RELATIONS AZERBAÏDJAN–ROYAUME-UNI : UN PARTENARIAT STRATÉGIQUE EN PLEINE CONSOLIDATION

Analyses
21 Juillet 2026 14:13
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RELATIONS AZERBAÏDJAN–ROYAUME-UNI : UN PARTENARIAT STRATÉGIQUE EN PLEINE CONSOLIDATION

Le départ du Premier ministre britannique Keir Starmer conduit naturellement les analystes à s'interroger sur les conséquences qu'il pourrait avoir sur les différentes relations extérieures du Royaume-Uni. Les liens avec l'Azerbaïdjan, désormais partenaire stratégique de Londres, n'échappent pas à cette réflexion. Pourtant, la réponse semble ici aussi simple qu'importante : les deux pays sont liés par un partenariat stratégique et, depuis son annonce en août 2025, ils ont continué à franchir des étapes décisives pour renforcer la confiance mutuelle et approfondir une coopération fondée sur des intérêts communs.

L'évolution des réalités géopolitiques dans le Caucase du Sud, ainsi que dans l'ensemble de la région caspienne, modifie directement le rôle des acteurs extérieurs. Ces derniers mois, l'attention s'est principalement portée sur les États-Unis et l'Union européenne, dont les positions continuent d'évoluer au rythme des transformations régionales. Un autre acteur mérite toutefois une analyse plus approfondie : le Royaume-Uni. Il convient notamment d'examiner comment l'action de Londres pourrait prendre une dimension plus cohérente et plus régionale dans un espace de plus en plus interconnecté, qui suscite un intérêt croissant à l'échelle mondiale.

Grâce avant tout à sa relation bilatérale approfondie avec l'Azerbaïdjan, le Royaume-Uni joue depuis longtemps un rôle singulier dans le Caucase du Sud. Les fondements de cette relation reposent sur la coopération énergétique, inaugurée par le « Contrat du siècle » signé en 1994. Depuis, cette coopération s'est transformée en véritable partenariat stratégique. Le Royaume-Uni demeure le premier investisseur étranger direct en Azerbaïdjan, avec des investissements cumulés dépassant désormais 39,9 milliards de dollars. Cette dynamique confirme que le modèle sur lequel reposent les relations entre Bakou et Londres - l'association d'une coopération économique durable et d'une coordination politique efficace - reste pleinement d'actualité.

Les mécanismes existants ont considérablement enrichi les relations entre les deux pays, contribuant à la fois au développement de l'Azerbaïdjan et à l'affirmation du rôle stratégique du Royaume-Uni dans la région. Mais les partenaires stratégiques ne se satisfont généralement pas d'avoir atteint ce statut. Ce qui distingue un partenariat stratégique des autres formes de coopération, c'est la capacité des États à adopter une vision de long terme, à adapter leurs relations aux nouvelles réalités et à élargir en permanence le champ de leur collaboration.

Cette logique est particulièrement pertinente pour l'Azerbaïdjan et le Royaume-Uni, alors que de nouvelles perspectives émergent rapidement dans le Caucase du Sud et la région caspienne. Longtemps limitées par les conflits et les blocages politiques, elles se sont considérablement élargies depuis que l'Azerbaïdjan a pleinement rétabli sa souveraineté et son intégrité territoriale. Par ailleurs, le rapprochement politique et pratique croissant entre Bakou et les pays d'Asie centrale, ainsi que le rôle moteur de l'Azerbaïdjan dans le développement du Corridor médian, ouvrent de nouvelles possibilités pour approfondir encore davantage le partenariat avec Londres.

Depuis août 2025, les deux pays ont multiplié les initiatives afin de maintenir cette dynamique et d'élargir sensiblement leur coopération. Il est donc important d'évaluer ces progrès, mais aussi d'identifier les domaines susceptibles de renforcer encore le poids stratégique et la portée régionale de ce partenariat.

Des progrès continus

Le cadre qui structure les relations entre l'Azerbaïdjan et le Royaume-Uni est sans doute aujourd'hui plus complet et plus diversifié que jamais. Tout en consolidant leurs domaines traditionnels de coopération, les deux pays ont manifestement cherché à élargir leur agenda commun et à explorer de nouveaux axes de collaboration. Depuis août 2025, des avancées concrètes ont été enregistrées dans les domaines de l'éducation, de la défense, du numérique, ainsi que des énergies conventionnelles et renouvelables.

Plus récemment, les deux parties ont également renforcé leurs relations parlementaires, franchissant une nouvelle étape qui illustre leur convergence politique croissante. Les contacts de haut niveau se multiplient, avec des visites régulières de représentants ministériels à Bakou comme à Londres.

Le 16 juin, le ministre azerbaïdjanais de l'Économie, Mikayil Jabbarov, s'est ainsi entretenu avec le ministre d'État britannique chargé des Investissements, Lord Stockwood. Les discussions ont principalement porté sur les perspectives d'approfondissement du partenariat économique.

Plus significatif encore, les thèmes abordés lors de ces rencontres se diversifient rapidement. Les visites à Londres de représentants du ministère azerbaïdjanais du Développement numérique et des Transports témoignent notamment du fait que les relations bilatérales dépassent désormais largement le seul secteur énergétique. Le Royaume-Uni a exprimé sa volonté de soutenir l'Azerbaïdjan dans plusieurs domaines stratégiques, notamment la modernisation des infrastructures critiques. Une déclaration publiée en mars 2026 soulignait ainsi l'intérêt britannique pour des projets de centres de données dédiés à l'intelligence artificielle, ainsi que son intention d'apporter un soutien financier à différents projets d'infrastructures à travers le pays.

Le développement du capital humain prend également une place croissante dans la coopération bilatérale, l'éducation étant devenue l'un de ses principaux piliers. Une délégation du ministère azerbaïdjanais des Sciences et de l'Éducation s'est récemment rendue à l'Université de Warwick afin d'étudier les possibilités d'élargissement des partenariats existants.

Les derniers chiffres économiques confirment également la dynamique observée depuis août 2025. Entre janvier et mai 2026, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 3,58 milliards de dollars, soit près de sept fois plus que durant la même période de l'année précédente. Le Royaume-Uni est ainsi devenu le deuxième partenaire commercial de l'Azerbaïdjan.

Selon le vice-ministre azerbaïdjanais de l'Énergie, Orkhan Zeynalov, les deux pays prévoient par ailleurs de signer prochainement un nouvel Accord de partenariat et de coopération. Une telle initiative donnerait un nouvel élan à leurs relations en réaffirmant leur engagement commun en faveur d'un partenariat stratégique durable.

Renforcer la dimension régionale grâce à la connectivité

Au-delà du renforcement de leurs liens bilatéraux, les relations entre l'Azerbaïdjan et le Royaume-Uni peuvent également produire des effets durables à l'échelle régionale.

Londres a constamment soutenu le processus de normalisation entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, qui demeure aujourd'hui au cœur de l'agenda régional. Cette position se reflète dans ses relations avec les deux pays, fondées sur le respect de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale.

À mesure que la région poursuit sa transformation, la contribution des partenaires extérieurs gagnera en importance, d'autant que des tentatives de déstabilisation du processus de normalisation persistent. Dans ce contexte, des pays comme le Royaume-Uni, forts de leur expérience et de leurs capacités d'investissement, peuvent jouer le rôle de partenaires responsables en limitant les rivalités géopolitiques tout en favorisant la coopération économique.

Le développement du Corridor médian représente, à cet égard, une opportunité majeure. Lord John Alderdice, envoyé commercial du Royaume-Uni pour l'Azerbaïdjan et l'Asie centrale, a déclaré à plusieurs reprises que Londres souhaitait soutenir les États occupant une position stratégique le long de cet axe de transport. Les compétences des entreprises britanniques dans les secteurs de l'aviation et de l'industrie correspondent en effet étroitement aux besoins de pays comme l'Azerbaïdjan.

Dans plusieurs entretiens, il a notamment cité la planification des aéroports et des ports, ainsi que la modernisation du réseau ferroviaire, parmi les domaines où le Royaume-Uni pourrait apporter une contribution durable. Des entreprises britanniques jouent déjà un rôle important dans la planification urbaine et les infrastructures, en particulier dans le cadre de la reconstruction des territoires du Karabagh après le conflit.

Le cabinet britannique d'architecture et d'urbanisme Chapman Taylor a ainsi été chargé par le Comité d'État azerbaïdjanais pour l'urbanisme et l'architecture d'élaborer le plan directeur de la ville de Choucha. Il a également conçu celui de Jabrayil, deux villes appelées à devenir des pôles régionaux de développement durable et de croissance économique.

Par ailleurs, la centrale solaire Shafag de BP, actuellement en construction à Jabrayil et dont l'achèvement est prévu en 2027, devrait créer des emplois locaux et produire environ 500 GWh d'électricité renouvelable.

L'extension de ce type de coopération aux infrastructures de transport et de logistique apparaît donc à la fois logique et stratégiquement pertinente. Sur le plan géopolitique, soutenir le développement du Corridor médian correspond également aux intérêts stratégiques du Royaume-Uni.

La crise du détroit d'Ormuz, dont les répercussions demeurent sensibles, a rappelé la vulnérabilité du transport maritime et des chaînes d'approvisionnement mondiales face aux conflits armés. Combinée à la guerre en Ukraine, qui a poussé de nombreux pays européens à diversifier leurs approvisionnements énergétiques, elle a contribué à faire du Corridor médian un enjeu d'envergure mondiale.

Le projet reste néanmoins confronté à d'importants défis. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour harmoniser les réglementations et accroître les capacités afin de répondre à une demande en forte croissance. Dans ce contexte, l'engagement de partenaires tels que le Royaume-Uni, qui dispose d'une solide expérience en matière d'investissements structurants dans la région, devient de plus en plus stratégique.

Le renforcement parallèle des relations entre Londres et le Kazakhstan, autre acteur essentiel du Corridor médian, offre également au Royaume-Uni la possibilité de coordonner son action avec Bakou et Astana afin d'accélérer l'intégration régionale.

La participation pleine et entière de l'Azerbaïdjan au format C6 renforce encore cette perspective en créant les conditions d'une coopération trilatérale autour d'objectifs communs. Les bases existent déjà : UK Export Finance (UKEF) a mobilisé ces dernières années des financements pour plusieurs projets en Azerbaïdjan comme en Asie centrale, illustrant l'engagement concret du Royaume-Uni en faveur des grands projets régionaux.

Les déclarations des responsables britanniques montrent que Londres mesure pleinement le potentiel stratégique du Corridor médian. La prochaine étape logique consisterait à définir une vision plus précise de son engagement, dans laquelle la coopération avec l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan occuperait une place centrale. Une telle stratégie pourrait contribuer durablement à la stabilité et à la prospérité du Caucase du Sud et de l'ensemble de la région caspienne, à un moment où les évolutions géopolitiques rendent cette opportunité plus importante que jamais.

La coopération en matière de sécurité

La sécurité constitue un autre domaine dans lequel l'Azerbaïdjan et le Royaume-Uni peuvent approfondir leurs relations tout en leur donnant une dimension régionale plus affirmée, notamment à travers des formats de coopération trilatéraux ou restreints.

Malgré les progrès accomplis vers une stabilité durable dans le Caucase du Sud, la sécurité demeure une question particulièrement sensible, compte tenu des conflits armés qui persistent au nord comme au sud de la région. Dans ce contexte, le Royaume-Uni a affiché une volonté politique claire de renforcer sa coopération avec l'Azerbaïdjan dans les domaines militaire et de la défense, y compris sur le plan diplomatique.

Depuis août 2025, plusieurs rencontres ont eu lieu entre hauts responsables à Bakou et à Londres. Au début de l'année 2026, une délégation du ministère azerbaïdjanais de l'Industrie de la Défense s'est rendue au Royaume-Uni, signe que le dialogue dans ce secteur gagne lui aussi en intensité et s'inscrit dans une perspective de long terme.

Une autre dimension mérite toutefois d'être prise en compte. L'Azerbaïdjan et la Turquie sont des alliés de premier plan dans le domaine de la sécurité, le président Ilham Aliyev soulignant régulièrement le caractère exceptionnel de cette relation. Dans le même temps, le Royaume-Uni et la Turquie renforcent eux aussi progressivement leur coopération en matière de défense.

La signature, lors du sommet de l'OTAN de juillet 2026, d'un nouveau Partenariat pour la sécurité et la défense entre Londres et Ankara constitue une avancée majeure. Cet accord devrait encore rapprocher les deux pays après la décision historique prise en octobre 2025 par la Turquie d'acquérir des avions Eurofighter auprès du Royaume-Uni.

Cette évolution intervient dans un contexte plus large de réévaluation du rôle de la Turquie dans la sécurité euro-atlantique, les discussions relancées lors du sommet de l'OTAN à Ankara ayant mis en lumière son importance stratégique pour l'Alliance. Les perspectives d'une coopération renforcée entre l'Azerbaïdjan, la Turquie et le Royaume-Uni apparaissent ainsi encore plus prometteuses qu'à l'automne 2025, les trois pays ayant depuis approfondi concrètement leurs relations.

Des bases solides pour aller plus loin

À l'approche du premier anniversaire de leur partenariat stratégique, l'Azerbaïdjan et le Royaume-Uni ont continué de consolider une relation bilatérale dont l'importance ne cesse de croître pour les deux États. En réalité, le caractère stratégique de leurs liens était déjà manifeste bien avant son officialisation en août 2025.

Ces dernières années, les deux partenaires se sont attachés à faire évoluer leur coopération afin de lui donner la résilience indispensable dans un environnement international toujours plus complexe. L'ouverture à de nouveaux domaines de collaboration, combinée aux progrès réalisés dans les secteurs traditionnels, a permis d'obtenir de nouveaux résultats tangibles.

Cette évolution confirme que le partenariat repose sur trois piliers essentiels : la confiance mutuelle, la convergence des objectifs et un engagement partagé dans la durée.

Ces fondements continueront de façonner les relations entre Bakou et Londres, d'autant que les perspectives de coopération restent nombreuses pour porter ce partenariat stratégique à un niveau supérieur.

Par Huseyn Sultanlı