« NOTRE TERRITOIRE A ÉTÉ UTILISÉ À NOTRE INSU » : ALIYEV RÉAGIT AUX INFORMATIONS DU « TIMES »

Actualités
22 Juillet 2026 10:00
51
« NOTRE TERRITOIRE A ÉTÉ UTILISÉ À NOTRE INSU » : ALIYEV RÉAGIT AUX INFORMATIONS DU « TIMES »

Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, et le chancelier allemand Friedrich Merz ont répondu aux questions des journalistes à l'issue de leurs déclarations à la presse.

Le correspondant de Deutsche Welle, Roman Gontcharenko, a interrogé le chancelier allemand au sujet de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine :

« Il y a quelques jours, les médias allemands ont rapporté qu'une rencontre informelle entre représentants allemands et russes s'était tenue à Bakou. Selon ces informations, d'anciens hauts responsables politiques issus de partis de la coalition gouvernementale allemande y auraient participé. Aucun détail n'a été communiqué sur les résultats de cette réunion. À Berlin, les experts sont divisés : certains estiment que ce type de rencontres discrètes est utile et sans conséquence négative, tandis que d'autres considèrent qu'elles risquent d'envoyer à Moscou un signal de faiblesse. Quel est votre point de vue ? »

Le journaliste a également demandé au président azerbaïdjanais :

« Vous avez récemment déclaré que les relations entre l'Azerbaïdjan et la Russie étaient de nouveau pleinement normalisées. Que conseilleriez-vous au président russe Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre contre l'Ukraine ? »

Merz : « La fin de cette guerre dépend uniquement de la Russie »

Friedrich Merz a répondu qu'il ne disposait « d'aucune information sur cette rencontre ».

« Depuis plusieurs mois, nous tentons de convaincre le président Poutine d'engager des négociations. Nous avons proposé à plusieurs reprises l'ouverture de discussions avec l'Ukraine dans un cadre européen. Le président Poutine refuse d'y participer.

Je suis donc malheureusement contraint de répéter ce que je dis depuis quatorze mois : la fin de cette guerre dépend uniquement du gouvernement russe et du président de la Russie. C'est à lui seul qu'il appartient d'accepter des négociations et, si nécessaire, d'entamer un processus de paix. Il continue de s'y refuser.

Tant que la guerre se poursuit, nous n'avons pas d'autre choix que de soutenir l'Ukraine face à l'agression russe. Nous continuerons de le faire en coordination avec nos partenaires européens.

Je remercie le président Aliyev d'avoir partagé avec nous une analyse similaire des causes du conflit, de son déroulement et des conditions de sa conclusion. »

Prenant la parole à son tour, Ilham Aliyev a déclaré :

« En ce qui concerne les réunions qui auraient eu lieu à Bakou, je peux dire que nous en avons été informés par le journal The Times. Nous n'en savions rien.

Compte tenu du sérieux de cette publication, nous avons procédé à des vérifications. Hier, avant mon départ pour Berlin, j'ai demandé au Service national des gardes-frontières de vérifier si les personnes citées dans l'article s'étaient effectivement trouvées simultanément en Azerbaïdjan.

Ces informations ont été confirmées.

Le 12 juillet, deux personnalités connues sont arrivées à Bakou par un vol Berlin-Bakou : Ronald Pofalla, présenté comme ancien chef de la chancellerie d'Angela Merkel, ainsi que Matthias Platzeck. Tous deux sont repartis pour Berlin le 14 juillet.

Le même jour, les anciens responsables russes Viktor Zoubkov et Valeri Fadeïev sont arrivés de Moscou à Bakou ; l'un a quitté le pays le 13 juillet, l'autre le 14.

Aucune information ne nous a été communiquée à ce sujet, ni par l'Allemagne ni par la Russie. Autrement dit, notre territoire a été utilisé à notre insu.

Je ne peux pas affirmer avec certitude qu'une telle rencontre a effectivement eu lieu, puisque nous n'y avons pas assisté. En revanche, les données relatives aux vols permettent de penser qu'une réunion discrète s'est bien tenue à Bakou.

Si cette rencontre contribue à mettre fin à la guerre entre la Russie et l'Ukraine, nous ne pouvons évidemment que nous en réjouir. »

Interrogé sur le conseil qu'il adresserait à Vladimir Poutine, Aliyev a répondu :« Je ne donne des conseils que lorsqu'on me les demande. Une question similaire m'a récemment été posée lors du Forum mondial des médias à Choucha. J'avais alors répondu que cette guerre devait cesser immédiatement. Notre priorité est qu'elle prenne fin et que la paix revienne dans la région. »

Le correspondant de l'agence AzərTAc, Vugar Seïdov, a interrogé Friedrich Merz sur le développement du Corridor du Milieu, axe commercial reliant l'Asie à l'Europe, dans lequel l'Azerbaïdjan joue un rôle croissant.

Le chancelier allemand a indiqué que cette question avait été examinée en détail et figurait dans la déclaration conjointe signée par les deux pays. « Le président Aliyev m'a fourni des informations très intéressantes sur l'extension de ces infrastructures. Dans les années à venir, nous souhaitons intensifier notre coopération, notamment dans le domaine énergétique.

L'Allemagne cherche à diversifier ses importations, y compris celles de gaz. L'Azerbaïdjan fait partie des rares pays de la région qui produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment. À ce titre, il constitue un partenaire particulièrement intéressant, notamment pour l'approvisionnement du sud de l'Allemagne, où les infrastructures de transport existent déjà ou peuvent être développées.

Cette discussion ouvre de nouvelles perspectives pour les relations entre nos deux pays. »

Aliyev : l'Azerbaïdjan peut augmenter ses livraisons de gaz

Le correspondant de Reuters, Andreas Rinke, a demandé au président azerbaïdjanais quelles quantités de pétrole et de gaz son pays était en mesure de fournir à l'Allemagne.

Ilham Aliyev a rappelé que les échanges commerciaux bilatéraux avaient atteint environ 1,5 milliard de dollars en 2025, l'essentiel des exportations azerbaïdjanaises vers l'Allemagne étant constitué de pétrole brut.

Selon lui, Bakou est capable d'augmenter ses livraisons de pétrole, tant grâce à sa propre production qu'au travers des activités commerciales de SOCAR.

Concernant le gaz naturel, il a indiqué que les premières livraisons vers l'Allemagne avaient débuté cette année.

En 2025, l'Azerbaïdjan a exporté 25 milliards de mètres cubes de gaz, dont la moitié vers l'Union européenne.

Un contrat de dix ans a été signé avec des entreprises allemandes pour un volume initial de 1,5 milliard de mètres cubes, susceptible d'être augmenté.

Le président a toutefois souligné plusieurs obstacles :

- une demande officielle d'augmentation des volumes ;

- l'extension des capacités des gazoducs TANAP et TAP, actuellement saturés ;

- la construction de nouveaux interconnecteurs en Europe.

Il a également regretté que les banques européennes, notamment la Banque européenne d'investissement, aient cessé de financer les projets pétroliers et gaziers dans le cadre de la transition énergétique.

Selon lui, un réexamen de cette politique serait souhaitable, alors que les tensions au Moyen-Orient perturbent les chaînes d'approvisionnement et que les difficultés rencontrées par les raffineries russes modifient les flux traditionnels d'exportation de produits pétroliers.

« Si ces questions sont revues et que les banques européennes recommencent à financer les infrastructures pétrolières et gazières, l'Azerbaïdjan sera en mesure d'accroître considérablement ses exportations de gaz vers l'Europe, y compris vers l'Allemagne », a-t-il déclaré.

Interrogé par Orkhan Amachov, de l'agence AnewZ, sur le rôle de l'Azerbaïdjan dans la sécurité énergétique de l'Europe, Friedrich Merz a rappelé que l'Allemagne avait cessé d'importer du gaz russe il y a quatre ans et demi. « Nous avons naturellement recherché de nouvelles sources d'approvisionnement, et l'Azerbaïdjan joue un rôle important dans cette stratégie.

C'est une perspective économiquement intéressante pour nous. Nous avons également identifié d'autres fournisseurs, mais je remercie une nouvelle fois le président Aliyev pour les discussions que nous avons eues aujourd'hui sur la possibilité d'augmenter encore les livraisons de gaz azerbaïdjanais.

Cet objectif figure également dans notre déclaration commune et restera au cœur de nos échanges futurs avec Bakou. »

Merz : « La paix durable passe par la négociation »

En ouvrant la conférence de presse, Friedrich Merz a expliqué que la visite officielle du président Aliyev, initialement prévue en mars, avait dû être reportée en raison de la guerre avec l'Iran.

Selon lui, cette visite illustre le fait que ni l'Allemagne ni l'Azerbaïdjan ne peuvent échapper aux conséquences des grands conflits actuels, qu'il s'agisse du Moyen-Orient ou de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine.

« Ces conflits ont profondément affecté nos deux pays sur les plans de la sécurité et des intérêts économiques. Nous partageons la conviction qu'une paix durable ne peut être obtenue que par la négociation. »

Le chancelier a également souligné que la paix et la stabilité dans le Caucase du Sud étaient d'un intérêt majeur pour l'Allemagne et l'Union européenne.

Il a salué le paraphe de l'accord de paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, qu'il a qualifié d'« historique », estimant qu'il ouvrait la voie au règlement d'un conflit vieux de plusieurs décennies.

Renforcement des relations bilatérales

Friedrich Merz s'est félicité du développement des relations entre les deux pays, rappelant que le président allemand Frank-Walter Steinmeier avait effectué en 2025 la première visite officielle d'un chef d'État allemand en Azerbaïdjan.

La déclaration conjointe signée ce jour, a-t-il ajouté, jette les bases d'un approfondissement de la coopération bilatérale.

Le chancelier a également annoncé la création d'un Conseil d'affaires germano-azerbaïdjanais, destiné à encourager les investissements des entreprises des deux pays.

Il a insisté sur l'importance stratégique des livraisons de pétrole et de gaz via le Corridor gazier méridional, tout en soulignant la volonté de Berlin de diversifier davantage ses sources d'énergie, notamment grâce aux énergies renouvelables et à l'hydrogène.

Dans son intervention, Ilham Aliyev a remercié Friedrich Merz pour son invitation et son accueil.

« Je suis convaincu que les documents signés aujourd'hui porteront nos relations à un niveau supérieur. Nous souhaitions lancer un dialogue stratégique et nous y sommes parvenus. »

Le président a rappelé que plus de 200 entreprises allemandes étaient aujourd'hui actives en Azerbaïdjan et s'est dit convaincu que leur nombre continuerait d'augmenter.

Il a également mis en avant les progrès de la coopération énergétique :

« Depuis cette année, l'Azerbaïdjan exporte du gaz naturel vers l'Allemagne. Notre gaz est désormais livré à dix États membres de l'Union européenne, ce qui constitue une contribution importante à la sécurité énergétique du continent.

En outre, nous exportons déjà du pétrole vers l'Allemagne et nous entendons fournir à l'avenir de l'électricité verte à l'Europe. »

Le chef de l'État a souligné l'importance de la coopération dans les domaines des transports et de la connectivité, estimant que l'Azerbaïdjan renforçait progressivement son rôle de pont entre l'Asie centrale et l'Europe.

Il a annoncé la création de plusieurs groupes de travail chargés de mettre en œuvre les accords signés à Berlin.

Enfin, Ilham Aliyev a remercié l'Allemagne pour son soutien au processus de paix dans le Caucase du Sud.

Il a affirmé que le paraphe de l'accord de paix avec l'Arménie, ainsi que la déclaration conjointe signée à Washington en présence du président Donald Trump, avaient marqué la fin d'un conflit vieux de trente ans.

Selon lui, l'Azerbaïdjan fournit désormais à l'Arménie de l'essence et du gazole, tout en facilitant le transit des marchandises à travers son territoire

Plus de 40 000 tonnes de fret auraient déjà transité par l'Azerbaïdjan.

En conclusion, le président a souligné le renforcement des relations entre l'Union européenne et son pays, rappelant les visites récentes du président du Conseil européen António Costa et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Bakou.

« L'Allemagne, en tant que principal État membre de l'Union européenne, a naturellement un rôle majeur à jouer dans le développement futur de cette coopération », a-t-il conclu.