Le Caucase du Sud face au COVID-19 : état des lieux

Actualités
24 Avril 2020 15:37
166
Le Caucase du Sud face au COVID-19 : état des lieux

Paris, 24 avril 2020 - 26 février 2020, la Géorgie enregistre son premier cas de contamination au coronavirus Covid-19, premier cas également dans le Caucase du Sud. Selon la ministre géorgienne de la Santé, Ekaterina Tikaradze, il s’agit d’un homme en provenance d’Iran et ayant transité par l’Azerbaïdjan. Deux jours plus tard, un ressortissant russe, en provenance d’Iran, est la première personne testée positive en Azerbaïdjan, détectée dès son entrée dans le pays. Quant à l’Arménie, le premier individu contaminé, un citoyen arménien de retour d’un voyage en Iran, est dépisté le 1er mars… À cette période, l’Iran, dans le sillon de la Chine est le deuxième pays au monde pour le nombre de décès liés au Covid-19. Dès lors, proches de l’Iran, les trois États du Caucase du Sud (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie) prennent des mesures pour limiter la propagation du virus meurtrier. Fermeture de frontières, confinement des populations, restrictions drastiques des déplacements, régulation et contrôles renforcés des échanges commerciaux sont, entre autres, mis en œuvre très rapidement.

À l’instar des autres pays touchés, dans les États du Caucase du Sud, priorité est mise sur la santé publique. En Géorgie, les mesures de confinement très strictes, imposées dès le début de l’épidémie, conduisent à des résultats prometteurs pour aplanir la courbe des nouvelles contaminations. L’Azerbaïdjan lui emboîte le pas et a gère la crise à grand renfort de communication préventive pour sensibiliser la population aux risques liés à la pandémie du Covid-19, une politique qui tend à porter ses fruits. De son côté, l’Arménie peine à contenir l’épidémie en dépit du durcissement régulier des mesures de confinement, qui semblent cependant être sans grand effet au regard du bilan de cas de contamination et de décès liés au Covid-19 comparativement aux deux États voisins.

Une économie infléchie…

Cependant, si la situation de la santé publique peut évoluer favorablement à court terme, l'impact économique immédiat de la crise, qui s’est largement fait ressentir sur toute la zone, est aggravé par la chute des prix du pétrole, frappant directement l'Azerbaïdjan. Sans compter les échanges commerciaux qui affectent plus particulièrement l'Arménie et la Géorgie, ou encore le dérèglement des marchés financiers mettant en péril non seulement les monnaies locales (à l’exception du manat azerbaïdjanais soumis au contrôle des devises), mais aussi la stabilité des finances publiques des trois nations.

Au regard de la situation générale, un renforcement et une prolongation des mesures de confinement provoqueront, sans nul doute, une baisse significative de production, la fermeture partielle, voire complète, d’établissements dans certains secteurs d’activité, notamment ceux qualifiés de ‘’non-essentiels’’. L’impact immédiat est estimé entre 20 et 30 % du PIB selon la structure de l’économie. Pour la Georgie, dont l’économie repose sur le secteur des services, le PIB devrait se contracter de 30 %, alors que l’économie azerbaïdjanaise, qui s’appuie sur les secteurs extractif et manufacturier, devrait être impacté dans une moindre mesure. De plus, à ces estimations, se greffera l’impact de l’évolution des marchés extérieurs, en particulier pour l’Azerbaïdjan qui, de surcroît, supporte les effets des cours du pétrole.

Vers un accroissement de la précarité…

Dans la région, à différents niveaux et pour diverses raisons, le poids de l'activité économique informelle est significatif. Par exemple, dans le secteur agricole, environ 35 % de femmes sont exclues du marché du travail conventionnel, en raison de la structure familiale des exploitations. Faute de protection sociale (et des avantages que procure un emploi conventionnel), ces femmes, en activité informelle, sont dépendantes, défavorisées et vulnérables. Ces secteurs informels sont relativement importants, plus particulièrement en Arménie et en Géorgie.

Parallèlement à cette activité économique informelle, d’autres modèles d’emploi traduisent la vulnérabilité de certaines populations. Notamment, en Azerbaïdjan comme en Géorgie, près de 50 % des actifs sont travailleurs indépendants. Une grande majorité d’entre eux travaille dans le secteur touristique, une activité saisonnière et gravement touchée par les mesures de confinement et la mise à l’arrêt total du secteur. Ces indépendants n’ont pas ou que peu d’accès aux dispositifs d’indemnisation ou d’aide en matière de perte de revenus.

Enfin, les faibles taux d'épargne, en particulier en Arménie et en Géorgie, compromettent également la capacité des ménages et des individus à absorber le choc économique lié à la pandémie.

Des mesures exceptionnelles au secours des entreprises… et des ménages

L'Arménie a instauré des mesures particulières afin de limiter les risques de liquidité et soutenir les entrepreneurs devant faire face à la situation : cofinancement, refinancement et bonifications d'intérêts en sont les différents leviers. Des prêts sont accordés pour aider à payer les salaires, acheter les équipements ou les matières premières,… , ainsi que s’acquitter des taxes et autres contributions. Pour les entreprises individuelles, d’un montant maximal de 500 millions d’AMD (environ 1 million d’USD) et 250 millions d’AMD pour le refinancement et le cofinancement, avec des taux d'intérêt compris entre 0 et 6 %, ils seront disponibles jusqu’à 24 mois. Le gouvernement a par ailleurs introduit des mesures additionnelles pour soutenir les PME. Sont éligibles, celles qui répondent aux critères suivants : avoir enregistré ou exercé une activité commerciale en Arménie au cours de l'année écoulée dans les secteurs du tourisme, de la santé, de l'alimentation et de la fabrication ; avoir généré des revenus compris entre 24 et 500 millions d’AMD sur l’exercice 2019 et n’atteignant pas moins de 10 % du montant annuel par trimestre ; et, n’avoir aucun crédit ou impôt en souffrance et être à jour de toutes obligations financières.

De son côté, l’Azerbaïdjan met en place un vaste plan de soutien économique, s’élevant à 2,5 milliards d’AZN (1,5 milliards d’USD, 3 % du PIB), et subdivisé en dix programmes. Le premier axe cible les quatre secteurs de l'économie qui devraient être les plus durement touchés (comme le tourisme), et prévoit de couvrir les salaires des employés en partie ou en totalité. Le deuxième consiste à verser aux micro-entreprises, un montant d'aide équivalent aux impôts payés en 2019. Les six forfaits de soutien supplémentaires se constituent notamment d’allégements fiscaux, de soutien aux emprunteurs hypothécaires et aux sociétés de transport, et d’assistance au règlement des dûs, entre autres, aux services publics. Les deux derniers programmes de soutien aux entreprises passe par les bonifications d'intérêt des prêts existants pour une valeur de 1 milliard d’AZN (588 millions d’USD) avec des taux d'intérêt allant jusqu'à 10 % par an et l'octroi de garanties représentant 60 % du montant du prêt et une bonification d'intérêt de 50 % pour certains nouveaux prêts. Ce programme économique complet est en cours de finalisation et sera discuté avec les représentants des secteurs public et privé.

Quant à la Géorgie, le gouvernement a annoncé un paquet de 2 milliards de GEL (environ 600 millions d’USD, 4 % du PIB) pour aider l'économie à faire face à l'impact de la pandémie, grâce à des allégements fiscaux accordés à l'industrie du tourisme, à des dépenses en capital pour stimuler l'économie et à élargir l'accès au financement des micro-entreprises, des PME et des particuliers. Les entreprises du secteur du tourisme (environ 18 000 entreprises et 50 000 employés) bénéficieront d'avantages fiscaux de mars à novembre, les particuliers profiteront d'un allégement de l'impôt sur le revenu et de l'impôt foncier sur quatre mois. Des paiements d'intérêts sur les prêts bancaires de PME hôtelières seront cofinancés par le gouvernement pour les six prochains mois. Les banques commerciales devront restructurer, si nécessaire et au cas par cas, les prêts accordés aux entreprises et aux particuliers. Un investissement supplémentaire de 300 millions de GEL sera injecté dans les projets d'infrastructures d'ici à la fin de l'année. Dans le secteur privé, le volume des crédits de TVA sera doublé (1,2 milliards de GEL) pour alimenter les entreprises en fonds de roulement. Par ailleurs, un plan d'après-crise est en cours d'élaboration pour aider à la reprise économique en mettant l'accent sur les systèmes de garantie de crédit.