LE NAKHITCHEVAN RETROUVE LA CARTE FERROVIAIRE DE LA RÉGION : 194 KILOMÈTRES DE NOUVELLES PERSPECTIVES

Analyses
13 Août 2026 13:03
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LE NAKHITCHEVAN RETROUVE LA CARTE FERROVIAIRE DE LA RÉGION : 194 KILOMÈTRES DE NOUVELLES PERSPECTIVES

La reconstruction du réseau ferroviaire du Nakhitchevan cesse progressivement d’être un simple projet d’infrastructure. Derrière les kilomètres de rails, les ponts, les tunnels et les gares se dessine une ambition d’une tout autre ampleur : modifier la configuration des transports dans le Caucase du Sud et faire du Nakhitchevan, aujourd’hui enclave isolée du territoire azerbaïdjanais, l’un des principaux nœuds de la logistique régionale.

Le renouveau du chemin de fer au Nakhitchevan

La société anonyme « Chemins de fer azerbaïdjanais », qui fait partie d’AZCON Holding, poursuit la réalisation du projet dont la première étape couvre Salam Malik, Ordubad, Aza et Djoulfa. Les travaux sont déjà en cours sur le premier tronçon de 7 kilomètres en direction d’Ordubad, à partir de la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. À ce jour, près d’un kilomètre de voie ferrée a été achevé.

La ligne s’étendra sur 194 kilomètres selon son axe, et sur 264 kilomètres en incluant les voies secondaires. Le projet prévoit la reconstruction de 10 gares ferroviaires ainsi que la construction de 814 ouvrages d’art au total, dont 29 ponts, 12 galeries et différents passages.

L’ampleur du projet est ainsi clairement visible : il ne s’agit pas d’une simple remise en état de la ligne existante, mais de la création, de fait, d’une infrastructure ferroviaire moderne sur l’un des axes les plus stratégiques du pays. Une liaison ferroviaire entre le territoire principal de l’Azerbaïdjan et la région enclavée du Nakhitchevan existait à l’époque soviétique. Mais après la dissolution de l’URSS et le conflit qui a suivi, le système de transport régional s’est retrouvé, dans les faits, disloqué.

L’élément central de cette architecture est la connexion du chemin de fer du Nakhitchevan, en cours de reconstruction, avec la ligne Horadiz–Aghbend. Le réseau devrait ensuite rejoindre l’itinéraire passant par le corridor de Zanguezour.

Autrement dit, il s’agit de créer une chaîne ferroviaire continue : territoire principal de l’Azerbaïdjan – Zanguezour – Nakhitchevan – Turquie.

La capacité future de transport de marchandises est particulièrement révélatrice : 15 millions de tonnes par an.

Le pays a déjà consacré des ressources considérables au développement de ses infrastructures ferroviaires, de ses ports et de ses centres logistiques. La réhabilitation de l’axe occidental pourrait donc relier plusieurs éléments qui existaient auparavant, mais qui demeuraient partiellement fragmentés au sein d’un même système de transport.

Si la liaison ferroviaire via cet itinéraire est rétablie, un axe important entre la région caspienne, la Turquie et les marchés européens verra le jour.

Le facteur Washington

Dans cette configuration, l’accord conclu à Washington le 8 août 2025 revêt une importance particulière. Il prévoit la création du « Trump Route for International Peace and Prosperity », ou TRIPP.

Si la liaison ferroviaire prévue le long de l’axe de Zanguezour est effectivement réalisée conformément à l’accord, la reconstruction du chemin de fer du Nakhitchevan deviendra partie intégrante d’un projet régional beaucoup plus vaste.

Un nouveau maillon pour le corridor médian

Pour le Corridor médian, l’importance du projet est particulièrement grande. Aujourd’hui, l’un de ses principaux atouts réside dans sa capacité à offrir une liaison alternative entre la Chine et l’Europe. Or la valeur de tout corridor de transport dépend avant tout du nombre et de la qualité de ses ramifications.

De plus, l’axe de Zanguezour pourrait potentiellement offrir une connexion supplémentaire avec la route Nord–Sud.

L’Azerbaïdjan se retrouve ainsi en mesure de ne plus être à la périphérie de projets de transport distincts, mais au point de convergence de plusieurs d’entre eux. C’est probablement là que réside la principale portée stratégique des évolutions en cours.

La réalisation du projet se fait par étapes. Sa progression future dépendra toutefois non seulement du rythme des travaux sur le territoire azerbaïdjanais, mais aussi de la mise en œuvre des accords internationaux qui lui sont liés.

C’est pourquoi les travaux actuellement menés au Nakhitchevan doivent être considérés dans un contexte beaucoup plus large. Ils constituent les fondations infrastructurelles d’un nouvel axe de transport où pourraient converger les intérêts de plusieurs pays et régions, notamment ceux de la Turquie, de l’Asie centrale, de l’Europe et des acteurs de la route Nord–Sud.