L’arrivée à Bakou du vraquier Gadamly, construit au chantier naval de Balkan à Turkmenbachi, au Turkménistan, marque une avancée opérationnelle significative dans le développement du corridor de transport caspien reliant le Turkménistan et l’Azerbaïdjan. Exploité dans le cadre d’un service régulier sur la ligne Bakou–Turkmenbachi avant d’être affecté au transport de conteneurs, le navire illustre une tendance plus large : l’intensification des connexions logistiques dans le segment caspien et le rôle croissant du Turkménistan dans le Corridor médian.
Doté d’une capacité de chargement allant jusqu’à 6 100 tonnes et pouvant transporter 240 conteneurs, le bâtiment est arrivé le 12 mai au Port international de commerce maritime de Bakou, où une cérémonie officielle d’accueil s’est tenue en présence de responsables des transports et de représentants diplomatiques des deux pays.
Lors de cette cérémonie, l’ambassadeur du Turkménistan en Azerbaïdjan, Gurbanmammed Elyasov, a qualifié le voyage inaugural du Gadamly d’illustration concrète du renforcement de la coopération logistique et de transport entre Achgabat et Bakou. Le navire opérera sur la ligne Bakou–Turkmenbachi, un segment stratégique de la Route internationale de transport transcaspienne (TITR), également appelée Corridor médian.
Le vice-président des Chemins de fer azerbaïdjanais (ADY), Arif Aghayev, a souligné que l’ensemble des pays situés le long du corridor doivent adapter leurs infrastructures à l’augmentation des flux de marchandises. Il a rappelé que la capacité actuelle du Port international de commerce maritime de Bakou est de 150 000 EVP (équivalent vingt pieds), mais que les travaux en cours - notamment le dragage et l’acquisition de nouveaux équipements - devraient porter cette capacité à 260 000 EVP, soit une hausse de plus de 70 %.
L’apparition du Gadamly ne s’inscrit toutefois pas en dehors de la logique infrastructurelle déjà établie dans la région caspienne. La liaison Bakou–Turkmenbachi fait depuis longtemps partie d’une chaîne transcaspienne plus vaste, dans laquelle la synchronisation des ports, des horaires et des capacités joue un rôle déterminant. Dans ce contexte, même un seul navire devient un élément d’un système où l’essentiel n’est pas seulement le transport lui-même, mais la régularité des flux et leur intégration dans un réseau stable. Selon le Premier ministre azerbaïdjanais Ali Asadov, le volume total de transit sur le Corridor médian a atteint environ 5 millions de tonnes en 2025, soit une progression annuelle d’environ 11 %, accentuant directement la pression sur le segment caspien de l’itinéraire.
Un autre volet important du développement logistique en mer Caspienne a été la réunion de travail tenue le 1er avril 2026 au port d’Alat entre représentants de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan. Les discussions ont porté sur l’élargissement de la coopération portuaire, notamment l’augmentation des capacités de traitement, la coordination des rotations maritimes et le développement du transport multimodal entre Bakou et Turkmenbachi. Une attention particulière a été accordée à la numérisation des opérations portuaires et à une meilleure synchronisation des infrastructures dans un contexte de croissance soutenue du trafic transcaspien lié au Corridor médian.
Dans ce cadre, l’arrivée de nouveaux navires de fret en mer Caspienne acquiert désormais une véritable portée infrastructurelle. Ces dernières années, le développement du Corridor médian dépend de plus en plus de facteurs concrets tels que les capacités portuaires, la disponibilité des flottes, la conteneurisation et la rapidité des liaisons multimodales entre l’Asie centrale, le Caucase et l’Europe. C’est pourquoi le renforcement des capacités de transport sur le segment caspien devient l’un des axes majeurs de la logistique régionale.
Un élément retient particulièrement l’attention : le Gadamly a été construit directement au Turkménistan. Il s’agit du premier vraquier entièrement construit dans le pays, réalisé au chantier naval de Balkan en coopération avec l’entreprise sud-coréenne KSIT (Koryo Shipbuilding Industry Technology). Lors de la cérémonie de mise en service à Turkmenbachi, le 8 mai, le président Serdar Berdimuhamedow a affirmé que le Turkménistan accordait une importance stratégique au développement des corridors internationaux Est-Ouest et Nord-Sud et poursuivait l’expansion de son système logistique et de transport. Le dirigeant de KSIT a également participé à l’événement, remettant au Turkménistan une certification internationale de qualité et d’ingénierie pour ce projet.
Ce modèle de coopération reflète une approche plus large : localiser la construction navale au Turkménistan tout en conservant l’expertise technologique de partenaires étrangers. Lors de la mise en service du navire, il a été souligné que ce projet constituait à la fois le fruit d’une coopération technique et la preuve de la capacité du chantier naval de Balkan à construire des bâtiments commerciaux plus complexes.
Pris dans leur ensemble, ces développements montrent que l’arrivée du Gadamly à Bakou s’inscrit dans une évolution progressive mais constante vers un système logistique caspien plus régulier et mieux intégré. Dans cette configuration, l’Azerbaïdjan agit comme un hub de transit central, reliant les flux de la Caspienne aux infrastructures ferroviaires et portuaires du Caucase du Sud, ouvrant ainsi un accès vers la mer Noire puis l’Europe. Ces dernières années, cette dynamique s’est accompagnée d’un développement continu des infrastructures maritimes azerbaïdjanaises, notamment de la flotte et des terminaux portuaires.
Selon ASCO, 35 nouveaux navires ont été mis en service depuis 2013. Dans ce contexte, le développement parallèle des capacités de transport en Azerbaïdjan et au Turkménistan contribue à la formation d’un système logistique caspien plus stable et plus interconnecté.