LE CORRIDOR DU ZANGUEZOUR : UN LEVIER STRATEGIQUE POUR LA CROISSANCE ECONOMIQUE DU CAUCASE DU SUD

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3 Novembre 2025 10:54
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LE CORRIDOR DU ZANGUEZOUR : UN LEVIER STRATEGIQUE POUR LA CROISSANCE ECONOMIQUE DU CAUCASE DU SUD

En rétablissant les communications de transport entre l’Azerbaïdjan continental et la République autonome du Nakhitchevan, ce corridor ouvre des perspectives inédites non seulement pour Bakou et Ankara, mais aussi pour l’Arménie, la Géorgie et, plus largement, les pays d’Asie centrale, la Russie, la Chine et l’Union européenne.

Un projet régional d’intégration et de connectivité

Selon les experts du Centre pour le développement économique et social (CESD- Centre for Economic and Social Development), qui est un important Think Tank azerbaïdjanais, le projet TRIPP transformera la carte du transit eurasiatique. Reliant routes, chemins de fer, lignes électriques et réseaux de fibre optique, il vise à faire du Caucase du Sud un nœud logistique et numérique entre l’Europe et l’Asie.

Dans son allocution au 6ᵉ Forum d’affaires de la Caspienne à New York, le président Ilham Aliyev a souligné la portée stratégique de cette initiative :

« Le projet TRIPP deviendra un maillon crucial du corridor central, reliant l’Asie et l’Europe. Il renforcera la capacité de transit des cargaisons internationales et favorisera la prospérité régionale. »

Une avancée majeure pour les infrastructures de transport

L’Azerbaïdjan a déjà accompli des progrès notables. La construction de l’autoroute Horadiz–Jabrayil–Zangilan–Aghband (123,8 km) touche à sa fin, tandis que la ligne ferroviaire Horadiz–Aghband (110,4 km) sera achevée d’ici mi-2026.

Sur le territoire arménien, la section de 42 km du corridor devrait être réhabilitée avec l’appui de sociétés américaines avant la fin de 2028. Cette ligne rejoindra ensuite le Nakhitchevan, relié à la future voie Kars–Igdir–Aralik–Diluju (224 km), facilitant l’accès direct aux marchés turcs et européens.

Un impact économique décisif pour le Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan

L’ouverture du corridor mettra fin à l’isolement économique du Nakhitchevan, réduira les coûts logistiques et stimulera les exportations de ses 440 entreprises non pétrolières.

Actuellement, les marchandises transitent par la Turquie et l’Iran via des itinéraires coûteux. Le transport ferroviaire permettra désormais des convois de 50 à 60 wagons reliant directement le Nakhitchevan aux principaux centres industriels azerbaïdjanais et aux ports turcs.

Selon le CESD, cette intégration logistique pourrait faire bondir les échanges entre l’Azerbaïdjan et la Turquie à plus de 15 milliards de dollars, tout en transformant le Nakhitchevan en plateforme eurasiatique pour la logistique, l’industrie et l’agroalimentaire.

Une opportunité économique pour l’Arménie et la Géorgie

Pour l’Arménie, longtemps enclavée, le corridor du Zanguezour représente une chance historique.

En rejoignant les projets de connectivité régionale, Erevan pourra diversifier ses échanges avec l’Union européenne et la Turquie, attirer les flux de transit d’Asie centrale et de Chine, et accroître ses revenus douaniers.

Le vice-premier ministre arménien Mher Grigoryan a confirmé que le projet TRIPP prévoit la restauration d’une ancienne ligne ferroviaire soviétique et la construction d’infrastructures énergétiques et routières.

Par ailleurs, via le nœud ferroviaire de Julfa, l’Arménie pourra accéder plus facilement aux ports iraniens du golfe Persique et aux marchés d’Asie centrale par le port d’Alat, en Azerbaïdjan.

La Géorgie, grâce à ses ports de la mer Noire et à sa position stratégique, bénéficiera également de flux de marchandises accrus et d’investissements dans la modernisation de ses infrastructures portuaires.

Un corridor énergétique et numérique

Au-delà du transport, le Zanguezour Corridor sera aussi un canal énergétique.

L’Azerbaïdjan prévoit d’y acheminer de l’électricité « verte » produite dans le Karabakh vers la Turquie et l’Union européenne.

Des sous-stations de 330/110 kV sont déjà en construction à Jabrayil, et une ligne de 255 km est en cours d’installation jusqu’à la frontière occidentale du pays.

Ce réseau sera prolongé jusqu’au Nakhitchevan, puis converti en 400 kV pour alimenter la Turquie, via une ligne à double circuit de 230 km.

Une dynamique régionale nouvelle

Pour les experts, le corridor du Zanguezour est plus qu’un simple projet de transport : c’est un test de la capacité des pays du Caucase du Sud à transformer leur géographie en vecteur de coopération.

En harmonisant les procédures douanières et en modernisant les infrastructures, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie pourraient devenir un pont économique majeur entre l’Asie et l’Europe.

À terme, le corridor du Zanguezour symbolise une vision régionale fondée sur la connectivité, la stabilité et la prospérité partagée — un tournant historique pour le Caucase du Sud.