Le huitième sommet de ce nouvel ensemble politique, créé en 2022 à l’initiative du président français Emmanuel Macron, a débuté aujourd’hui à Erevan et réunit un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement issus de l’aire d’influence européenne. Il précède un sommet Union-Européenne – Arménie qui se tiendra le lendemain dans cette même ville.
Les premiers à prendre la parole furent le Premier ministre d’Arménie Pachinian, Antonio Costa, président du Conseil européen, Volodymyr Selensky, président d’Ukraine, Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan et Mark Carney, Premier ministre du Canada.
La Communauté Politique Européenne est une nouvelle entité politique apparue récemment sur la scène internationale, en juin 2022, quelques mois après le déclenchement des hostilités ouvertes entre l’Ukraine et la Russie, et qui compte une cinquantaine de pays. Elle s’offre pour objet de former une plateforme de coordination politique autour des valeurs communes partagées par les membres de l’Union européenne et de pays proches qui n’en sont pas membres, comme le Royaume-Uni et la Turquie, parmi d’autres comme l’Arménie et l’Azerbaïdjan. En cette occasion, le Premier ministre du Canada a été invité à y prendre part.
Après un mot d’accueil du maître des lieux, Nikol Pachinian, Antonio Costa s’est exprimé en soulignant que ce sommet était « historique » du seul fait qu’il se réunissait en Arménie, ce qui « la place au coeur de l’Europe à laquelle elle appartient à la lumière de sa longue et riche histoire ». Il ajouta que ce sommet avait été rendu possible « avec l’agrément de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, dont le récent accord est une histoire de paix dans un monde où l’escalade et la guerre semblent prédominer ». Le Canada partage la même vision de la sécurité que l’Europe, fondée sur la conception d’un ordre basé sur des principes du droit international et il est le champion du multilatéralisme dans l’esprit de l’ONU ; il est dans l’ordre des choses que le Canada soit « le premier invité non-européen » à un sommet de la Communauté Politique Européenne. En écho à cela, le premier ministre canadien répondra un peu plus tard qu’il est « le plus Européen des non-Européens ».
Volodymyr Zelensky mettra l’accent sur deux points principaux : sa gratitude envers l’Europe et les sanctions qu’elle a prise à l’encontre de la Russie, son pétrole et « sa flotte fantôme » et l’espoir d’une paix prochaine entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, longue et profonde.
Ilham Aliyev déclarera qu’il avait accepté de se joindre à ce sommet par la voie d’une vidéo-conférence. « J’ai soutenu le principe de ce sommet en Arménie et j’ai proposé qu’un prochain sommet se tienne en Azerbaïdjan en mai 2028 . L’Arménie a soutenu notre candidature ». Cela est un signe supplémentaire que « la paix règne entre nous », comme l’indique la reprise des échanges commerciaux qui étaient interrompus depuis le début des années 1990, « nous apprenons à vivre en paix depuis neuf mois ». « Je remercie la Commission européenne pour son soutien à la paix, mais pas toutes les institutions européennes qui n’affichent pas une semblable attitude, à l’exemple du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe », laquelle a imposé des sanctions à la délégation de l’Azerbaïdjan quatre mois après que le pays ait recouvré son intégrité territoriale, en pleine conformité avec les dispositions de la Charte de l’ONU. On observe donc « un double standard » au Conseil de l’Europe. Par ailleurs « le Parlement européen préfère saboter le processus de paix au lieu de le soutenir. Quatorze sanctions ou offenses à l’encontre de l’Azerbaïdjan. C’est une sorte d’obsession ».
La prise de parole de Mark Carney, le Premier ministre du Canada conclura cette première session par l’énoncé des contours futurs de l’architecture internationale, tenant ses propos sur un ton grave de nature presque prophétique : « Un ordre international sera reconstruit et il sera reconstruit sur le modèle de l’Europe (« rebuilt out of Europe »).