Par Leyla Tariverdiyeva
Le rapporteur permanent du Parlement européen pour l’Arménie, Miriam Lexmann, a accordé une interview aux médias arméniens dans laquelle elle a, une fois de plus, tenté de semer la confusion et de nourrir des espoirs infondés du côté arménien quant à un soutien résolu sur des questions qui ne relèvent ni des compétences du Parlement européen, ni de celles de l’Union européenne dans son ensemble.
Sa seule remarque sensée concernant le Caucase du Sud a été de souligner la nécessité pour l’Arménie d’entretenir de bonnes relations avec ses voisins immédiats - l’Azerbaïdjan et la Turquie. Selon elle, cela est également important pour l’Union européenne, elle-même née de guerres et de conflits douloureux. Mais ce moment de lucidité n’a pas duré. Le reste de ses déclarations a essentiellement porté sur la manière d’empêcher précisément l’émergence de telles relations.
Les lobbyistes arméniens ont une vision très étroite des intérêts de leur pays. Ils exigent constamment que ces intérêts soient satisfaits par les voisins de l’Arménie, contribuant ainsi à aggraver sa situation. Or, ces voisins ne sont en rien tenus de répondre aux desiderata arméniens relayés via des structures européennes ou américaines. Certains semblent croire que ce passage par des institutions internationales confère aux revendications arméniennes une portée globale et les rendra plus audibles à Bakou - une illusion manifeste. Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué : aucune des demandes arméniennes exprimées par le biais du Parlement européen n’a été satisfaite. En revanche, lorsque Erevan tente de résoudre les problèmes sur une base bilatérale, sans agitation excessive ni mise en scène internationale, des résultats concrets apparaissent.
Cela ne signifie pas pour autant que l’Arménie peut obtenir tout ce qu’elle souhaite de l’Azerbaïdjan. Il existe des limites à la flexibilité de Bakou. Les questions territoriales, les condamnations de dirigeants séparatistes et d’autres criminels de guerre par la justice azerbaïdjanaise, ou encore les tentatives d’ingérence dans les affaires internes du pays, dépassent ces limites. Le gouvernement arménien actuel semble en être conscient et agit avec prudence. Parallèlement, et à la surprise générale, Bakou a autorisé le transit de marchandises vers l’Arménie via son territoire, fournit du carburant à prix réduit et discute de coopération commerciale et de liaisons de transport avec Erevan.
De nombreux défenseurs de la cause arménienne siégeant dans divers parlements n’ont jamais envisagé ce type d’approche. Ils formulent généralement des exigences irréalistes à l’égard de Bakou. Il est difficile d’identifier des résultats concrets obtenus grâce au lobbying arménien. On a parfois l’impression que ce lobbying, financé par la diaspora, sert moins à aider l’Arménie qu’à maintenir une pression constante sur l’Azerbaïdjan. Or, exercer une pression sur Bakou ne revient pas à aider Erevan - bien au contraire. Plus les menaces et les campagnes de pression se multiplient, plus la position de l’Azerbaïdjan se durcit. L’histoire a montré à plusieurs reprises que Bakou ne cède ni au chantage ni aux pressions.
Au Parlement européen, le lobbying arménien ne constitue pas un groupe distinct : il a largement réussi à influencer l’institution dans son ensemble. Les votes sur des initiatives critiques envers l’Azerbaïdjan y sont donc rapides et peu contestés. Une situation similaire s’est d’ailleurs installée ces dernières années à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
Miriam Lexmann critique la Commission européenne pour ne pas utiliser, selon elle, les leviers dont elle disposerait afin de contraindre l’Azerbaïdjan à satisfaire certaines exigences en faveur de l’Arménie. Elle estime que ces moyens existent, mais que la Commission tarde à les activer. Le Parlement européen, quant à lui, se limite à adopter des résolutions et à faire pression politique - sans pouvoir décisionnel réel. D’où une question implicite : pour quels résultats concrets ces efforts sont-ils financés ?
Interrogée sur les Arméniens condamnés en Azerbaïdjan, Lexmann a appelé l’Union européenne à agir pour obtenir leur libération rapide, les qualifiant de « prisonniers politiques ». Elle espère également un engagement des États-Unis afin de former un front commun de pression.
Il y a un an, le Parlement européen adoptait à une large majorité une résolution urgente dénonçant les arrestations et procès intentés par l’Azerbaïdjan contre des Arméniens, y compris d’anciens dirigeants du Haut-Karabakh. Malgré ce soutien massif, cette résolution est restée sans effet concret : les institutions exécutives de l’UE ne l’ont pas traduite en actions. Au contraire, les relations entre Bruxelles et Bakou se sont renforcées.
Dans le même temps, les condamnations judiciaires ont été prononcées, en dépit des campagnes médiatiques et politiques. Les déclarations actuelles de Lexmann apparaissent ainsi comme un simple bilan d’activité : les objectifs n’ont pas été atteints, mais les efforts ont été fournis.
Autre dossier en échec: celui du retour massif et inconditionnel des Arméniens au Karabagh, qu’ils ont quitté volontairement. Malgré de nombreuses résolutions et déclarations, aucune avancée concrète n’a été obtenue. Ces textes appelaient notamment à sanctionner l’Azerbaïdjan, à suspendre la coopération énergétique et à permettre aux Arméniens de revenir sans conditions - notamment sans accepter la citoyenneté azerbaïdjanaise. Or, ces exigences sont conformes au droit international, et rien ne contraint Bakou à les modifier. Par ailleurs, la question du retour des Azerbaïdjanais en Arménie reste également à l’ordre du jour, indépendamment des positions arméniennes.
Lexmann continue néanmoins de réclamer une intervention européenne en faveur d’un retour des Arméniens sans conditions, tout en mettant en avant la protection du « patrimoine arménien », qu’elle qualifie de « patrimoine chrétien commun ».
Le recours à l’argument religieux est un outil classique du lobbying, souvent utilisé lorsque les autres arguments manquent de solidité. L’Azerbaïdjan, pour sa part, affirme agir dans le cadre du droit international. La démolition des constructions édifiées durant la période d’occupation est présentée comme conforme aux normes internationales, qui interdisent notamment à une puissance occupante de modifier durablement les territoires occupés.
En définitive, malgré l’ampleur du lobbying et les moyens financiers mobilisés, les revendications portées au Parlement européen ne se traduisent pas en résultats concrets.
En nourrissant des attentes irréalistes, Miriam Lexmann rend, selon l’auteure, un mauvais service aux Arméniens - une attitude jugée à la fois trompeuse et cruelle.