LE BOOM DU TRANSIT EN AZERBAÏDJAN ENTRE DANS SA PHASE INDUSTRIELLE

Analyses
9 Juillet 2026 19:35
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LE BOOM DU TRANSIT EN AZERBAÏDJAN ENTRE DANS SA PHASE INDUSTRIELLE

Une capacité excédentaire dans un centre logistique constitue souvent un défi. Il faut répondre à la demande, gérer les capacités de stockage et résoudre l'ensemble des problématiques liées aux infrastructures. Au regard de l'évolution actuelle du Corridor médian, le taux d'utilisation de 25 à 30 % des 11 millions de tonnes de capacité annuelle du Centre logistique d'Absheron apparaît davantage comme une réserve stratégique que comme un signe de sous-activité.

Inauguré en 2018 dans la région de Garadagh, à Bakou, sur un site de plus de 100 hectares, ce premier centre logistique privé d'Azerbaïdjan certifié aux normes internationales traite aujourd'hui 85 % de l'ensemble des marchandises ferroviaires entrant dans le pays. Pourtant, le volume annuel combiné des importations et des cargaisons en transit transportées par rail en Azerbaïdjan - entre 2,4 et 2,7 millions de tonnes - ne représente qu'une faible part de sa capacité totale.

Ce déséquilibre ne prend tout son sens qu'à la lumière de la croissance spectaculaire du Corridor médian. Au cours d'une seule semaine de mars 2026, la demande de transport de conteneurs a bondi de 450 à 500 % par rapport à la même période de 2025. À un tel rythme, aucun corridor ne peut se permettre de manquer de capacités de traitement.

Les évolutions enregistrées sur le Corridor médian en 2025 et 2026 ont constamment dépassé toutes les prévisions. Fin 2025, le terminal à conteneurs d'Alat, en Azerbaïdjan, avait traité 105 000 EVP (équivalents vingt pieds), soit une progression annuelle de 37 % et un premier franchissement du seuil des 100 000 EVP depuis sa mise en service en 2018.

Au cours des onze premiers mois de 2025, les Chemins de fer d'Azerbaïdjan ont acheminé 350 trains-blocs en provenance de Chine, en hausse de 34 % sur un an, pour un volume de 123 992 EVP, soit près de 18 % de plus qu'en 2024. Quant à la ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars, dont la section géorgienne a récemment vu sa capacité portée à 5 millions de tonnes de fret par an, elle a enregistré une hausse de 35 % du trafic hebdomadaire en une seule semaine de mars 2026, les perturbations liées au conflit avec l'Iran ayant détourné une partie des échanges commerciaux vers cet itinéraire.

Le volume de marchandises transitant par le corridor est passé de 600 000 à 800 000 tonnes entre 2019 et 2021 à plus de 4,5 millions de tonnes en 2024, soit une multiplication par six en seulement trois ans. La Banque mondiale et la Banque asiatique de développement (BAD) prévoient désormais un nouveau triplement de ce volume d'ici à 2030.

Chacune de ces tonnes de marchandises qui traverse la mer Caspienne depuis le Kazakhstan vers l'Azerbaïdjan doit être traitée dans la région de Bakou avant de poursuivre son trajet ferroviaire vers la Géorgie. C'est précisément à ce niveau que se jouera, à terme, la capacité du corridor à poursuivre son développement.

Ce que disent les chiffres

Le développement du Corridor médian en 2025-2026 a dépassé l'ensemble des prévisions. Le port d'Alat a traité 105 000 EVP à la fin de 2025, soit une progression de 37 % par rapport à l'année précédente et un record depuis son ouverture en 2018.

Durant les onze premiers mois de 2025, les Chemins de fer d'Azerbaïdjan ont transporté 350 trains-blocs en provenance de Chine, soit une hausse de 34 % sur un an, représentant 123 992 EVP, près de 18 % de plus que l'année précédente. Le trafic hebdomadaire sur la ligne Bakou-Tbilissi-Kars, dont la capacité de la section géorgienne a récemment été portée à 5 millions de tonnes par an, a progressé de 35 % en une semaine de mars 2026, le conflit avec l'Iran ayant conduit au report d'une partie des flux auparavant acheminés via le détroit d'Ormuz.

La géographie qui sous-tend ces chiffres reste simple et inchangée. Le trafic de fret est passé de 600 000-800 000 tonnes entre 2019 et 2021 à plus de 4,5 millions de tonnes en 2024, soit une hausse de près de six fois en trois ans. La Banque mondiale et la BAD anticipent un nouveau triplement de ce volume d'ici 2030. Chaque tonne transportée à travers la mer Caspienne depuis le Kazakhstan jusqu'à l'Azerbaïdjan doit être prise en charge à Bakou ou dans sa périphérie avant d'être expédiée vers l'ouest par voie ferrée via la Géorgie.

Après huit années d'activité, le niveau d'intégration opérationnelle atteint par le hub d'Absheron est bien plus avancé que ne le laisserait supposer sa capacité inutilisée. Le système informatique du centre est interconnecté avec les Chemins de fer d'Azerbaïdjan ainsi qu'avec le Comité d'État des douanes, permettant un échange de données conforme aux objectifs du plan de numérisation du Corridor médian adopté lors du conseil d'administration du TITR en avril 2026.

Le principe du « guichet unique », qui permet de réaliser au même endroit l'ensemble des formalités douanières liées aux importations, aux exportations et au transit, contribue à réduire les délais de traitement, considérés comme le principal défi du Corridor médian après les contraintes portuaires.

L'évolution géographique des flux traités par le centre reflète d'ailleurs celle du corridor dans son ensemble. Historiquement, une part importante des marchandises entrantes provenait des régions du nord, en particulier de Russie. Depuis quelques années toutefois, cette configuration a profondément changé, avec une part croissante de conteneurs et de wagons arrivant des pays de l'Est, principalement du Kazakhstan.

Sur le plan institutionnel, le centre s'est également adapté à cette nouvelle réalité. L'ouverture d'un bureau à Xi'an, en Chine - principal point de départ des trains-blocs reliant la Chine centrale à l'Europe - lui permet d'être présent directement à l'origine des flux de fret les plus dynamiques du Corridor médian. Avec ses bureaux à Xi'an, ses partenaires en Géorgie et en Turquie, ainsi que son intégration avec les systèmes ferroviaires et douaniers azerbaïdjanais, le Centre logistique d'Absheron s'impose comme un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement reliant la Chine centrale au réseau ferroviaire européen.

Business Park : du transit à la production

L'aspect le plus stratégique du développement actuel du Centre logistique d'Absheron ne réside plus uniquement dans ses activités logistiques, mais dans la création du Business Park Absheron, une zone industrielle aménagée sur 20 des 158 hectares du site.

Ce complexe de 80 000 m², dédié aux industries légères et lourdes ainsi qu'aux activités d'entreposage et de stockage, doit entrer progressivement en service au premier trimestre 2027. Il marque une évolution majeure de la philosophie du projet : passer d'un centre logistique chargé de redistribuer les marchandises produites ailleurs à une plateforme industrielle fabriquant des biens destinés tant au marché intérieur qu'à l'exportation.

Cette stratégie s'inscrit dans la politique plus large de diversification économique menée par l'Azerbaïdjan au-delà du secteur pétrolier. Situé au carrefour du principal corridor de transport est-ouest en Eurasie, le pays entend tirer profit non seulement des revenus du transit, mais également de la valeur ajoutée industrielle.

Bakou a progressivement développé une véritable diplomatie de la connectivité, en se positionnant comme un point de passage incontournable du corridor trans-eurasien. Le Business Park Absheron constitue la nouvelle étape de cette stratégie : faire de la connectivité non plus seulement une source de revenus liés au transit, mais un avantage industriel durable.

Le bureau de Xi'an, les coopérations avec la Géorgie et la Turquie, le système de guichet douanier unique ainsi que les 80 000 m² d'espaces industriels forment ensemble un écosystème destiné à offrir aux entreprises qui choisissent de s'implanter dans les infrastructures logistiques azerbaïdjanaises un accès privilégié au Corridor médian.

Dans un récent entretien accordé aux médias locaux, Elchin Adiyev, directeur du département commercial du Centre logistique d'Absheron, déclarait : « 85 % des marchandises importées dans le pays par voie ferrée arrivent ici. Le centre dispose d'un potentiel de développement considérable, sa capacité pouvant être multipliée par trois ou quatre. »

Le constat demeure toutefois nuancé. Comme le reconnaît implicitement la direction du centre à travers ses propres chiffres, un taux d'utilisation de seulement 25 à 30 % pour une infrastructure mise en service en 2018 signifie que celle-ci a fonctionné durant huit ans en dessous de ses capacités.

Si l'essor du Corridor médian a clairement changé la donne, le succès à long terme du Business Park Absheron dépendra de sa capacité à attirer un nombre suffisant d'industriels de référence. Il devra notamment faire face à la concurrence de la Zone économique franche d'Alat, du Parc industriel chimique de Soumgaït et des zones industrielles qui sont développées dans les territoires récemment libérés.

Le trafic sur le Corridor médian est désormais une réalité tangible et en forte croissance. La véritable question est désormais de savoir si les ambitions industrielles d'Absheron progresseront aussi rapidement que son potentiel logistique.

Par Akbar Novruz