QUESTION FRONTALIERE: UN LITIGE DE 800M POUR UNE ROUTE ENTRE KAZAKHSTAN ET KIRGHIZSTAN

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4 Juillet 2026 15:55
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QUESTION FRONTALIERE:  UN LITIGE DE 800M POUR UNE ROUTE ENTRE KAZAKHSTAN ET KIRGHIZSTAN

Le Kirghizistan a officiellement proposé au Kazakhstan un échange équivalent de territoires dans la région de la ville kirghize de Tokmok, située à environ une heure de route de Bichkek.

Bichkek souhaite obtenir un tronçon de 800 mètres de territoire kazakh, dans la pittoresque vallée de la Tchou, au bord de la rivière du même nom, afin d'y construire une nouvelle autoroute à péage reliant Bichkek à Kemin sur une distance de 150 kilomètres. La route actuelle entre les deux villes traverse un court segment du territoire kazakh.

Au Kazakhstan, cette proposition est accueillie avec prudence. À Astana, la question du territoire demeure particulièrement sensible. Les opposants à un échange invoquent notamment l'inviolabilité des frontières, le risque de créer un précédent susceptible d'encourager d'autres États voisins à formuler des revendications territoriales, ainsi que d'autres considérations du même ordre.

À ce stade, les autorités kazakhes n'ont exprimé aucune position officielle. En revanche, les médias et les réseaux sociaux débattent activement de la proposition, la majorité des avis se montrant défavorable à un échange de terres. Du côté kirghiz, en revanche, cette initiative n'est pas perçue comme problématique et certains estiment qu'un refus de la part d'Astana pourrait être motivé par des considérations politiques.

Le politologue kirghiz Mars Sariev explique que l'objectif de Bichkek est d'obtenir la propriété des 800 mètres de territoire kazakh où la route actuelle décrit un large détour.

« Pour construire la nouvelle route, nous devons redresser le tracé sur cette section de 800 mètres, qui se trouve en territoire kazakh. Cette zone est clôturée par des barbelés installés par les gardes-frontières kazakhs. Malgré la frontière, le Kirghizistan utilise cette route depuis l'époque soviétique, puis, après la disparition de l'URSS, dans le cadre d'un bail. Nous proposons depuis longtemps à nos voisins kazakhs un échange de territoires, mais ils refusent, sans doute parce qu'il leur est avantageux de conserver ce point comme un talon d'Achille du Kirghizistan. En cas de dégradation des relations, Astana pourrait fermer ce tronçon et interrompre un axe de transport essentiel pour notre pays. D'autant qu'une ligne ferroviaire est également prévue sur cet itinéraire. »

Selon Sariev, le Kirghizistan dispose déjà d'une expérience positive d'échanges de territoires avec l'Ouzbékistan. À l'issue de ces accords, les villages frontaliers de Chongara et Tach-Tobo ont été intégrés au territoire kirghiz, tandis que Tachkent recevait en contrepartie des terrains de superficie équivalente dans la zone frontalière.

Le politologue souligne qu'aucune localité ni infrastructure économique ne se trouve sur les 800 mètres concernés, mais que les autorités kazakhes semblent néanmoins peu disposées à accepter la proposition kirghize.

À ses yeux, les relations entre le Kirghizistan et le Kazakhstan restent complexes, alors même que les Kirghiz sont, sur le plan linguistique, plus proches des Kazakhs que des Ouzbeks.

« Aujourd'hui, Bichkek participe au projet de chemin de fer Chine–Kirghizistan–Ouzbékistan, avec un prolongement vers l'Azerbaïdjan et la Turquie. Cette ligne entre en concurrence avec le Corridor médian, qui traverse le Kazakhstan. Ce projet suscite une certaine irritation à Astana », affirme-t-il.

Le point de vue kazakh a été exposé par Roustam Bournachev, professeur à la faculté des sciences sociales de l'Université kazakho-allemande.

Selon lui, il n'existe aucune raison de procéder à un échange pour un tronçon de 800 mètres que l'on parcourt en trois minutes.

« La frontière entre le Kazakhstan et le Kirghizistan a été entièrement délimitée et démarquée. Autrement dit, le Kazakhstan n'a pratiquement plus de différends territoriaux avec ses voisins. D'ailleurs, Astana n'a tout simplement pas réagi à la proposition de Bichkek concernant ces 800 mètres. Il s'agit avant tout d'une question technique et non politique, héritée du découpage territorial de l'époque soviétique.

Au sein de l'Union soviétique, les républiques n'étaient pas des États souverains, mais plutôt des entités économiques. En Asie centrale, le tracé des frontières répondait davantage à des considérations de gestion économique qu'à des impératifs politiques. Certaines régions étaient reliées par des infrastructures de transport traversant les républiques voisines. Ainsi, la liaison entre Tachkent, Samarcande et Boukhara empruntait une route passant par le district kazakh de Maktaaral. Après l'effondrement de l'URSS, l'instauration de contrôles douaniers et frontaliers a contraint l'Ouzbékistan à construire un itinéraire de contournement. De telles situations sont nombreuses en Asie centrale. »

Bournachev rappelle que la route Bichkek–Kemin, avec son segment de 800 mètres situé au Kazakhstan, ne présente d'intérêt que pour le Kirghizistan.

« Il est donc naturel que Bichkek souhaite contrôler l'ensemble du tracé et propose un échange de territoires. Pour l'instant, aucune réaction négative manifeste n'a été enregistrée de la part des autorités kazakhes. En revanche, certains internautes évoquent plusieurs risques.

Au Kazakhstan, les questions territoriales font l'objet d'une forte sacralisation, notamment dans le contexte des relations avec la Chine et la Russie. La population est donc particulièrement attentive à tout ce qui touche aux frontières et au territoire. La réponse officielle dépendra largement de la manière dont ce débat évoluera dans l'opinion publique. Si la question devient fortement politisée, Astana dira probablement non.

Par ailleurs, le Kazakhstan n'a aucun intérêt économique à céder cette portion de territoire. Un échange ne constituerait qu'un geste de bonne volonté envers un voisin : céder un morceau de terre ici pour en recevoir un autre ailleurs. En dehors de l'amélioration des relations de bon voisinage, le Kazakhstan n'y trouverait aucun bénéfice concret. »

Le professeur souligne également que « des difficultés surgissent parfois entre Astana et Bichkek, comme entre n'importe quels États. Le Kazakhstan exprime notamment des préoccupations concernant les rejets d'eau. Il dépend fortement du Kirghizistan en matière de ressources hydriques, puisqu'une part importante du débit des fleuves transfrontaliers alimentant le sud du Kazakhstan prend sa source sur le territoire kirghiz, en particulier entre le printemps et l'automne.

De son côté, le Kirghizistan dépend du Kazakhstan pour le transit des marchandises en provenance de Chine et de Russie. Ces interdépendances provoquent parfois certaines frictions, mais elles ne relèvent pas du conflit. Nos deux pays entretiennent des liens économiques particulièrement étroits. Il serait donc erroné de penser que le Kazakhstan utiliserait ce tronçon de 800 mètres comme un moyen de pression sur le Kirghizistan. »

Selon lui, si l'échange de territoires n'aboutit pas, Bichkek devra soit contourner cette portion de 800 mètres, soit continuer à la louer au Kazakhstan.

Bournachev rappelle enfin que le Kazakhstan a déjà procédé à des échanges de territoires dans le cadre de la délimitation et de la démarcation de ses frontières avec l'Ouzbékistan et, dans une moindre mesure, avec la Chine. Dans ces cas, il s'agissait de zones contestées n'appartenant clairement à aucune des deux parties, ce qui avait conduit à des arrangements s'apparentant à des échanges de territoires.

Le politologue conclut : « Le gouvernement kazakh prendra sa décision en fonction de l'état de l'opinion publique. Si la population réagit négativement, il n'y aura tout simplement pas d'échange. »

Par Djeyhoun Nadjafov