LE POINT FAIBLE DU PACTE DE LA MECQUE

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16 Septembre 2026 15:07
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LE POINT FAIBLE DU PACTE DE LA MECQUE

L’accord de défense conjoint signé par la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite a suscité de nombreuses interrogations à Ankara. L’une des principales concerne la manière dont Ankara réagira aux attaques des Houthis du Yémen contre l’Arabie saoudite. La prise par les Houthis d’une partie du littoral près du détroit de Bab el-Mandeb, suivie d’attaques contre l’oléoduc « Est-Ouest », par lequel transite environ 4 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, n’a fait qu’alimenter les débats sur l’avenir de cette alliance dans la politique turque.

Les Houthis ont immédiatement commencé à mettre à l’épreuve le nouveau pacte de La Mecque

L’accord de La Mecque n’est pas encore entré en vigueur

Cependant, des sources diplomatiques à Ankara affirment que les discussions sur un éventuel échec de l’alliance à la suite des attaques des Houthis, soutenus par l’Iran, sont infondées. Selon elles, les déclarations affirmant que la Turquie n’aurait prétendument pas respecté ses obligations de défense mutuelle envers l’Arabie saoudite ne correspondent pas à la réalité.

Comme l’expliquent ces sources, le pacte de La Mecque, signé le mois dernier par Ankara, Riyad et Islamabad, n’est pas encore entré en vigueur juridiquement : son approbation par les instances compétentes ainsi que l’élaboration des règlements militaires nécessitent du temps.

« Pour que l’accord acquière une force juridique, il doit être ratifié dans les pays signataires », soulignent les sources.

Selon la Constitution turque, le président n’est pas habilité à approuver des accords de sécurité sans l’autorisation du Parlement. Ankara devrait soumettre le document au Parlement en octobre, au début de la session d’automne.

L’approbation du Parlement sera également nécessaire au gouvernement pakistanais. Seule l’Arabie saoudite peut approuver l’accord tripartite par décret royal.

Dans un commentaire l’analyste politique turc Safar Karakoyunlu a souligné que le pacte de La Mecque n’est pas simplement une alliance dans le domaine de la sécurité, mais un accord qui ambitionne de devenir une structure internationale importante réunissant la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan. Selon lui, lorsque tous les détails de l’accord seront rendus publics, il apparaîtra clairement que l’alliance tripartite se prépare minutieusement aux évolutions mondiales et régionales.

Selon Karakoyunlu, même après l’entrée en vigueur de l’accord, les trois pays auront besoin d’un mécanisme d’évaluation des menaces : « La Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan devront élaborer des plans de défense et de dissuasion et mettre au point leurs engagements mutuels. Cela prendra du temps, même après l’entrée en vigueur de l’accord. »

La formation de forces armées conjointes

Une autre difficulté réside dans le fait que les armées des trois pays n’ont jamais coopéré auparavant dans un format tripartite. La Turquie a organisé séparément des exercices conjoints avec le Pakistan et avec l’Arabie saoudite, mais les trois pays n’ont jamais mené d’exercices ensemble.

Néanmoins, selon Karakoyunlu, les institutions de l’alliance commencent déjà à se mettre en place. Il rappelle que, lors de la première réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense des trois pays, qui s’est tenue le 31 août à Istanbul, un secrétariat de l’alliance a été créé. Celui-ci sera dirigé par le Pakistan pendant trois ans.

La création du secrétariat et le début des consultations en matière de défense constituent les premières étapes vers l’institutionnalisation de l’alliance. Selon son analyse, le processus pourrait s’étendre sur plusieurs années.

L’engagement inscrit dans l’accord de La Mecque, qui consiste à considérer une attaque contre l’un des membres comme une attaque contre tous, est souvent comparé à l’article 5 du traité de l’OTAN, considéré comme la référence en matière de garanties de sécurité.

Selon cet article, les pays sont tenus de venir en aide à un allié victime d’une attaque, mais chaque État détermine lui-même la forme et l’ampleur de cette assistance. Celle-ci n’implique pas nécessairement l’emploi des forces armées ou une riposte militaire.

Le politologue turc souligne que, dans le cadre de l’accord de La Mecque également, les alliés, comme au sein de l’OTAN, mèneront des consultations afin de déterminer la forme de la réponse à une attaque contre l’un des membres : « Une attaque n’entraîne pas toujours une réponse militaire - il existe différentes manières de protéger un allié. »

La Turquie et le Pakistan ont publié ce week-end des déclarations condamnant l’attaque contre l’Arabie saoudite, manifestant ainsi leur solidarité politique avec Riyad. Le Pakistan, malgré l’accord bilatéral conclu précédemment avec l’Arabie saoudite, a déclaré que Riyad ne lui avait pas demandé d’assistance militaire.

Selon le politologue turc, l’objectif du pacte de La Mecque est de mettre en place une dissuasion à long terme, et non de rechercher une solution militaire immédiate aux conflits déjà existants.

Il reconnaît que le conflit entre le Pakistan et l’Inde ainsi que les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite constituent un point faible de l’accord : « Néanmoins, la Turquie a signé cet accord avec deux pays influents de la région - le Pakistan et l’Arabie saoudite - afin d’atténuer les conflits existants et de créer une force de dissuasion régionale à long terme. Après l’entrée en vigueur de l’accord, cette alliance finira nécessairement par se manifester, avec le temps, comme un facteur de dissuasion. »

Par Ruslan Bachirli