LE DISCOURS D’ALIYEV À CHOUCHA DÉVOILE LA NOUVELLE DOCTRINE DIPLOMATIQUE DE L’AZERBAÏDJAN. LES AXES PRINCIPAUX

Analyses
15 Juillet 2026 10:33
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LE DISCOURS D’ALIYEV À CHOUCHA DÉVOILE LA NOUVELLE DOCTRINE DIPLOMATIQUE DE L’AZERBAÏDJAN. LES AXES PRINCIPAUX

Le paysage géopolitique du Caucase du Sud a connu une profonde transformation depuis que l’Azerbaïdjan a rétabli son contrôle sur l’ensemble de ses territoires reconnus par la communauté internationale et qu’une nouvelle architecture de sécurité régionale a émergé. Dans ce contexte, Bakou redéfinit ses priorités en matière de politique étrangère et réajuste ses relations avec les principaux acteurs internationaux, en particulier les États-Unis et l’Union européenne. À l’occasion du 4ᵉ Forum mondial des médias de Choucha, le président Ilham Aliyev a exposé la vision de l’Azerbaïdjan sur l’évolution de ses rapports avec Washington et Bruxelles.

L’un des principaux axes de son intervention a porté sur l’évolution des relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis, en mettant en lumière le contraste entre les administrations Biden et Trump.

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a accentué l’opposition entre deux approches américaines distinctes à l’égard du Caucase du Sud. Selon le président Ilham Aliyev, les précédentes administrations américaines, en coordination avec les coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, avaient cherché à geler le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan plutôt qu’à le résoudre.

Adoptée en 1992, la section 907 du Freedom Support Act interdit toute assistance directe du gouvernement américain à l’Azerbaïdjan. Dans le discours officiel azerbaïdjanais, cette disposition est depuis longtemps présentée comme le symbole d’un traitement structurellement inéquitable de Washington à l’égard de Bakou durant les premières années de son indépendance.

« Lorsque le Freedom Support Act a été adopté par le Congrès américain afin d’apporter une aide financière aux nouveaux États indépendants issus de l’effondrement de l’Union soviétique, l’amendement 907 a été introduit par des sénateurs pro-arméniens. D’ailleurs, le président Biden faisait partie de ces sénateurs. Il siégeait alors au Sénat, ce qui explique probablement les nombreuses difficultés que nous avons rencontrées avec l’administration Biden », a déclaré le chef de l’État.

À l’inverse, Ilham Aliyev a qualifié la phase actuelle des relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis en des termes particulièrement positifs.

« Je dirais que les relations entre l’administration Trump et l’Azerbaïdjan sont excellentes, et nous nous réjouissons qu’elles aient atteint le niveau d’un partenariat stratégique », a-t-il souligné.

Le président a également estimé que l’administration Trump abordait le Caucase du Sud différemment de ses prédécesseurs. Plutôt que de maintenir des conflits gelés comme instruments d’influence géopolitique, l’équipe de Donald Trump considérerait, selon lui, qu’une paix durable constitue une opportunité de développement régional et d’intégration économique.

D’après Ilham Aliyev, l’engagement diplomatique américain au cours de la dernière phase des négociations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a contribué à créer des conditions favorables à la conclusion d’un cadre de paix.

Lors de la visite du président Aliyev, en août de l’année précédente, et de sa rencontre avec Donald Trump, un mémorandum d’entente a été signé afin de créer un Groupe de travail stratégique chargé de préparer une Charte de partenariat stratégique entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis. Par ailleurs, à l’issue du sommet de Washington, le président Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian ont signé, sous les auspices du président Trump, une déclaration conjointe.

« Dans notre cas, son rôle a été très important lorsque l’Azerbaïdjan et l’Arménie se trouvaient dans la phase finale des négociations sur un accord de paix. Le président Trump et son équipe sont intervenus et ont mis en place un cadre qui a rendu la paix possible », a insisté le chef de l’État.

Si Ilham Aliyev a mis en avant la dynamique positive des relations avec Washington, son évaluation des institutions européennes s’est révélée nettement plus critique.

« Si l’Azerbaïdjan quittait totalement le Conseil de l’Europe, personne dans le pays ne s’en apercevrait. Être membre ou ne pas l’être ne changerait pas grand-chose ici », a-t-il affirmé.

Auparavant, le discours officiel azerbaïdjanais associait généralement ses critiques des « deux poids, deux mesures » européens à une volonté affichée de poursuivre l’intégration dans les institutions européennes. La rhétorique actuelle apparaît désormais plus ouvertement détachée.

Pour autant, les relations avec l’Union européenne ne devraient pas se réduire à une simple logique d’affrontement. L’Europe demeure un partenaire économique majeur, un marché essentiel pour les exportations énergétiques azerbaïdjanaises et un acteur géopolitique de premier plan dans le voisinage régional.

Le message adressé par Bakou est de plus en plus explicite : l’Azerbaïdjan souhaite une coopération fondée sur le respect de la souveraineté, l’utilité stratégique et le respect mutuel, plutôt que sur une tutelle politique extérieure.

Dans les relations avec les États-Unis, cette doctrine profite actuellement à Bakou, l’administration Trump privilégiant les intérêts stratégiques et géopolitiques aux divergences idéologiques. À l’inverse, avec l’Union européenne, cette même approche a accentué les tensions, Bruxelles continuant d’aborder la région sous un angle essentiellement normatif.

« Nous ne recherchons pas la confrontation, même si l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, tout comme le Parlement européen, nous attaque régulièrement, une fois de plus sans aucun fondement. Je pense qu’il s’agit d’une véritable obsession à l’égard de l’Azerbaïdjan », a déclaré Ilham Aliyev.

Le président a également évoqué les récentes visites de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, du président du Conseil européen, António Costa, ainsi que de la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas. Selon lui, ces déplacements témoignent de relations soutenues entre Bakou et Bruxelles, malgré la persistance de désaccords politiques.

L’Union européenne demeure le premier partenaire commercial de l’Azerbaïdjan et l’une des principales destinations de ses exportations énergétiques. Depuis la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, Bruxelles s’efforce de diversifier ses approvisionnements en gaz, renforçant ainsi le rôle de l’Azerbaïdjan comme fournisseur fiable grâce au Corridor gazier méridional. Cette situation favorise un certain pragmatisme stratégique des deux côtés. Bakou insiste sur le fait que les relations futures avec l’Union européenne devront reposer sur le respect de la souveraineté, un partenariat d’égal à égal et la reconnaissance des nouvelles réalités géopolitiques.

L’Azerbaïdjan se présente de plus en plus comme une puissance poursuivant une politique étrangère multidirectionnelle. Le pays entend entretenir des relations équilibrées avec les grandes puissances mondiales tout en affirmant son autonomie stratégique et son rôle de leader régional.

Les déclarations du président Ilham Aliyev lors du 4ᵉ Forum mondial des médias de Choucha illustrent la confiance de l’Azerbaïdjan dans l’évolution de sa position sur la scène internationale ainsi que sa volonté de redéfinir ses relations tant avec les États-Unis qu’avec l’Union européenne.

Par Ulviyya Poladova