ANDREJS SVEDOVS: RIGA VOIT EN BAKOU UN PARTENAIRE CLE DANS UN MONDE POLARISE

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24 Avril 2026 18:20
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ANDREJS SVEDOVS: RIGA VOIT EN BAKOU UN PARTENAIRE CLE DANS UN MONDE POLARISE

Par Faig Mahmudov

Les relations politiques entre l’Azerbaïdjan et la Lettonie se renforcent, comme en témoigne la visite à Bakou du président Edgars Rinkēvičs. Les deux États post-soviétiques poursuivent des objectifs de développement similaires et intensifient leur coopération dans le cadre des relations entre l’Union européenne et le Caucase du Sud. L’élargissement des échanges commerciaux, des investissements et des connexions - notamment les vols directs - est essentiel pour exploiter pleinement le potentiel d’un partenariat économique et stratégique plus large.

News.Az s’est entretenu avec Andrejs Švedovs, analyste politique letton et rédacteur en chef du portail bb.lv, afin de mieux comprendre les dynamiques des relations bilatérales.

– Comment évaluez-vous l’état actuel des relations politiques entre l’Azerbaïdjan et la Lettonie, et quelle est la spécificité de ce partenariat dans le cadre des relations UE–Caucase du Sud ?

– À mon sens, les relations politiques entre nos pays sont aujourd’hui excellentes. La visite officielle du président letton à Bakou en est une preuve évidente.

Quant aux spécificités, la Lettonie et l’Azerbaïdjan, issus de l’ex-Union soviétique, construisent des États modernes, solides et indépendants. Malgré un passé commun, ils se projettent vers un avenir relativement similaire, axé sur la prospérité, le développement et l’autonomie. En dépit des différences géographiques, économiques et nationales, les deux pays peuvent - et doivent - échanger leurs expériences sur cette trajectoire stratégique, en se soutenant mutuellement.

J’ajouterais également un point positif : dans un monde aujourd’hui fortement polarisé, où les pays et les alliances sont profondément divisés, la Lettonie dispose d’un ami et partenaire dans le Caucase du Sud.

– Le président Edgars Rinkēvičs a effectué une visite officielle en Azerbaïdjan. Quelle est la portée politique de ce déplacement et quels résultats concrets attendez-vous de ses entretiens avec le président Ilham Aliyev ?

– Avant tout, j’aimerais voir un développement des relations économiques. Le commerce transfrontalier et les investissements mutuels seraient bénéfiques pour les deux pays.

Par ailleurs, la Lettonie n’agit pas uniquement en son nom propre, mais aussi en tant que membre à part entière de l’Union européenne. Je pense que cette visite sera également l’occasion d’examiner les perspectives de développement des relations entre l’Azerbaïdjan et l’UE dans son ensemble.

La proximité de l’Azerbaïdjan avec les zones de tension au Moyen-Orient rend particulièrement importantes les discussions sur la prévention d’une escalade et d’un conflit régional plus large.

Il est également évident que les parties aborderont la question du soutien à l’Ukraine. À Riga, les responsables soulignent régulièrement que la guerre en Ukraine affecte le monde entier. Dans ce contexte, les présidents letton et azerbaïdjanais ont de nombreux sujets à discuter.

– Comment la Lettonie, en tant que membre de l’Union européenne, influence-t-elle la politique de l’UE à l’égard de l’Azerbaïdjan et du Caucase du Sud dans son ensemble ?

– La position de l’UE résulte de l’agrégation des positions de ses États membres, dont la Lettonie. Notre pays, comme l’Union européenne, plaide de manière constante pour un règlement pacifique du conflit du Karabagh, en soutenant la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie.

Riga et Bruxelles encouragent également le dialogue, le respect du cessez-le-feu et la protection des droits des populations locales, tout en participant activement aux efforts de médiation visant à garantir la sécurité et la stabilité régionales.

D’ailleurs, une réunion du Conseil des affaires étrangères de l’UE s’est tenue hier à Luxembourg. Les participants y ont discuté de la situation dans le Caucase du Sud, notamment du soutien et de l’implication de l’UE dans le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Un représentant letton a indiqué que son pays était prêt à fournir un appui d’expertise tant sur le plan bilatéral que dans le cadre d’initiatives conjointes.

– Malgré cette dynamique positive, le volume des échanges commerciaux bilatéraux reste relativement modeste. Quels sont les principaux obstacles structurels à leur développement ?

– Le principal obstacle est d’ordre géographique. D’une part, plus de 3 000 kilomètres nous séparent ; d’autre part, un conflit armé se situe entre nos régions.

Néanmoins, le potentiel de coopération économique est considérable.

Cela inclut les produits agricoles, la pêche et l’industrie alimentaire, que la Lettonie peut exporter vers le marché azerbaïdjanais. À l’inverse, les fruits et légumes azerbaïdjanais sont très appréciés des consommateurs lettons.

L’industrie du bois est également bien développée en Lettonie et pourrait intéresser l’Azerbaïdjan : production de meubles, fourniture de plants forestiers et technologies de construction en bois.

Les universités lettones jouissent d’une bonne réputation dans l’espace post-soviétique, ce qui rend la coopération éducative à la fois possible et nécessaire.

La Lettonie pourrait aussi partager son savoir-faire avec Bakou dans le domaine des technologies de l’information, notamment en matière de numérisation des services publics.

Enfin, dans le contexte de la crise du détroit d’Ormuz, la Lettonie s’intéresse à une augmentation de la production pétrolière azerbaïdjanaise. La logique est simple : plus l’offre mondiale de pétrole est élevée, plus les prix du carburant sont bas en Lettonie.

Cela dit, ces considérations restent générales. Il est essentiel de commencer par des mesures concrètes. La reprise des vols directs entre Riga et Bakou serait particulièrement importante, car elle contribuerait fortement au développement de la coopération, du monde des affaires au tourisme.