ELTCHIN AMIRBEKOV ACCORDE UN ENTRETIEN AU MAGAZINE "EURO": LE REGARD D'UN CONSEILLER PRESIDENTIEL

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24 Avril 2026 19:26
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ELTCHIN AMIRBEKOV ACCORDE UN ENTRETIEN AU MAGAZINE "EURO": LE REGARD D'UN CONSEILLER PRESIDENTIEL

La République tchèque et l’Azerbaïdjan souhaitent renforcer leur coopération énergétique, notamment dans les domaines des livraisons de gaz et des énergies renouvelables.

C’est ce qu’a déclaré le représentant spécial du président azerbaïdjanais pour les missions particulières, Elchin Amirbekov, dans un entretien accordé au magazine Euro (Financial Times), à l’occasion d’une visite d’affaires en République tchèque, rapporte Report.

Au cours de cet entretien, M. Amirbekov a également évoqué l’importance croissante du Corridor médian et la transformation de l’Azerbaïdjan en un hub de transport stratégique entre l’Europe et l’Asie. Il a aussi abordé le processus de normalisation entre Bakou et Erevan ainsi que les questions de sécurité régionale.

Selon lui, les relations bilatérales entre l’Azerbaïdjan et la République tchèque connaissent un développement soutenu depuis 2015, année de la signature d’une déclaration conjointe sur le partenariat stratégique.

M. Amirbekov a souligné qu’une part significative du pétrole brut consommé en République tchèque provient d’Azerbaïdjan. Il a insisté sur le fait que la coopération énergétique entre les deux pays ne se limite pas au pétrole et qu’elle recèle un potentiel d’expansion, notamment dans le gaz naturel, les énergies renouvelables et d’autres secteurs.

Par ailleurs, des perspectives de coopération existent également dans les domaines de la défense, de l’industrie et des technologies.

Une attention particulière a été accordée aux questions de sécurité énergétique. M. Amirbekov a indiqué que la contribution de l’Azerbaïdjan à la sécurité énergétique de l’Europe ne résulte pas uniquement des crises géopolitiques récentes : le pays joue un rôle clé dans l’approvisionnement du continent depuis 2006. Dans ce contexte, il a rappelé l’importance de l’oléoduc Bakou–Tbilissi–Ceyhan ainsi que du Corridor gazier méridional. Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan exporte du gaz naturel vers 16 pays, dont 10 membres de l’Union européenne. Il a insisté sur le fait que son pays s’est imposé comme un partenaire fiable et de long terme, respectant ses engagements malgré la volatilité des marchés et les tensions géopolitiques.

M. Amirbekov a ajouté que l’Europe recherche actuellement des volumes supplémentaires d’énergie dans un contexte d’instabilité tant au nord qu’au sud, et que l’Azerbaïdjan est prêt à répondre à cette demande. Il a toutefois souligné que l’augmentation des livraisons de gaz nécessitera une extension des capacités des infrastructures existantes, notamment du Corridor gazier méridional, ainsi que des investissements et des mécanismes de soutien de la part des institutions financières de l’Union européenne.

Évoquant l’importance croissante du Corridor médian dans le contexte géopolitique actuel, il a affirmé que le Caucase du Sud et l’Azerbaïdjan jouent un rôle clé dans l’accès de l’Europe à de nouveaux marchés et à des régions riches en ressources naturelles.

L’entretien a également abordé le processus de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie et la restauration des connexions régionales. M. Amirbekov a rappelé que, pendant de nombreuses années, le conflit avait empêché toute liaison directe entre Bakou et Erevan, les principales routes passant exclusivement par la Géorgie et la Turquie. Dans le contexte actuel, la reprise des liaisons de transport et de communication pourrait, selon lui, contribuer à consolider la paix et à renforcer le potentiel économique du Caucase du Sud. Il a notamment indiqué que la mise en service du corridor de Zanguezour permettrait de créer, en complément de l’axe géorgien, une route de fret plus courte et plus avantageuse.

Dans ce cadre, la question d’un éventuel soutien de l’Union européenne aux projets d’infrastructure a également été évoquée. M. Amirbekov a précisé qu’il s’agissait notamment de la restauration d’une ligne ferroviaire d’environ 174 kilomètres sur le territoire du Nakhitchevan, existant avant le conflit mais aujourd’hui hors d’usage. Il a indiqué que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement a déjà entamé l’élaboration d’une étude de faisabilité pour ce projet. La mobilisation de financements européens contribuerait non seulement au développement des corridors de transport, mais aussi au renforcement d’une paix durable dans la région.

Interrogé sur l’état actuel du processus de normalisation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, M. Amirbekov a déclaré qu’un accord de paix avait été paraphé à Washington en août dernier et que les deux pays vivent désormais de facto dans une situation de paix. Il a également évoqué les mesures de confiance mises en place, notamment la levée des restrictions sur le transit de marchandises vers l’Arménie, les livraisons de carburant et les échanges de visites entre représentants de la société civile.

M. Amirbekov a souligné que les évolutions politiques internes en Arménie sont également déterminantes pour le processus de paix. Selon lui, les résultats des prochaines élections législatives et du référendum sur la nouvelle Constitution pourraient jouer un rôle décisif dans la signature d’un accord. Il a insisté sur l’importance de l’absence, dans cette Constitution, de toute disposition pouvant être interprétée comme une revendication territoriale à l’égard de l’Azerbaïdjan, condition essentielle à une stabilité durable.

Les questions de sécurité régionale ont également été abordées. M. Amirbekov a réaffirmé le soutien de l’Azerbaïdjan à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine, soulignant la nécessité de régler les conflits par des moyens diplomatiques dans le respect du droit international. Commentant les tensions autour de l’Iran, il a estimé que la situation suscite de vives inquiétudes pour l’ensemble de la région et que l’instabilité persistante pourrait peser sur la sécurité, ainsi que sur les projets économiques, énergétiques et de transport.

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