Le marché mondial des céréales traverse une nouvelle période de fortes tensions. La chaleur extrême et la sécheresse aux États-Unis et en Europe, la poursuite de la guerre entre la Russie et l'Ukraine – deux des plus grands exportateurs mondiaux de blé –, l'augmentation du coût des engrais en raison des difficultés logistiques et des tensions autour du détroit d'Ormuz, ainsi que les inquiétudes concernant les approvisionnements mondiaux, ont conjointement fait grimper le prix du blé à son plus haut niveau depuis deux ans, entre 6,70 et 6,80 dollars le boisseau.
Selon les prévisions de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la production de blé destiné à l'alimentation humaine diminuera de 3,8 % au cours de la campagne 2026-2027 par rapport à la récolte record de 2025. Les prévisions de récolte en Russie ont été revues à la baisse en raison du recul des rendements dans les régions méridionales et de la réduction des surfaces cultivées. Aux États-Unis, la production de blé devrait chuter de 21,3 %.
La situation est actuellement particulièrement préoccupante en Europe. La vague de chaleur de juin est survenue pendant la phase critique de remplissage des grains, entraînant d'importantes pertes de rendement. En seulement quatre semaines, les prévisions de récolte de céréales dans l'Union européenne et au Royaume-Uni ont été revues à la baisse d'environ 9 millions de tonnes.
Les pertes économiques sont estimées à plus de 2 milliards d'euros, soit davantage que la production céréalière annuelle attendue de l'Autriche, de l'Irlande et des Pays-Bas réunis.
La France et la Hongrie figurent parmi les pays les plus durement touchés. En Europe, les débats portent désormais non seulement sur les conséquences de cette chaleur exceptionnelle, mais aussi sur le poids économique croissant que le changement climatique fait peser sur l'agriculture. Les experts avertissent que le déficit de production dépasse désormais le cadre régional. Les pertes de récoltes devraient se répercuter dans les prochains mois sur les prix d'autres produits alimentaires, notamment par la hausse du coût des aliments pour animaux, qui entraînera une augmentation du prix de la viande et des produits laitiers.
Le moment où survient cette crise est également préoccupant : les pertes de récolte en Europe coïncident avec une sécheresse dans le sud et l'ouest des États-Unis, réduisant la production de céréales et de cultures fourragères. Le monde est ainsi confronté simultanément à une baisse de l'offre dans plusieurs grandes régions productrices.
Naturellement, cette situation affecte aussi l'Azerbaïdjan, qui couvre plus de la moitié de ses besoins en blé panifiable grâce aux importations. Or, la campagne de récolte des céréales dans le pays touche à sa fin. Quelle est la situation sur le terrain et les prévisions de production seront-elles atteintes malgré une météo instable ?
Selon les agriculteurs azerbaïdjanais, les pluies prolongées ont nui à la qualité des céréales. Les prix proposés aux producteurs ne sont pas particulièrement attractifs, mais ils permettent au moins de couvrir les coûts.
D'après le ministère de l'Agriculture, au 21 juillet, la récolte des céréales d'hiver était achevée sur 86 % des surfaces cultivées. Au total, 827 625 hectares ont été moissonnés, produisant 2 877 903 tonnes de céréales. Le rendement moyen atteint actuellement 34,8 quintaux par hectare, soit 1,7 quintal de plus qu'à la même période l'an dernier.
Toutefois, dans plusieurs régions, les conditions météorologiques ont été défavorables aux agriculteurs cette saison. Les exploitants interrogés indiquent que, si les rendements restent globalement satisfaisants, les pluies persistantes ont détérioré la qualité des grains. Les prix de vente demeurent peu attractifs, mais ils permettent néanmoins de couvrir les dépenses engagées.
Djafar Mammadov, agriculteur de la région d'Agdjabedi, a indiqué que la récolte était désormais terminée sur ses terres. La culture d'un hectare de blé lui a coûté environ 1 150 manats. En raison des pluies, le rendement a dépassé de peu 30 quintaux par hectare.
« J'espérais obtenir 50 quintaux. De fortes pluies sont tombées pendant la floraison et une partie de la récolte a été perdue », explique-t-il.
À Agdjabedi, le kilogramme de blé est actuellement acheté entre 37 et 40 gapiks dans certains villages. Pendant la récolte, il vendait directement sa production au champ à 35 gapiks le kilogramme.
Dans la région de Sheki, les pluies et les inondations ont également affecté les rendements dans plusieurs villages. Les agriculteurs locaux expliquent que, sur les terres non irriguées où le manque d'eau constitue habituellement un problème majeur, les précipitations auraient dû être bénéfiques. Pourtant, ni les rendements ni la qualité des céréales sur les terres irriguées n'ont été à la hauteur des attentes.
L'économiste Khalid Kerimli estime que les fortes chaleurs en Europe ainsi que les difficultés de transport liées à la guerre entre la Russie et l'Ukraine ont pesé sur la production et, à terme, sur les prix des céréales.
« En Azerbaïdjan, les pluies prolongées ont temporairement ralenti les récoltes. Les rendements ont néanmoins progressé par rapport à l'an dernier. Le problème est que seule une faible partie des céréales récoltées est constituée de blé destiné à l'alimentation humaine. Plus de la moitié de ce blé est importée. Lorsque les prix mondiaux du blé importé augmentent, le prix de la farine suit également », explique l'expert.
Selon lui, cette hausse reste toutefois insuffisante pour entraîner une augmentation du prix du pain en Azerbaïdjan.
L'économiste Akif Nasirli partage cet avis : la hausse des prix mondiaux du blé ne laisse pas l'Azerbaïdjan à l'écart. Lorsque les cours internationaux augmentent, les coûts d'importation progressent eux aussi, ce qui peut, à terme, renchérir le coût des matières premières utilisées dans la fabrication de la farine et du pain.
Il souligne également que les précipitations exceptionnellement abondantes enregistrées cette année dans certaines régions ont ralenti les récoltes et, par endroits, affecté la qualité des cultures. En revanche, dans les zones où les précipitations sont restées proches de la normale, les rendements ont augmenté sur une partie des surfaces. Il est donc encore trop tôt pour dresser un bilan national de la campagne ; une évaluation complète des volumes et de la qualité des récoltes ne sera possible qu'après la fin des travaux de moisson.
Il convient enfin de rappeler que le Programme d'État pour le développement de la production et de la transformation des produits agricoles, de la pêche et de l'aquaculture en République d'Azerbaïdjan pour la période 2026-2030 fixe de nouveaux objectifs en matière de production de blé. D'ici à 2030, le pays prévoit d'augmenter sa production de blé de 20 % et de porter son taux d'autosuffisance de 55,4 % à 66 %.
Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes, la situation intérieure du marché céréalier azerbaïdjanais demeure, pour l'instant, plutôt encourageante selon les données statistiques disponibles.
Par Ulviya Khoudiyeva,