomghvime en 1991.

Ordonné moine en 1993, il devient diacre en 1995 puis prêtre en 1996. Il poursuit ensuite des études de théologie en Géorgie et en Russie, notamment à l’Académie théologique de Moscou et à l’Université orthodoxe Saint-Tikhon, où il obtient également un doctorat en théologie en 2015. En 2003, il est consacré évêque et nommé à la tête du diocèse de Senaki et Tchkhorotskou.

Si la fonction de Locum Tenens ne détermine pas officiellement la succession, sa désignation par Ilia II a considérablement accru son exposition publique. Ses détracteurs évoquent notamment ce qu’ils décrivent comme un soutien médiatique coordonné en sa faveur après la mort du patriarche.

La figure de Shio a également suscité des controverses, notamment autour de sa formation en Russie et de ses liens présumés avec Levan Vasadze. Certains critiques craignent qu’il ne mène une politique alignée sur Moscou, allant jusqu’à suggérer que sa nomination comme Locum Tenens en 2017 aurait résulté de pressions extérieures. Ils citent notamment la visite à Tbilissi de Hilarion Alfeyev, haut responsable de l’Église russe, quelques jours avant l’annonce de sa désignation. L’évêque Zenon (Iarajaouli), l’un des membres du haut clergé critiques envers Moujiri, a déclaré peu avant l’élection sur la chaîne Formula que Shio « n’était pas le candidat de la Russie, mais que la Russie le soutient ».

D’autres observateurs s’inquiètent de ses positions conservatrices, notamment de ses prises de position contre l’avortement dans ses sermons et de son plaidoyer en faveur de mesures législatives sur ce sujet. Dans des homélies plus récentes, il a également abordé l’égalité des sexes et le rôle des femmes, dénonçant « l’attitude qui réduit l’importance de la femme en tant que mère et épouse ».