RAHR : LA VISITE D’ALIYEV POURRAIT MARQUER UN TOURNANT DANS LES RELATIONS ENTRE BAKOU ET BERLIN

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23 Juillet 2026 22:54
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RAHR : LA VISITE D’ALIYEV POURRAIT MARQUER UN TOURNANT DANS LES RELATIONS ENTRE BAKOU ET BERLIN

La visite du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev en Allemagne revêt une importance stratégique majeure et pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre Bakou, Berlin et l’Union européenne, a déclaré le politologue allemand Alexander Rahr dans un entretien exclusif accordé à News.Az.

Selon lui, les entretiens entre le président Aliyev et le chancelier allemand Friedrich Merz devraient être particulièrement substantiels et porter sur un large éventail de questions géopolitiques et économiques.

« L’Allemagne attend deux choses importantes de l’Azerbaïdjan. Premièrement, Berlin souhaite un soutien plus marqué de Bakou à la politique de sanctions menée par l’Allemagne et l’Europe à l’égard de la Russie. Dans ce contexte, de nouvelles possibilités pourraient être offertes à l’Azerbaïdjan pour accroître ses exportations de pétrole et de gaz vers le marché européen, l’Union européenne ayant l’intention de mettre fin à toutes les importations d’énergie russe d’ici à 2027 », a expliqué Alexander Rahr.

Il a toutefois souligné que la mise en œuvre de tels projets nécessiterait des négociations complexes impliquant non seulement l’Azerbaïdjan et l’Union européenne, mais aussi la Turquie, acteur clé des infrastructures énergétiques et de transport dans la région.

Le deuxième grand dossier à l’ordre du jour concernera l’Iran et, plus largement, la situation au Moyen-Orient.

« L’Allemagne s’inquiète de l’influence croissante de l’Iran dans la région. Comme l’Azerbaïdjan partage une frontière avec l’Iran et exerce un poids politique important dans le Caucase du Sud, Berlin attend de Bakou qu’il contribue à la stabilité régionale. Les discussions comprendront donc, sans aucun doute, un vaste volet stratégique et géopolitique », a poursuivi l’analyste.

Le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan figurera également parmi les principaux sujets abordés. Selon Alexander Rahr, l’Allemagne cherche à renforcer son rôle en tant que l’un des principaux soutiens européens au rapprochement entre Bakou et Erevan.

« L’Allemagne, qui aspire à jouer un rôle de leader politique au sein de l’Union européenne, souhaite devenir l’un des principaux parrains du processus de normalisation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. L’Europe veut contribuer à l’établissement d’une paix durable et véritable entre les deux pays sous l’égide géopolitique de l’Union européenne », a-t-il déclaré.

En contrepartie, Berlin pourrait proposer à l’Azerbaïdjan un renforcement de sa coopération avec l’Union européenne, notamment par un approfondissement des liens politiques, économiques et institutionnels.

Alexander Rahr a également souligné que l’Europe traverse actuellement une profonde phase de transformation. Les États membres de l’UE augmentent leurs dépenses militaires, développent une industrie européenne de la défense et réévaluent leur modèle économique. Dans ce contexte, la place future de l’Azerbaïdjan dans la nouvelle architecture européenne pourrait également être évoquée.

« La question est de savoir comment cette nouvelle Europe, qui redéfinit son identité économique et politique, coopérera avec l’Azerbaïdjan. Il ne s’agit pas seulement d’énergie, mais aussi d’industrie, de liaisons de transport, de sécurité et, éventuellement, de coopération en matière de défense », a-t-il indiqué.

Les technologies vertes devraient également être abordées, même si Alexander Rahr ne s’attend pas à des avancées majeures dans ce domaine.

« Il y aura probablement les déclarations diplomatiques habituelles sur les technologies vertes. En réalité, l’économie allemande traverse actuellement des difficultés dans ce secteur et se concentre sur d’autres priorités ainsi que sur des défis plus urgents », a-t-il estimé.

Selon le politologue, cette visite pourrait revêtir un caractère historique si elle débouche sur un véritable élargissement des perspectives de coopération entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne.

« Pour Bakou, le principal résultat serait l’ouverture de perspectives plus larges vers l’Europe. Des discussions sont actuellement en cours sur la manière dont des pays comme l’Ukraine, la Moldavie ou l’Arménie pourraient être intégrés à la future Union européenne, non pas nécessairement en tant que membres à part entière, mais peut-être comme partenaires associés. Une formule similaire pourrait également être proposée à l’Azerbaïdjan », a déclaré Alexander Rahr.

Il a toutefois ajouté que les questions les plus concrètes seraient probablement examinées à huis clos à la Chancellerie fédérale.

Alexander Rahr a également attiré l’attention sur les désaccords persistants entre Bakou et Berlin concernant les droits de l’homme.

« En Azerbaïdjan, on estime que de nombreuses propositions constructives et demandes formulées par l’Allemagne sont ensuite éclipsées par les critiques adressées au pays concernant les droits de l’homme et sa politique intérieure. Le président Ilham Aliyev ainsi que d’autres responsables azerbaïdjanais ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils considéraient ces critiques comme contre-productives et incompatibles avec un véritable partenariat et un réel rapprochement », a-t-il expliqué.

Dans le même temps, Alexander Rahr estime qu’il est peu probable que l’Allemagne évite totalement d’aborder cette question.

« L’Allemagne ne serait pas l’Allemagne, avec une politique étrangère traditionnellement fondée sur les valeurs libérales, si la question des droits de l’homme n’était pas évoquée lors de discussions de haut niveau. Elle figurera donc, très probablement, parmi les sujets inscrits à l’ordre du jour des entretiens entre Bakou et Berlin », a conclu le politologue.