Il est des artistes dont la présence ne s’efface pas avec le temps. Elle se transforme simplement, survivant dans le rire, la mémoire et l’imaginaire culturel de leur peuple. Rapportée au contexte français, elle pourrait être comparée à Raimu dans ses rôles dans le cinéma de Marcel Pagnol.
Nasiba Zeynalova appartient à cette catégorie rare de figures du théâtre et du cinéma azerbaïdjanais.
Cette année marque le 110e anniversaire de sa naissance, une occasion de célébrer l’empreinte durable qu’elle a laissée sur la scène et l’écran nationaux.
Au fil de sa carrière, Nasiba Zeynalova s’est imposée comme une interprète capable de transformer les gestes et comportements du quotidien en un art inoubliable.
Elle reste sans doute surtout connue comme la “belle-mère” adorée par presque toute la nation, un surnom acquis grâce à sa prestation mémorable dans la comédie musicale « Belle-mère ».
Le Théâtre de la comédie musicale est devenu sa maison artistique, où elle a façonné toute une galerie de rôles emblématiques dans des opérettes classiques de compositeurs tels qu’Uzeyir Hajibayli et Zulfugar Hajibayov.
Des personnages comme Gulperi, Jahan khala, Senem, Melek khanim ou encore Kelek khanim ont été réinventés grâce à son sens unique du rythme, de l’expression et de la vérité émotionnelle.
Son humour portait une empreinte profondément nationale, nourrie par le langage quotidien, l’observation sociale et la psychologie humaine. Sur scène, elle passait en un instant de la chaleur à une ironie mordante, donnant vie à des figures comme Jennet khala, Nargile ou Zuleykha, à la fois comiques et profondément authentiques. Ces rôles sont devenus des repères culturels, célébrés autant pour leur humour que pour leur humanité.
Au cinéma, sa collaboration avec les studios Azerbaijanfilm a donné naissance à une série de personnages marquants, désormais inscrits dans le patrimoine cinématographique national. Qu’elle incarne Fatmanise dans « Belle-mère par alliance », Telli dans « Grand soutien », Zuleykha dans « L’Étoile » ou Jennet khala dans « Belle-mère », elle a su créer des figures immédiatement reconnaissables, reflet fidèle de la société.
Le parcours artistique de Nasiba Zeynalova l’a également menée à côtoyer certains des plus grands noms du théâtre azerbaïdjanais, parmi lesquels Lutfeli Abdullayev, Bashir Safaroglu, Hajibaba Baghirov et Siyavush Aslan.
Ensemble, ils ont formé une harmonie scénique qui a marqué toute une époque. Le trio créatif composé de Zeynalova, Baghirov et Aslan reste particulièrement mémorable, leurs performances ayant élevé des productions comme « Hijran » au rang d’œuvres majeures du théâtre national.
Nasiba Zeynalova s’est éteinte le 10 mars 2004 à Bakou et repose aujourd’hui dans l’Allée d’honneur. Pourtant, son héritage ne s’est jamais figé dans le passé, son nom est dans toutes les bouches et son image dans tous les esprits.
Il continue de vivre à travers chaque projection de ses films, chaque souvenir de ses performances scéniques et chaque nouvelle génération qui découvre la profondeur dissimulée derrière son humour.