LES SOUHAITS TURCS D’UNE ÉVACUATION DES PÉTROLES DE KIRKOUK ET DU GOLFE PAR SON PORT DE CEYHAN

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21 Juillet 2026 21:18
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LES SOUHAITS TURCS D’UNE ÉVACUATION DES PÉTROLES DE KIRKOUK ET DU GOLFE PAR SON PORT DE CEYHAN

Comme nous l’indiquions déjà la semaine dernière, les négociations entre la Turquie et l’Irak au sujet de l’oléoduc Kirkouk–Ceyhan se poursuivent dans un climat de forte tension. L’accord énergétique signé en 1973 entre Ankara et Bagdad, en vigueur depuis 53 ans, arrive à échéance le 27 juillet. Les deux parties travaillent désormais à un nouveau cadre destiné à remplacer le traité actuel.

Selon certaines sources, Ankara rejette catégoriquement la proposition irakienne de prolonger l’accord d’un an. La Turquie exige au contraire une augmentation de la capacité de transport de l’oléoduc jusqu’à son niveau maximal, soit 1,5 million de barils par jour, avec une nouvelle grille tarifaire. Plutôt qu’une simple prorogation, elle propose la signature d’un nouvel accord d’une durée de quinze ans, ainsi que l’extension, à moindre coût, de la ligne existante Kirkouk–Ceyhan.

Le député turc Yasin Öztürk, membre du parti İYİ, a révélé de nouveaux éléments concernant les discussions énergétiques entre Ankara et Bagdad. Selon lui, la partie irakienne propose désormais un corridor énergétique Bassora–Haditha–Ceyhan, qui contournerait Kirkouk. Dans le même temps, Bagdad cherche à préserver une autre option : le projet Bassora–Haditha–Baniyas, destiné à relier l’Irak aux ports syriens de la Méditerranée.

« La crise du détroit d’Ormuz renforce la position de la Turquie »

- La Turquie et l’Irak parviendront-ils à conclure un nouvel accord ?

- Tandis que les négociations se poursuivent à Ankara, le gouvernement irakien a autorisé, le 5 juillet, sa compagnie pétrolière nationale à signer des accords avec des entreprises américaines et qataries en vue de réhabiliter deux itinéraires alternatifs permettant d’acheminer le pétrole du golfe Persique vers la Méditerranée : Bassora–Haditha–Ceyhan et Bassora–Haditha–Baniyas.

Cette stratégie montre que Bagdad souhaite conserver toutes les options ouvertes sans s’engager pleinement envers la Turquie. L’accord de 1973 sur l’oléoduc Kirkouk–Ceyhan expire le 27 juillet. Ankara ne se satisfait pas d’une simple prolongation : elle réclame un nouveau traité assorti d’engagements sur des volumes de transit plus élevés.

La crise dans le détroit d’Ormuz et les perturbations des exportations depuis le golfe Persique ont renforcé la position de la Turquie dans ces négociations. Ankara souhaite également prolonger l’actuelle liaison Kirkouk–Ceyhan jusqu’au golfe Persique.

Le pays le plus durement touché par cette crise est l’Irak, puisque 95 % de ses exportations pétrolières transitent par ce passage stratégique. À court terme, cette situation joue en faveur de la Turquie. Toutefois, le projet Bassora–Haditha–Baniyas montre que cet avantage pourrait n’être que temporaire.

L’éventuelle réalisation du corridor vers Baniyas ferait peser un risque sur les revenus de transit de la Turquie ainsi que sur son ambition de devenir un véritable hub énergétique régional. Mais la décision finale de Bagdad dépendra moins de considérations techniques que de plusieurs facteurs : la fiabilité de la Turquie comme pays de transit, la stabilité du gouvernement de Damas et la situation sécuritaire en Syrie.

Dans le contexte géopolitique actuel, où les infrastructures énergétiques deviennent des cibles militaires, les capacités de défense de la Turquie font de Ceyhan une option nettement plus sûre. En outre, les anciens oléoducs Kirkouk–Baniyas et Bassora–Haditha–Baniyas, construits il y a plusieurs décennies, ont été gravement endommagés par les conflits successifs au Moyen-Orient. Leur remise en état nécessiterait des investissements considérables et de longues années de travaux.

« Bagdad cherche à renforcer son contrôle sur les exportations de pétrole »

- En faisant de la ville de Haditha, dans la province d’Anbar, un futur centre de transit majeur, le gouvernement irakien cherche-t-il à écarter le Gouvernement régional du Kurdistan des grands projets pétroliers ?

- Depuis longtemps, Bagdad est en désaccord avec Erbil sur la répartition des revenus tirés du pétrole irakien. L’actuel oléoduc Kirkouk–Ceyhan, tout comme l’ancien Kirkouk–Baniyas, traversent des territoires sous contrôle kurde. En privilégiant les itinéraires Bassora–Haditha–Ceyhan et Bassora–Haditha–Baniyas, le gouvernement irakien cherche vraisemblablement à renforcer son contrôle direct sur les exportations nationales de pétrole.

« Ceyhan demeure l’option la plus sûre »

- Compte tenu de la crise dans le détroit d’Ormuz, dans quelle mesure est-il réaliste de diversifier les voies d’exportation du pétrole irakien et du golfe Persique vers l’Europe, à la fois via la Turquie et via la Syrie ?

- Comme je l’ai déjà indiqué, le choix final ne dépendra pas uniquement de critères techniques. Les éléments déterminants seront la fiabilité de la Turquie en tant que partenaire de transit, la stabilité du régime à Damas, la situation sécuritaire en Syrie ainsi que la volonté politique de Bagdad d’emprunter l’un ou l’autre itinéraire pour exporter une ressource stratégique.

L’Irak peut développer les deux corridors, vers Ceyhan comme vers Baniyas. Toutefois, la solidité militaire et institutionnelle de la Turquie fait aujourd’hui de Ceyhan une option plus sûre.

Par ailleurs, Ceyhan ne joue pas seulement un rôle clé dans l’exportation du pétrole irakien : il constitue également un maillon essentiel pour le pétrole azerbaïdjanais. À terme, il est également prévu d’acheminer le pétrole d’Asie centrale via l’Azerbaïdjan jusqu’à Ceyhan, avant son exportation vers l’Europe. Tous ces éléments ne font que renforcer l’importance stratégique de ce terminal énergétique.

Par Ruslan Bachirli