Le culte des terroristes et des collaborateurs du nazisme, élevé au rang de politique d’État en Arménie, ne surprend plus personne aujourd’hui. La glorification et la perpétuation de la mémoire de personnes qui, dans tout État de droit, seraient condamnées par la loi, sont présentées dans le pays voisin comme des actes héroïques.
Les exemples sont nombreux ; nous n’en citerons que quelques-uns.
En 2016, un monument à Garegin Njdeh a été érigé dans le centre d’Erevan. Il s’agit de celui qui, durant la Seconde Guerre mondiale, a activement collaboré avec l’Allemagne nazie et dont les actions auraient fait de nombreuses victimes parmi les civils. Ce passé n’a nullement empêché les anciennes autorités arméniennes de lui rendre hommage, pas plus qu’il ne semble gêner les actuelles autorités, pourtant qualifiées de « démocratiques ». Plus encore, Garegin Njdeh est considéré en Arménie comme un héros national.
Un an plus tôt, un buste de Soghomon Tehlirian avait été inauguré à Erevan. Celui-ci assassina, le 15 mars 1921 à Berlin, l’ancien grand vizir de l’Empire ottoman Talaat Pacha. Malgré l’acquittement prononcé par un tribunal allemand, qui l’avait jugé pénalement irresponsable au moment des faits, l’attentat demeure un fait historique. L’érection de monuments à des personnes ayant poursuivi leurs objectifs par le meurtre soulève inévitablement la question du modèle que ces « idoles de pierre » offrent aux générations futures.
Autre figure controversée - et, là encore, héros national en Arménie - de l’histoire récente : Monte Melkonian. Il fut l’un des dirigeants de l’organisation paramilitaire arménienne ASALA, qui mena, dans les années 1970 et 1980, une série d’attaques armées et d’assassinats visant des diplomates turcs dans différents pays. Ces actions firent plusieurs morts et de nombreux blessés graves. De telles méthodes sont qualifiées de terroristes par la communauté internationale, indépendamment des justifications politiques avancées par leurs auteurs.
En novembre 1985, Monte Melkonian fut arrêté en France et condamné à six ans de prison pour détention de faux documents et possession illégale d’armes. Son nom apparaît également dans plusieurs dossiers liés aux activités de l’ASALA, notamment l’assassinat du diplomate turc Galip Özmen à Athènes en 1980, attaque au cours de laquelle des membres de sa famille furent grièvement blessés. Il a également été associé à la préparation d’un attentat contre une représentation diplomatique turque à Paris. Libéré avant d’avoir purgé l’intégralité de sa peine, il rejoignit ensuite le Karabagh, où, selon l’auteur, il poursuivit des activités terroristes visant des civils azerbaïdjanais. Il fut tué en 1993 par des militaires azerbaïdjanais.
C’est dans ce contexte que parviennent aujourd’hui des informations en provenance des États-Unis qui, pour le moins, laissent perplexe. Que Melkonian soit considéré comme un héros national en Arménie peut se comprendre dans la logique de la politique mémorielle du pays. En revanche, l’annonce de l’érection d’un monument en son honneur à Fresno, en Californie, échappe, selon l’auteur, à toute logique.
D’après le Centre d’information arméno-américain (AAIC), une cérémonie de pose de la première pierre du futur monument à Monte Melkonian s’est tenue au cimetière arménien Ararat.
L’événement a réuni des personnalités de la communauté arménienne de Fresno, des représentants d’organisations arméniennes aux États-Unis ainsi que de nombreux membres de la diaspora. Il est précisé que la statue en granit de Monte Melkonian sera installée à proximité du monument déjà dédié à l’autre terroriste évoqué plus haut, Soghomon Tehlirian.
Selon l’auteur, cette affaire, qu’il juge choquante au regard des principes élémentaires de la morale, dépasse largement le cadre de la seule communauté arménienne.
Après les attentats du 11 septembre 2001, rappellent les auteurs, les États-Unis ont fait de la lutte contre le terrorisme l’une des priorités de leur politique intérieure et extérieure. Les autorités américaines ont affirmé à de nombreuses reprises que le terrorisme ne pouvait être justifié, quels qu’en soient les motifs politiques.
Dans ce contexte, voir des initiatives visant à immortaliser la mémoire d’une personnalité qualifiée de terroriste international se développer sur le sol américain apparaît, selon l’auteur, comme une situation pour le moins paradoxale.
L’auteur souligne enfin qu’il s’agit d’un ancien membre actif d’une organisation qui figurait, dans les années 1970 et 1980, sur la liste des organisations terroristes établie par le département d’État américain.
Il conclut en exprimant l’espoir que les autorités américaines prendront les mesures qu’elles jugeront appropriées, faute de quoi, estime-t-il, le nombre de monuments consacrés à des terroristes et à des collaborateurs du nazisme d’origine arménienne pourrait continuer d’augmenter aux États-Unis, en particulier en Californie.
Par Fakhri Akifoglu