UNE ESCALE À LONDRES AVANT D’ATTERRIR À WASHINGTON : CE QUE ZELENSKY ATTEND DU POUVOIR BRITANNIQUE

Analyses
27 Juillet 2026 19:41
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UNE ESCALE À LONDRES AVANT D’ATTERRIR À WASHINGTON : CE QUE ZELENSKY ATTEND DU POUVOIR BRITANNIQUE

La rencontre entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham sera bien plus qu’une simple rencontre protocolaire. Zelensky deviendra le premier dirigeant étranger reçu par Burnham depuis son entrée en fonction, tandis que les discussions elles-mêmes se tiendront sur une base navale britannique.

Le choix du lieu vise à souligner que la coopération en matière de défense restera au cœur des relations entre Londres et Kyiv après le changement de direction au Royaume-Uni.

Pour Burnham, cette rencontre représente une première occasion de montrer la continuité de la politique étrangère britannique. Sous son prédécesseur, Keir Starmer, le Royaume-Uni est resté l’un des partenaires européens les plus actifs de l’Ukraine, combinant aide militaire, formation des troupes, sanctions contre la Russie et développement de productions conjointes dans le domaine de la défense.

La décision d’accueillir Zelensky comme son premier invité étranger indique que le nouveau gouvernement n’a pas l’intention de profiter de la transition politique pour revoir sa politique à l’égard de l’Ukraine. Au contraire, Londres cherche à montrer à Moscou, Washington et à ses alliés européens que ses engagements restent inchangés.

L’une des premières questions concrètes à l’ordre du jour devrait être la formation du personnel militaire ukrainien. Sur la base navale, les deux dirigeants découvriront les résultats des programmes de formation dirigés par le Royaume-Uni, notamment des exercices maritimes multinationaux liés à Sea Breeze.

Plus de 200 militaires ukrainiens auraient participé à la dernière phase de formation dans le Dorset, qui portait sur les opérations de lutte contre les mines et sur d’autres capacités directement liées à la sécurité en mer Noire.

La dimension maritime est devenue de plus en plus importante dans un contexte d’attaques continues contre les ports ukrainiens, les navires commerciaux et les infrastructures côtières. Kyiv cherche à renforcer sa capacité à détecter et neutraliser les mines, à protéger les routes maritimes et à maintenir le fonctionnement des corridors d’exportation.

Grâce à sa vaste expertise navale, le Royaume-Uni peut fournir non seulement une formation aux équipages ukrainiens, mais aussi une assistance technique, une coopération en matière de renseignement et un soutien au développement futur des capacités navales ukrainiennes.

Le programme plus large Operation Interflex devrait également occuper une place importante dans les discussions. Depuis son lancement sous direction britannique, plus de 63 000 membres du personnel ukrainien auraient reçu une formation.

En 2026, le programme est entré dans une nouvelle phase, avec un accent accru sur les formations spécialisées destinées aux soldats, aux commandants et aux instructeurs militaires.

Le défi de l’Ukraine ne consiste plus seulement à remplacer les pertes humaines. Elle doit également adapter son système de formation à l’évolution de la nature de la guerre.

Cela comprend l’utilisation de systèmes sans pilote, la guerre électronique, les tactiques des petites unités, la défense contre les drones, le génie de combat ainsi que la préparation des commandants subalternes et supérieurs. Zelensky pourrait donc chercher à élargir les programmes britanniques de formation et à rapprocher davantage les cours proposés des besoins immédiats de l’Ukraine sur le champ de bataille.

Un deuxième sujet majeur devrait concerner la production conjointe d’armes et de technologies militaires.

L’un des exemples les plus remarquables de cette coopération est le système de guerre électronique Stone Cloak. Le Royaume-Uni a transféré des droits de propriété intellectuelle à l’Ukraine, permettant à celle-ci de commencer une production nationale à grande échelle de dispositifs compacts conçus pour protéger les drones ukrainiens contre les systèmes russes de détection et d’interception.

Des milliers de ces systèmes auraient déjà été livrés, tandis que l’expérience opérationnelle acquise sur le champ de bataille pourrait également contribuer au développement de futures armes britanniques, notamment des missiles de croisière.

Stone Cloak illustre un nouveau modèle de coopération dans lequel l’Ukraine n’est plus considérée uniquement comme un bénéficiaire de l’aide occidentale, mais aussi comme un partenaire technologique et une source d’expertise militaire en temps réel.

Les forces armées ukrainiennes fournissent aux entreprises britanniques de défense des informations sur les performances des technologies dans les conditions d’une guerre de haute intensité, tandis que Londres offre à Kyiv des conceptions, des licences, des capacités industrielles et un accès à des recherches avancées.

Les deux dirigeants pourraient discuter de l’élargissement de la production conjointe de drones, de systèmes de guerre électronique, de munitions et d’équipements de défense aérienne.

En mars 2026, le Royaume-Uni et l’Ukraine ont établi un nouveau cadre visant à approfondir la coopération entre leurs industries de défense. Cette initiative va au-delà des livraisons directes et prévoit un développement conjoint, une fabrication commune ainsi qu’un renforcement à long terme des capacités de défense des deux pays.

La défense aérienne devrait occuper une place particulièrement importante dans les négociations.

Le Royaume-Uni avait précédemment annoncé un nouveau programme de 100 millions de livres sterling destiné à protéger les villes ukrainiennes et les infrastructures critiques. Avec les engagements antérieurs, le soutien britannique à la défense aérienne ukrainienne sur une période de deux mois aurait atteint 600 millions de livres sterling.

Zelensky devrait insister pour obtenir des livraisons plus rapides de missiles intercepteurs, de systèmes radar, de plateformes mobiles de défense aérienne et d’équipements conçus pour contrer les aéronefs sans pilote.

Les attaques russes combinent de plus en plus de grandes vagues de drones avec des missiles balistiques et de croisière, obligeant l’Ukraine à utiliser des intercepteurs coûteux tout en recherchant parallèlement des moyens moins onéreux de détruire les cibles entrantes.

Londres pourrait proposer à Kyiv non seulement des livraisons supplémentaires, mais aussi de nouveaux projets industriels communs. Le Royaume-Uni lui-même souhaite étudier l’expérience ukrainienne du champ de bataille afin d’améliorer ses propres capacités de défense aérienne, car le déploiement massif de drones peu coûteux est désormais considéré comme une menace non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour les États européens.

Un autre sujet probable sera l’ampleur et la prévisibilité du soutien britannique à long terme.

Le Royaume-Uni s’est engagé à fournir à l’Ukraine 3 milliards de livres sterling d’aide militaire par an jusqu’à la fin de la décennie et au-delà si cela reste nécessaire. Avec les mécanismes de prêt, le soutien militaire britannique pour l’année en cours devrait atteindre environ 4,5 milliards de livres sterling.

Depuis février 2022, l’aide totale britannique à l’Ukraine aurait atteint environ 25 milliards de livres sterling, dont près de 16 milliards auraient été consacrés à la défense.

Pour Zelensky, il sera essentiel d’obtenir la confirmation du nouveau Premier ministre que ces engagements résisteront aux pressions politiques internes et aux débats budgétaires.

Kyiv ne s’intéresse pas seulement aux chiffres annoncés, mais aussi à des calendriers de livraison prévisibles permettant au gouvernement ukrainien et à l’industrie de défense de planifier plusieurs années à l’avance les dépenses militaires, les acquisitions et la production.

Les deux parties pourraient également discuter des garanties de sécurité et du rôle potentiel du Royaume-Uni après la fin des hostilités actives.

Londres et Paris ont précédemment exprimé leur volonté de constituer la base d’une force multinationale qui pourrait soutenir l’Ukraine après tout futur accord de cessez-le-feu.

Le concept prévoit la création de centres de coordination militaire, la poursuite de la formation et de la reconstruction des forces armées ukrainiennes, ainsi qu’une coopération technique et logistique accrue.

Cependant, les principaux paramètres d’un tel mécanisme restent à définir.

Il demeure incertain où des forces étrangères pourraient être déployées, quel mandat elles recevraient, si elles participeraient à la défense de l’espace aérien ukrainien et ce qui se produirait en cas d’une nouvelle offensive russe.

Zelensky cherchera donc probablement à obtenir une compréhension plus claire des engagements que le Royaume-Uni serait prêt à assumer concrètement.

Le contexte international plus large influencera également la rencontre.

Le 28 juillet, Zelensky devrait se rendre à Washington pour des discussions avec le président américain Donald Trump. Des responsables américains et ukrainiens auraient évoqué une possible proposition visant à mettre fin aux attaques aériennes, qui pourrait ensuite être présentée à la Russie.

L’initiative est encore à l’étude, et Moscou a indiqué qu’il était trop tôt pour la commenter.

La rencontre au Royaume-Uni peut donc également être considérée comme une préparation politique aux négociations de la Maison-Blanche.

Zelensky souhaite arriver à Washington non comme un simple bénéficiaire isolé de l’aide américaine, mais comme le dirigeant d’un pays soutenu par de grands alliés européens.

Burnham, de son côté, pourrait chercher à coordonner avec Kyiv une approche commune concernant un éventuel cessez-le-feu, les garanties de sécurité et les conditions dans lesquelles des négociations avec la Russie pourraient avoir lieu.

L’aide militaire américaine, notamment les systèmes Patriot et les missiles intercepteurs, pourrait également être évoquée.

Zelensky a récemment évoqué la possibilité d’une production sous licence de missiles destinés au système Patriot et demandé des décisions plus rapides afin de protéger l’Ukraine contre les attaques balistiques russes.

Le Royaume-Uni n’utilise pas lui-même de systèmes Patriot, mais il peut soutenir les demandes ukrainiennes dans ses échanges avec Washington et d’autres alliés.

Londres pourrait également tenter de jouer un rôle d’intermédiaire entre Kyiv et l’administration Trump.

Le Royaume-Uni a tout intérêt à préserver l’implication américaine dans la sécurité européenne, tout en cherchant à empêcher tout accord qui laisserait l’Ukraine sans garanties crédibles et permettrait à la Russie de reconstruire ses capacités militaires.

La rencontre entre Zelensky et Burnham ne devrait probablement pas aboutir à un accord diplomatique majeur.

Son importance réside ailleurs. Le nouveau Premier ministre britannique devrait confirmer la continuité de la politique du Royaume-Uni, tandis que les deux parties tenteront de coordonner l’aide militaire, la production conjointe de défense et leurs positions diplomatiques avant la rencontre plus difficile et potentiellement moins prévisible de Zelensky avec Trump.

Pour Burnham, ces discussions constitueront un premier test de son leadership en matière de politique étrangère.

Pour Zelensky, elles représentent une occasion de consolider la position du Royaume-Uni comme l’un des principaux partenaires militaires et diplomatiques de l’Ukraine avant son déplacement à Washington.

Par Murad Samedov