L'ETE 2026 POURRAIT DEVENIR UNE PERIODE CLE POUR LE DIALOGUE ENTRE MOSCOU ET BAKOU

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8 Mai 2026 18:38
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L'ETE 2026 POURRAIT DEVENIR UNE PERIODE CLE POUR LE DIALOGUE ENTRE MOSCOU ET BAKOU

Le récent règlement des questions liées à la tragédie de l’avion d’AZAL a de nouveau placé les relations entre l’Azerbaïdjan et la Russie au centre de l’attention. Après une période marquée par des tensions politiques, une rhétorique prudente et de nombreuses incertitudes, Bakou et Moscou semblent désormais chercher des moyens de rétablir un dialogue plus pragmatique.

Dans le même temps, la relation demeure complexe. La question d’AZAL figurait parmi les sujets les plus sensibles des relations bilatérales, et son règlement ne signifie pas automatiquement un retour complet au niveau de coopération antérieur. Les dynamiques régionales plus larges - notamment les développements liés à l’Iran, au Caucase du Sud, au corridor de transport Nord-Sud ainsi qu’aux prochains processus politiques en Arménie - devraient également influencer la prochaine phase des contacts entre l’Azerbaïdjan et la Russie.

Dans un entretien accordé à News.Az, l’analyste politique russe Mikhaïl Nejmakov évoque la possibilité d’un apaisement progressif entre Bakou et Moscou, les signes susceptibles d’indiquer un dégel plus durable, ainsi que les raisons pour lesquelles l’été 2026 pourrait constituer une période décisive pour l’avenir du dialogue russo-azerbaïdjanais.

- Après l’accord trouvé sur les conséquences de la tragédie impliquant l’avion d’AZAL, peut-on parler d’un apaisement progressif des tensions entre l’Azerbaïdjan et la Russie ?

- Comme on le sait, l’indicateur le plus marquant d’un possible « dégel » dans les relations russo-azerbaïdjanaises ces derniers temps a été la déclaration conjointe des ministères des Affaires étrangères des deux pays concernant le règlement des conséquences liées au crash de l’avion d’AZAL en 2024. On peut supposer que des progrès significatifs ont été réalisés lors de consultations confidentielles entre Moscou et Bakou entre la mi-février 2026 - lorsque le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, décrivait encore les relations avec la Russie dans des termes plutôt froids - et la fin mars, lorsque le président russe Vladimir Poutine a affirmé que la coopération avec l’Azerbaïdjan reposait sur « des bases solides ».

Bien entendu, il ne faut pas non plus négliger les discussions tenues début mars 2025 entre le vice-Premier ministre russe Alexeï Overtchouk et son homologue azerbaïdjanais Chahine Moustafaïev. Toutefois, à la lumière de l’expérience de 2025, le dialogue économique entre Moscou et Bakou ne préfigurait pas nécessairement, à lui seul, un « dégel » stable sur le plan diplomatique.

Les deux parties devraient probablement prendre prochainement des mesures afin de maintenir la dynamique des contacts mutuels. La visite d’Alexeï Overtchouk à Bakou en avril 2026 peut notamment être interprétée dans ce contexte. Si ces échanges de visites se poursuivent en mai 2026 - au moins au niveau des vice-premiers ministres, des présidents de parlement ou des ministres des Affaires étrangères - cela constituerait un signe indiquant que l’orientation commune vers un engagement pragmatique devient plus durable.

- Quelle pourrait être la prochaine étape du dialogue entre l’Azerbaïdjan et la Russie ? Faut-il s’attendre à une intensification des contacts politiques, y compris à des visites au niveau des chefs d’État ?

- La probabilité d’une visite prochaine de Vladimir Poutine en Azerbaïdjan reste relativement faible. L’un de ses prochains déplacements à l’étranger pourrait être Astana, afin de participer à une réunion du Conseil suprême économique eurasiatique en mai 2026. Une éventuelle visite en Chine à court terme a également été évoquée.

Une visite d’Ilham Aliev en Russie aurait davantage de chances de se concrétiser si le « dégel » des relations se révélait suffisamment stable. Si des discussions entre les présidents russe et azerbaïdjanais ont lieu dans les prochains mois, elles se tiendront probablement en marge d’événements internationaux.

L’un des facteurs susceptibles d’entraîner une intensification des contacts entre les deux États serait une plus grande clarté concernant les perspectives d’un règlement, au moins temporaire, de la crise autour de l’Iran. Dans ce cas, la situation autour du corridor international de transport Nord-Sud deviendrait également plus prévisible, alors que son développement a traditionnellement constitué un élément important du dialogue russo-azerbaïdjanais. À ce stade, il reste possible que les États-Unis et l’Iran parviennent à un compromis temporaire d’ici l’été 2026 - voire plus tôt si les négociations évoluent favorablement. Dans ce scénario, un nouveau facteur d’incitation aux contacts entre Moscou et Bakou pourrait apparaître dès l’été.

- Le règlement de la question AZAL peut-il servir de base à un rétablissement de la dynamique de coopération antérieure entre Bakou et Moscou, ou des risques politiques importants subsistent-ils encore dans la relation ?

- Pour évaluer la dynamique des relations bilatérales, il convient de rappeler qu’en 2025 plusieurs signaux notables avaient déjà témoigné d’une volonté mutuelle de réduire les tensions. Le plus significatif fut la rencontre entre Vladimir Poutine et Ilham Aliev à Douchanbé en octobre 2025. Toutefois, aucun de ces événements, pris isolément, n’a marqué le début d’un « dégel » stable et durable. En revanche, chacune de ces tentatives de dialogue a pu contribuer progressivement à créer les conditions d’un règlement plus solide des différends.

Dans le même temps, les tensions réciproques demeurent coûteuses pour les deux parties, détournant leur attention d’autres priorités. Ces dernières années, par exemple, l’Azerbaïdjan a entrepris des démarches actives afin de renforcer ses relations avec les États postsoviétiques d’Asie centrale.

Le principal défi dans les relations entre Moscou et Bakou ne réside pas uniquement dans les désaccords liés à certains événements précis, mais aussi dans l’absence d’un équilibre stable dans un contexte en constante évolution. Tant qu’un tel équilibre n’est pas établi, tout nouvel incident peut faire peser des risques sur la stabilité générale des relations.

La complexité de la situation est également renforcée par l’évolution de l’environnement international, notamment dans le Caucase du Sud et dans les régions voisines. L’un des éléments susceptibles d’apporter davantage de clarté sera l’issue de la campagne législative arménienne en juin 2026. Il est largement admis que le maintien au pouvoir du Premier ministre Nikol Pachinian est actuellement objectivement favorable à Bakou, tandis qu’une victoire de l’opposition pourrait renforcer la position de négociation de Moscou. Dans les deux cas, toutefois, la Russie et l’Azerbaïdjan pourraient avoir davantage intérêt à coordonner leurs positions une fois le cycle électoral terminé.

Autrement dit, l’été 2026 pourrait devenir une période particulièrement importante pour la poursuite du dialogue entre Moscou et Bakou, avec une possible intensification des contacts.

Par Samir Mouradov