Les séparatistes du Karabagh retranchés en Arménie continuent de jouer à « l’État ». Ils semblent encore croire qu’ils conservent des positions fictives, avec un « parlement », un « président » et des « ministres ». C’est au nom de cette prétendue légitimité qu’ils effectuent des déplacements à l’étranger.
Récemment, le « président du parlement d’Artsakh », Ashot Danielian, accompagné d’un groupe de séparatistes qu’il dirige, s’est rendu en France. La propagande revanchiste tente de présenter ce voyage comme une « visite d’État », ce qui ne correspond évidemment pas à la réalité. Les séparatistes se sont rendus à Paris pour participer à un événement intitulé « Congrès sur la mobilisation nationale de la diaspora arménienne », organisé par la Dashnaktsutyun. Ils figuraient parmi les 150 invités de ce rassemblement.
À Paris, Danielyan a rencontré diverses personnalités controversées, dont le chef du diocèse français de l’Église apostolique arménienne. Il n’est guère nécessaire de s’attarder sur le contenu de ces échanges : l’agenda reste inchangé - soutien à Etchmiadzine, renversement du Premier ministre Nikol Pashinian, retour massif au Karabagh, « restauration des droits des Arméniens » et autres thèmes similaires.
Au cours de l’année écoulée, les séparatistes ont commencé à se sentir plus à l’aise. Malgré la position clairement ferme du gouvernement dirigé par Pashinian, les figures liées au Karabagh installées à Erevan ont trouvé un soutien auprès de l’opposition revanchiste. Le sentiment de confusion et d’incertitude qui prévalait auparavant a disparu. Il est manifeste que l’opposition a pris les séparatistes sous son aile, permettant à leur « gouvernement » et à leur « parlement » de poursuivre leurs mises en scène avec encore plus d’assurance.
Danielian lui-même adresse des appels à de hauts responsables américains, reçoit « officiellement » des visiteurs européens et distribue des distinctions estampillées « Artsakh ». On se souvient qu’en février, un groupe de membres du Conseil national suisse représentant le lobby arménien s’était rendu en Arménie. Ces derniers avaient visité la « représentation d’Artsakh » et rencontré le « président par intérim », Ashot Danielian. La rencontre s’était tenue dans un cadre « officiel », avec « drapeau », « blason » et autres attributs d’une entité séparatiste illégale aujourd’hui disparue. Les deux parties avaient soigneusement joué leur rôle : Danielian s’appliquant à se présenter comme un homme d’État, tandis que ses interlocuteurs feignaient d’y croire. Les discussions avaient porté sur le « droit au retour des Arméniens », les missions du lobby et l’échec du « forum de paix » sur le Karabakh, jamais tenu à Genève. À l’issue de la rencontre, l’un des invités s’était vu remettre une « médaille », tandis que les autres recevaient des lettres de reconnaissance. En d’autres termes, les séparatistes tentent de projeter l’image d’une force politique réelle.
Le gouvernement arménien, pour sa part, ne soutient pas ces activités séparatistes et durcit son discours en conséquence. Nikol Pashinian répète inlassablement que le mouvement du Karabagh est clos et met en garde contre les risques liés à toute tentative de réinscrire des revendications territoriales à l’agenda. Récemment, l’Arménie a été secouée par le limogeage de la directrice du musée du « génocide », après qu’elle eut remis des documents liés aux séparatistes au vice-président américain JD Vance lors de sa visite à Erevan. Elle l’avait accompagné à Tsitsernakaberd et, de sa propre initiative, lui avait offert un ouvrage sur le Karabagh. Ce geste, contraire à la politique de l’État, lui a coûté son poste.
La ligne officielle prévoit la clôture du dossier du Karabagh et le retrait de la question du retour des Arméniens de l’agenda politique. L’équipe de Pashinian a banni le terme « Artsakh » de son vocabulaire et exige la même discipline des autres. Le président du Parlement arménien, Alen Simonian, avait un jour repris des journalistes pour avoir utilisé ce nom, qu’il a lui-même reconnu avoir employé par le passé : « Je me suis trompé », avait-il déclaré.
Ces efforts sont salués, et l’Azerbaïdjan en fait une appréciation positive. Toutefois, le fait qu’une « représentation » séparatiste continue d’exister et d’agir en Arménie, en contradiction avec la politique officielle, en réduit la portée. Le séparatisme est un virus qui ne disparaît pas de lui-même, surtout lorsqu’il est entretenu et soutenu.
Dans la perspective d’un agenda de paix, Pashinian doit accorder davantage d’attention à cette question, car ces activités jettent le doute sur ses initiatives. Tandis que le gouvernement s’emploie à refermer le chapitre du Karabagh, la propagande séparatiste se poursuit en Arménie, alimentant de faux espoirs et des perceptions erronées au sein de la population. Ces dynamiques ne seront pas sans conséquences : les effets de ce « virus » persisteront et continueront de fragiliser le processus de paix, même si Pashinian se maintient au pouvoir après les élections. Si les revanchistes devaient revenir aux affaires, toute perspective de paix serait compromise.
Quant aux déplacements des séparatistes du Karabagh en Europe, il serait souhaitable que les pays amis de l’Azerbaïdjan prêtent une attention accrue à l’octroi de visas. Ils ne devraient pas en accorder à des acteurs qui remettent en cause l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Azerbaïdjan. Aujourd’hui, la France figure parmi ces pays. Cela n’a pas toujours été le cas, mais les relations se sont récemment normalisées et évoluent dans une direction positive. Il importe de veiller à ce que les provocations orchestrées par les séparatistes et les Dashnaks ne viennent pas compromettre cette dynamique.