LA SIGNIFICATION SACREE DU "MARDI DU FEU" AVANT LA FETE DE NOVROUZ

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3 Mars 2026 20:31
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LA SIGNIFICATION SACREE DU "MARDI DU FEU" AVANT LA FETE DE NOVROUZ

L’une des célébrations les plus anciennes et les plus aimées en Azerbaïdjan est la fête de Novruz, festival du printemps qui marque le renouveau, l’éveil de la nature et le commencement d’une nouvelle année. Profondément ancrée dans la tradition, cette célébration reflète des siècles de croyances spirituelles, de valeurs communautaires et de respect envers les forces naturelles.

Les préparatifs de Novruz débutent un mois avant la fête elle-même. Selon les croyances populaires, l’arrivée du printemps est précédée de quatre mardis sacrés, chacun dédié à l’un des éléments fondamentaux de la nature : Su Çərşənbəsi (Mardi de l’Eau), Od Çərşənbəsi (Mardi du Feu), Yel Çərşənbəsi (Mardi du Vent) et Torpaq, ou Axır Çərşənbə (Mardi de la Terre, ou Dernier Mardi).

Chacun de ces mardis symbolise l’éveil progressif du monde naturel. L’eau recommence à couler, le feu apporte la chaleur, le vent met l’air en mouvement, et enfin la terre s’anime. Ensemble, ils annoncent l’arrivée de Novruz - la renaissance de la nature et le début d’un nouveau cycle.

Dans la mythologie turcique, le mardi revêt une signification particulière. Selon la légende, la création du monde aurait commencé le deuxième jour de la semaine, faisant du mardi un jour sacré associé aux commencements et à la transformation.

Parmi ces quatre mardis, le Mardi du Feu occupe une place toute particulière dans l’imaginaire populaire. Il annonce que l’hiver touche à sa fin et que la chaleur revient sur les terres.

Le feu a toujours occupé une place sacrée dans la culture azerbaïdjanaise. Considéré comme le reflet terrestre du soleil, il incarne la chaleur, la protection, la vitalité et la purification. Pour les anciens peuples turciques, le feu dépassait le simple phénomène naturel : il symbolisait l’unité et la force collective.

Ce soir-là, des feux de joie sont allumés dans les cours, les rues et les places des villages. Traditionnellement, c’est un jeune garçon qui allume le brasier, symbole de pureté. Les habitants se rassemblent autour des flammes et les franchissent trois ou sept fois en prononçant :

« Ağırlığım-uğurluğum odda yansın ! »
(« Que mes peines et mes malheurs brûlent dans ce feu ! »)

Le geste n’a rien d’un simple divertissement : il s’agit d’un rite de purification symbolique. Maladie, tristesse, infortune et énergies négatives sont censées être consumées par les flammes. Fait important, le feu de joie n’est jamais éteint à l’eau ; il doit se consumer naturellement. Les cendres sont ensuite emportées loin de la maison, emportant symboliquement avec elles les difficultés du foyer.

Selon d’anciennes croyances, les derniers mardis de l’année étaient également liés aux esprits des ancêtres. On pensait qu’une fois par an, les âmes des proches disparus revenaient rendre visite à leurs descendants. Si elles ne trouvaient pas de lumière au foyer, elles repartaient déçues. C’est pourquoi les familles veillaient à ce que le feu brûle intensément, accueillant à la fois les vivants et les esprits du passé.

Aucune célébration n’est complète sans une table festive. Lors du Mardi du Feu, les plats chauds sont particulièrement à l’honneur. Le plov, souvent préparé avec des haricots (lobi) ou du poulet, est considéré comme incontournable et symbolise l’abondance et la prospérité.

Les douceurs traditionnelles - shakarbura, pakhlava et gogal - qui occuperont ensuite une place centrale sur la table de Novruz, expriment le souhait de douceur et de joie pour l’année à venir. Les fruits secs grillés - noisettes, amandes, noix et pois chiches - symbolisent la fertilité et la croissance.

La couleur rouge, associée au feu et à la vitalité, est omniprésente. Un ruban rouge noué autour du samani (blé germé) représente la force vitale, la protection et l’énergie.

Les maisons s’illuminent de bougies pour dissiper l’obscurité, tant réelle que symbolique. Les différends s’apaisent, les paroles bienveillantes s’échangent, et chacun formule des vœux pour un avenir lumineux.

Dans ce sens, le feu ne réchauffe pas seulement les corps, il réchauffe aussi les cœurs. Il resserre les liens familiaux et communautaires, rappelant à tous que le renouveau est à la fois un processus naturel et spirituel.

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