Qu’est-ce qui alimente le renforcement du partenariat entre le Tadjikistan et la Chine à l’approche de la visite d’Emomali Rahmon à Pékin ?
Le président du Tadjikistan, Emomali Rahmon, effectuera une visite d’État en Chine du 11 au 14 mai, à l’invitation du président de la République populaire de Chine, Xi Jinping.
Cette visite intervient dans un contexte d’élargissement marqué de la coopération entre Douchanbé et Pékin, qui s’étend désormais du commerce et de l’industrie à la logistique, aux échanges scientifiques et à la sécurité des infrastructures. Ces dernières années, la Chine s’est imposée comme l’un des principaux partenaires économiques du Tadjikistan, tandis que l’agenda bilatéral s’est considérablement élargi au-delà du cadre traditionnel des investissements.
Le volume des échanges commerciaux entre le Tadjikistan et la Chine a atteint 790,2 millions de dollars entre janvier et mars 2026, soit une hausse de 152,7 % par rapport à la même période de l’année précédente. Les exportations tadjikes vers la Chine se sont élevées à 204,9 millions de dollars, contre 585,3 millions de dollars d’importations. La Chine a représenté 39,9 % des exportations totales du Tadjikistan et 27,1 % de ses importations.
En 2025, la part de la Chine dans le commerce extérieur du Tadjikistan a atteint 26,4 %. Les exportations tadjikes vers la Chine ont dépassé 523,8 millions de dollars, tandis que les importations ont atteint 2,33 milliards de dollars. Au total, le commerce bilatéral avec la Chine a progressé de 145,7 % par rapport à 2024.
Dans ce contexte, Douchanbé et Pékin poursuivent l’élargissement de leur coopération dans les secteurs industriel et technologique. Début mai, le ministre tadjik de l’Industrie et des Nouvelles technologies, Sherali Kabir, s’est entretenu avec l’ambassadeur de Chine au Tadjikistan, Guo Zhijun. Les discussions ont porté sur la mise en œuvre des accords conclus au niveau des chefs d’État, ainsi que sur de nouveaux projets conjoints et la modernisation du secteur industriel.
La coopération dans les transports et la logistique se renforce également. La région a déjà entamé la mise en œuvre concrète de nouveaux itinéraires impliquant le Tadjikistan. Le premier train de conteneurs a notamment été lancé sur la route Chine–Kirghizistan–Ouzbékistan–Tadjikistan. Le projet est mené avec la participation de la société ouzbèke « O'ztemiryo'lkonteyner » et de la coentreprise ouzbéko-chinoise UTK International Logistics Co., Ltd. Long de plus de 3 500 kilomètres, ce corridor devrait réduire les délais de livraison des marchandises et accroître les capacités de transit en Asie centrale.
Parallèlement, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan ont lancé un corridor pilote de transport multimodal reliant la Chine, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Iran, la Turquie et l’Europe. Ce projet vise à développer les infrastructures de transit, à numériser les transports internationaux et à augmenter les capacités des postes-frontières.
La sécurité demeure un autre axe clé de la coopération bilatérale. Récemment, le Parlement tadjik a ratifié un accord avec la Chine portant sur la construction de neuf postes-frontières le long de la frontière tadjiko-afghane, pour un montant d’environ 60 millions de dollars. Le projet est entièrement financé par la partie chinoise. Outre les installations elles-mêmes, la construction de routes, de systèmes d’approvisionnement en eau et d’infrastructures énergétiques est également prévue. Si les emplacements exacts n’ont pas été divulgués, les experts associent cette initiative au renforcement du contrôle des frontières méridionales dans un contexte d’instabilité persistante en Afghanistan.
La coopération scientifique et éducative connaît elle aussi une expansion. Des représentants de l’Académie nationale des sciences du Tadjikistan ont participé à une conférence internationale organisée à la Southwest University en Chine, consacrée aux questions de génétique et de sélection végétale. À l’issue de l’événement, un mémorandum de coopération scientifique a été signé entre l’université chinoise et l’Institut de botanique, de physiologie végétale et de génétique du Tadjikistan.
La prochaine visite d’Emomali Rahmon en Chine pourrait servir de plateforme pour consolider les projets en cours et examiner de nouvelles initiatives dans les domaines de l’industrie, des transports, de l’énergie et des infrastructures numériques. Parmi les résultats attendus figurent la signature de nouveaux accords d’investissement, l’extension des routes logistiques à travers l’Asie centrale, l’approfondissement de la coopération industrielle et le renforcement de la collaboration en matière de sécurité.
Dans le même temps, l’évolution future des relations dépendra largement de la capacité du Tadjikistan à tirer efficacement parti des nouvelles opportunités économiques et infrastructurelles, des conditions du commerce mondial ainsi que du rythme de développement de l’économie chinoise. Un autre facteur important réside dans la participation du Tadjikistan à l’intégration des nouveaux corridors de transport dans les chaînes d’approvisionnement régionales et eurasiatiques, ce qui pourrait renforcer le potentiel exportateur du pays et consolider son rôle de plateforme de transit en Asie centrale.
Par Khayal Khatamzadeh