QUI SOUTIENT LE SEPARATISME ARMENIEN? CERTAINEMENT PAS L'ARMENIE...

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5 Juin 2026 12:55
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QUI SOUTIENT LE SEPARATISME ARMENIEN? CERTAINEMENT PAS L'ARMENIE...

S’exprimant récemment devant des électeurs, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a une nouvelle fois affirmé que l’Arménie ne devait pas poursuivre le mouvement du Karabagh. Selon lui, la poursuite de cette cause conduirait à de nouvelles guerres, tant de grande ampleur que localisées, à des pertes humaines permanentes et, à terme, à la disparition de l’État arménien lui-même.

Le gouvernement arménien ne se contente pas de prendre ses distances avec le séparatisme dans ses déclarations, il cherche à démontrer ses intentions par des actes concrets. Fin mai, le tribunal administratif a ainsi donné raison au parquet général d’Arménie en annulant l’enregistrement des droits de propriété de l’entité disparue dite « RHK » (République du Haut-Karabagh) sur le bâtiment occupé par les séparatistes à Erevan. Par cette décision, les autorités arméniennes ont une nouvelle fois montré qu’elles restaient fidèles à la ligne politique qu’elles ont officiellement adoptée.

Cependant, les séparatistes du Karabagh ont toujours bénéficié de nombreux soutiens extérieurs. Même après la fin du conflit, certaines forces continuent de les appuyer. Aujourd’hui, alors qu’Erevan tente de s’éloigner d’une question qui s’est révélée destructrice pour l’Arménie elle-même, ce soutien extérieur apparaît avec une visibilité accrue. L’instabilité et la confrontation dans le Caucase du Sud semblent demeurer des instruments précieux pour certains cercles désireux de les préserver.

France

La France est connue pour sa position favorable à l’Arménie et ne s’en est jamais cachée. Toutefois, le soutien apporté par certains milieux français aux séparatistes du Karabagh ne peut être assimilé à un soutien à l’Arménie, puisque celle-ci a elle-même renoncé à poursuivre l’agenda du Karabagh. Tandis qu’Erevan ferme la « représentation de l’Artsakh », la prétendue « représentation diplomatique » de la défunte « RHK » continue d’exercer ses activités à Paris. Il apparaît ainsi que la diaspora arménienne de France et le lobby qui la soutient n’agissent pas nécessairement dans l’intérêt de l’Arménie, mais poursuivent d’autres objectifs.

La France demeure aujourd’hui l’un des rares pays où la « représentation permanente » de l’ancien régime séparatiste est toujours active. Elle est dirigée par celui qui se présente comme un « ambassadeur », Hovhannes Gevorgyan. Ce dernier participe régulièrement à divers événements et réunions, notamment au Sénat et dans d’autres institutions officielles françaises. Le lobby local y promeut activement des discours revanchistes, réclamant la libération de ressortissants arméniens condamnés à Bakou, la protection d’un prétendu « patrimoine arménien » au Karabagh et le retour massif des Arméniens dans la région tout en conservant leur ancien statut.

Début mai, lors d’une intervention au Sénat, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a appelé l’UNESCO à dépêcher sans délai une mission d’évaluation au Karabagh afin d’examiner l’état d’un patrimoine arménien présenté comme menacé. Ces déclarations ont suscité l’étonnement, alors que le même ministre avait récemment salué avec enthousiasme le processus de paix entre Bakou et Erevan.

Les représentants de l’ancien régime du Karabagh ont toujours bénéficié d’un accueil favorable en France, particulièrement durant les années du conflit. On aurait pu penser qu’au regard de l’actuelle dynamique de paix, Paris, qui affirme constamment soutenir ce processus, mettrait aujourd’hui un terme à ce type de visites. Pourtant, celles-ci se poursuivent.

À la mi-avril, une délégation séparatiste conduite par celui qui est présenté comme le « président du Parlement », Ashot Danielyan, s’est de nouveau rendue en France. Dans certains cercles influents de la communauté arménienne de France, Danielyan est perçu comme un acteur utile dans la contestation de Pachinian et dans les efforts visant à déstabiliser la région. Lors d’événements organisés par la « représentation de l’Artsakh », des discussions ont porté sur le retour des Arméniens au Karabagh, la mise en cause de l’Azerbaïdjan sur la scène internationale et la libération des anciens dirigeants du régime séparatiste condamnés.

Au cours de cette visite, les séparatistes ont recherché des soutiens - et semblent en avoir trouvé. Outre Paris, ils se sont rendus à Alfortville, où ils ont rencontré le maire Luc Carvounas ainsi que la députée Isabelle Santiago. Les mêmes sujets ont été abordés lors de ces échanges.

Il convient de rappeler qu’en 2017, le conseil municipal d’Alfortville avait signé une « charte d’amitié » avec la ville occupée de Latchine, appelée « Berdzor » par les autorités d’occupation. En 2020, ce même conseil municipal avait adopté une résolution reconnaissant « l’indépendance du Haut-Karabagh ».

Le 14 avril, les séparatistes ont également été reçus au Parlement français. À cette occasion, une exposition intitulée « Nous et nos montagnes » a été organisée à l’initiative du député Emmanuel Mandon, président du Cercle d’amitié France-Artsakh, de Gilbert-Luc Devinaz, président du Groupe d’amitié France-Arménie au Sénat, ainsi que du vice-président du Groupe international d’information sur le Haut-Karabagh. L’exposition a rassemblé députés, sénateurs, maires, élus locaux, journalistes et représentants de la diaspora arménienne.

Le même sénateur Gilbert-Luc Devinaz est intervenu le 3 juin à Goris lors de la cinquième conférence sur la coopération décentralisée entre l’Arménie et la France. Bien que l’événement ait officiellement porté sur le développement régional, les échanges intercommunaux et la coopération pacifique, il s’est transformé, selon les critiques, en une nouvelle démonstration de parti pris politique. Plusieurs intervenants français ont repris des affirmations telles que « l’Arménie a été attaquée par l’Azerbaïdjan » ou encore « l’Arménie est en danger ».

Tout cela ne se déroule pas au plus haut niveau de l’État, mais dans les réseaux d’influence. Cela n’en modifie toutefois pas la portée. Ainsi, la France compte une organisation baptisée « Association de soutien à l’Artsakh », qui mène des campagnes contre l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, réclame le retour des Arméniens du Karabagh sous garanties internationales et demande la libération de ressortissants arméniens condamnés.

La diaspora et ses relais avaient également envisagé de transformer l’inauguration du nouveau bâtiment de l’ambassade d’Arménie en manifestation anti-azerbaïdjanaise. Lors de la cérémonie organisée fin avril, plusieurs figures influentes de la diaspora arménienne de France, parmi lesquelles Ara Toranian, Mourad Papazian, le responsable du diocèse français de l’Église apostolique arménienne ou encore Hovhannes Gevorgyan, n’avaient pas été invitées. Cette décision a suscité la colère du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), qui a publié un communiqué officiel.

Russie

La Russie a toujours tenté de ménager ses intérêts contradictoires, soutenant les séparatistes du Karabagh tout en cherchant à préserver ses relations avec Bakou. Après la guerre de 2020 puis les opérations antiterroristes de 2023, ce soutien s’est fait plus discret. Néanmoins, des tentatives persistent, tant à l’échelle officielle qu’informelle, pour remettre la question du Karabagh au centre des débats, alors même que l’Arménie elle-même s’en est éloignée.

Moscou organise régulièrement des campagnes d’aide humanitaire destinées aux Arméniens ayant quitté volontairement le Karabagh, cherchant ainsi à montrer sa solidarité avec la population arménienne. Par ailleurs, les autorités ferment souvent les yeux sur des événements jugés provocateurs organisés par certaines structures de la diaspora sur le territoire russe.

Le 10 mai, Yezras Nersisyan, frère du Catholicos Garéguine II, a inauguré à Moscou une exposition consacrée à la « culture et à l’histoire de l’Artsakh ». Officiellement liée aux commémorations du 9 mai, elle coïncidait en réalité avec l’anniversaire de l’occupation arménienne de Choucha. Intitulée « N’oubliez pas le Karabagh », l’exposition a été installée dans le musée du complexe ecclésiastique du diocèse russe et de Nouveau-Nakhitchevan de l’Église apostolique arménienne. Selon ses organisateurs, elle est appelée à devenir permanente.

Parmi les invités figuraient Ashot Danielyan ainsi que son prédécesseur à la présidence du Parlement séparatiste, Ashot Ghulyan. Ce dernier a longuement évoqué le soutien apporté aux séparatistes dans les années 1990 par les élites de la diaspora arménienne en Russie.

Le fait que cette exposition ait été organisée dans un espace relevant de l’Église apostolique arménienne peut expliquer pourquoi elle a été autorisée. Mais une autre question demeure : pourquoi les autorités russes permettent-elles la venue de responsables séparatistes sur leur territoire ? À cette interrogation, aucune réponse n’est apportée.

Des provocations apparaissent également ponctuellement sur les chaînes de télévision publiques russes. Elles sont moins fréquentes qu’auparavant, mais continuent de susciter des tensions.

Un récent scandale a éclaté lorsque l’émission Vremya Pokazhet a diffusé une carte du Caucase du Sud datant d’avant la guerre. La région du Karabagh y était mise en évidence sous l’appellation désormais obsolète de « Haut-Karabagh ». Après les protestations de la partie azerbaïdjanaise, l’émission a été retirée puis remise à l’antenne sans cette carte controversée.

La chaîne Rossiya 24 est elle aussi régulièrement accusée de confondre la réalité actuelle avec certaines visions revanchardes. Quant à Vladimir Soloviev, sa position favorable à l’Arménie est connue depuis longtemps. Dans une émission diffusée en mai sur Rossiya 1, il a de nouveau évoqué le « patrimoine arménien » du Karabagh, citant notamment le monastère de Gandzasar comme preuve historique, selon lui, des droits arméniens sur ces territoires.

Pour les auteurs de l’article, il est pour le moins paradoxal d’entendre des discours sur « l’ancienneté historique » et la « justice historique » de la part de propagandistes de la télévision russe.

Suisse

La Suisse, qui se présente traditionnellement comme un modèle de neutralité, n’a jamais été perçue comme totalement neutre sur la question du Karabagh. Selon les auteurs, un mélange d’islamophobie et de turcophobie aurait empêché le pays de maintenir une stricte impartialité.

Alors que le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, préparait sa participation au 8e sommet de la Communauté politique européenne en Arménie, Ashot Danielyan effectuait à Berne ce qu’il qualifiait de « visite de travail ». Ces déplacements en Suisse semblent se multiplier ces derniers temps.

Cette visite s’est déroulée du 30 avril au 1er mai. Comme à l’accoutumée, un événement consacré à « l’Artsakh » a été organisé au Parlement suisse, avec la participation de représentants de la diaspora, de groupes de pression et de l’organisation Christian Solidarity International (CSI).

Danielyan y a une nouvelle fois évoqué la « protection des droits fondamentaux du peuple de l’Artsakh ». Les discussions ont également porté sur la libération immédiate de ressortissants arméniens condamnés ainsi que sur la prétendue destruction du patrimoine arménien.

Le Parlement suisse dispose même d’une structure baptisée « Initiative suisse de paix pour le Haut-Karabagh », coprésidée par les députés Erich Vontobel et Stefan Müller-Altermatt. Une autre organisation, le « Comité pour la protection des droits du peuple de l’Artsakh », est également active dans le pays.

Contrairement à certains groupes similaires dans d’autres États, ces acteurs mènent ouvertement des activités critiques envers l’Azerbaïdjan, rencontrent publiquement des représentants séparatistes et semblent peu préoccupés par les conséquences diplomatiques éventuelles.

En février, Erich Vontobel, Stefan Müller-Altermatt et des représentants de CSI se sont rendus à Erevan avant de rencontrer officiellement Danielyan. À cette occasion, Vontobel a reçu une médaille, tandis que d’autres participants ont obtenu des lettres de remerciement.

Il convient également de rappeler qu’en octobre 2024, la commission des affaires étrangères de l’Assemblée fédérale suisse avait appelé le gouvernement à organiser une conférence internationale de paix consacrée au conflit du Karabagh, pourtant considéré comme clos. L’objectif affiché était de favoriser le dialogue entre les représentants de l’Azerbaïdjan et les Arméniens du Karabagh concernant un éventuel retour de la population arménienne sous supervision internationale. Si les deux chambres du Parlement ont soutenu cette résolution, le gouvernement suisse s’y est opposé.

Malgré cela, les réseaux de soutien continuent d’entretenir les espoirs de certains milieux arméniens, afin de conserver leur influence et leur visibilité. Les représentants séparatistes sont régulièrement accueillis au Parlement et se voient promettre des perspectives jugées irréalistes.

Conclusions

En conclusion, force est de constater que le soutien au séparatisme arménien demeure présent et trouve encore des relais dans plusieurs pays. Plus remarquable encore, cette situation se produit précisément dans des États dont les gouvernements affirment soutenir le processus de paix dans le Caucase du Sud. Selon l’auteur, permettre à leur territoire de servir de plateforme à des initiatives dirigées contre l’Azerbaïdjan revient à franchir une ligne où la défense des intérêts arméniens se transforme en provocation susceptible d’avoir des conséquences diplomatiques.

Par Tural Heybatov