La visite d’État du président Recep Tayyip Erdogan au Kazakhstan, prévue les 13 et 14 mai, intervient dans un contexte d’approfondissement de la coopération économique et politique entre le Kazakhstan et la Turquie. Les deux pays élargissent leur collaboration dans de nombreux secteurs, notamment la logistique, l’énergie, les technologies et l’agriculture. Cette dynamique est en outre soutenue par le développement de l’intégration turcique et par l’importance croissante du Corridor médian dans les échanges commerciaux régionaux.
La visite du président Erdogan intervient peu après la réunion de la commission intergouvernementale sur la coopération commerciale et économique, organisée à Astana avec la participation du vice-président turc Cevdet Yilmaz. Lors de cette rencontre, les deux parties ont réaffirmé leur volonté d’élargir la coopération en matière d’investissements et de poursuivre le développement du Corridor médian, qui relie la Chine à l’Europe via l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase du Sud et la Turquie. Au cours des sept dernières années, le trafic de marchandises sur ce corridor a été multiplié par cinq, tandis que les délais de livraison ont été ramenés à 13 jours.
Le transport demeure un élément central de l’agenda bilatéral. En 2025, le fret ferroviaire entre le Kazakhstan et la Turquie a progressé de 35 %, atteignant 6,4 millions de tonnes, tandis que les volumes de marchandises transportées via la Route internationale transcaspienne de transport ont dépassé les 4 millions de tonnes.
L’importance croissante de ces itinéraires de transport reflète des transformations plus larges des chaînes logistiques eurasiatiques ainsi que les efforts des pays de la région pour réduire leur dépendance vis-à-vis des corridors de transit traditionnels. Le Kazakhstan et la Turquie considèrent le Corridor médian comme un projet d’infrastructure de long terme et travaillent à la modernisation des réseaux ferroviaires, à l’extension des capacités portuaires ainsi qu’à la coordination des politiques tarifaires.
Selon le gouvernement kazakh, la Turquie figure parmi les cinq principaux partenaires commerciaux du Kazakhstan. En 2025, le volume des échanges bilatéraux a augmenté de 9 %, tandis que les exportations de produits kazakhs ont progressé de 17,7 %, atteignant 3,9 milliards de dollars. Parallèlement, Astana cherche à orienter la coopération vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, notamment la métallurgie, l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire et la construction mécanique. L’an dernier, les investissements turcs dans l’économie kazakhe se sont élevés à environ 390 millions de dollars, portant le total des investissements au cours des deux dernières décennies à plus de 6 milliards de dollars.
L’énergie demeure également un domaine de coopération prometteur. Le Kazakhstan continue d’utiliser l’oléoduc Bakou–Tbilissi–Ceyhan pour exporter son pétrole via le territoire turc. Selon Sanzhar Zharkeshov, vice-ministre de l’Énergie du Kazakhstan, les projets liés à l’électricité constituent un axe majeur de la coopération bilatérale. Parmi eux figure notamment la centrale électrique à cycle combiné « Kyzylorda », d’une capacité de 240 MW, actuellement en construction dans la région de Kyzylorda avec la participation d’une entreprise turque. D’autres projets dans le secteur énergétique font actuellement l’objet d’un examen approfondi.
Le développement de l’industrie pétrochimique représente un autre volet important de la coopération. Le Kazakhstan prévoit de mettre en œuvre des projets pétrochimiques d’une valeur de 15 milliards de dollars et a invité des entreprises turques à participer à ces initiatives.
Dans le même temps, les deux parties renforcent leur coopération dans le secteur technologique. En mai, à Almaty, le holding turc Ardventure Yatirim Holding et Astana Hub ont signé un mémorandum de partenariat portant sur les investissements en capital-risque et le soutien aux start-up. L’accord prévoit le lancement de programmes d’accélération conjoints, des échanges d’expertise ainsi que la promotion de projets technologiques en Asie centrale et dans la région MENA.
Les échanges agricoles entre le Kazakhstan et la Turquie ont progressé de plus de 25 % en 2025, atteignant environ 360 millions de dollars. Ces dernières années, les deux pays ont mis en œuvre une dizaine de projets d’une valeur d’environ 400 millions de dollars, couvrant la production et la transformation agricoles ainsi que la fabrication de produits de confiserie.
Le vice-ministre kazakh de l’Agriculture, Yermek Kenzhekhanuly, a indiqué que les discussions se poursuivaient autour de nouvelles initiatives. Des négociations sont notamment en cours concernant la construction d’une usine sucrière avec la participation d’une entreprise turque.
Plusieurs accords bilatéraux devraient être signés à l’issue de la visite d’Erdogan. Après les discussions à Astana, le dirigeant turc participera le 15 mai au sommet informel de l’Organisation des États turciques à Turkestan, consacré au thème « Intelligence artificielle et développement numérique ».
Il convient de noter qu’Erdogan se rend au Kazakhstan moins d’un an après la visite officielle du président Kassym-Jomart Tokayev en Turquie, en juillet 2025, à l’issue de laquelle les deux parties avaient signé 18 accords dans les domaines de la logistique, de l’énergie, de la numérisation et de la coopération industrielle. Depuis lors, Astana et Ankara n’ont cessé d’élargir leur coopération, passant des déclarations politiques à la mise en œuvre concrète de projets d’infrastructure et d’investissement.
Dans l’ensemble, la visite du président turc au Kazakhstan reflète non seulement le haut niveau des relations bilatérales, mais aussi un processus plus large de renforcement de l’intégration turcique à travers l’Eurasie. Astana et Ankara déplacent progressivement leur coopération du terrain politique vers des réalisations concrètes, à travers le développement des corridors de transport, des projets énergétiques, de la coopération industrielle et des initiatives technologiques. Les résultats de cette visite devraient donner une nouvelle impulsion aux projets communs et approfondir davantage le partenariat stratégique entre les deux pays.