BRAS DE FER ENTRE TURQUIE ET ISRAËL EN SYRIE- ENTRETIEN

Analyses
7 Septembre 2026 17:04
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BRAS DE FER ENTRE TURQUIE ET ISRAËL EN SYRIE- ENTRETIEN

Deux semaines après la frappe israélienne contre la base aérienne d’Abou Zouhour, dans le nord de la Syrie, située à 72 kilomètres de la frontière turque, l’armée turque est entrée à Deir ez-Zor afin de construire un pont temporaire sur l’Euphrate - dans une zone auparavant contrôlée par les FDS séparatistes, mais libérée le 18 janvier de cette année par les forces de sécurité syriennes.

Les militaires turcs ont assuré la sécurité et aidé les Syriens à réparer le pont temporaire. La solidité du pont a été vérifiée en y faisant passer des véhicules blindés turcs, après quoi les drapeaux de la Turquie et de la Syrie y ont été hissés. L’ensemble du processus s’est déroulé sous la surveillance de drones turcs patrouillant dans l’espace aérien et assurant des mesures de sécurité supplémentaires.

Le silence d’Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, après la frappe contre Abou Zouhour le mois dernier, avait affirmé qu’Ankara avait l’intention d’établir une installation militaire sur cette base aérienne.

« Nous ne tolérerons pas l’avancée de l’armée turque vers le sud, car cela nous menace », avait déclaré le Premier ministre israélien. Cette affirmation a toutefois été démentie par des responsables turcs, syriens et américains.

Un élément mérite néanmoins d’être souligné : après avoir bombardé, sous prétexte de « construction d’une base turque », un aérodrome militaire situé à 72 kilomètres de la frontière turque, Tel-Aviv n’a absolument pas réagi à l’avancée des militaires turcs sur environ 285 kilomètres à l’intérieur de la Syrie.

Le professeur adjoint au département des relations internationales de l’Université de Düzce et expert en sécurité, le Dr Gökmen Kılıçoğlu, a déclaré que la frappe israélienne contre Abou Zouhour était motivée par des considérations politiques. Selon lui, Netanyahou, qui éprouve une profonde inquiétude à l’approche des élections d’octobre, tente de lier son avenir politique aux questions de sécurité d’Israël.

Gökmen Kılıçoğlu

« Conformément à l’accord conclu entre la Turquie et Israël l’année dernière à Bakou, les deux pays doivent s’informer mutuellement des mouvements de leurs forces militaires vers le sud ou vers le nord. Mais Netanyahou a violé cet accord pour des raisons de politique intérieure. Comment une base aérienne située dans le nord de la Syrie, à proximité de la frontière turque, aurait-elle pu constituer un problème pour Israël, situé au sud ? » s’interroge l’expert turc.

Washington et Bakou opposés à une escalade

Évoquant l’absence de réaction d’Israël à l’avancée des militaires turcs vers Deir ez-Zor, Kılıçoğlu souligne que la situation n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Selon lui, il existe une énorme différence entre frapper une base aérienne syrienne inutilisée et attaquer des militaires turcs.

« Ce serait alors une confrontation ouverte, susceptible de s’étendre à toute la région, ce que Washington ne souhaite absolument pas. Malgré les déclarations que le gouvernement de Netanyahou fait à l’intention de son opinion publique, je ne pense pas qu’Israël osera entrer dans une confrontation ouverte avec la Turquie, qui possède la deuxième armée la plus puissante de l’OTAN », a déclaré notre interlocuteur.

L’expert estime par ailleurs qu’après la frappe contre Abou Zouhour, Netanyahou s’est retrouvé sous pression et qu’il est désormais contraint de faire preuve de davantage de retenue à l’égard de la présence turque en Syrie. Gökmen Kılıçoğlu rappelle que Washington a déclaré ouvertement ne pas vouloir permettre un conflit entre Israël et la Turquie, tandis qu’un certain nombre de pays, dont l’Azerbaïdjan, travaillent activement à la mise en place de mécanismes destinés à empêcher une escalade.

Quel est le problème ?

La semaine dernière, certains médias israéliens ont écrit que l’inquiétude ne concernait pas tant l’avancée des forces turques vers le sud que ce qu’elles pourraient apporter avec elles. Ces publications soulignaient que la véritable ligne rouge pour Israël serait l’éventuel déploiement de systèmes de défense antiaérienne turcs sur le territoire syrien.

Selon ces sources, de tels systèmes permettraient à Ankara de suivre les activités de l’armée de l’air israélienne au-dessus de la Syrie lors des opérations menées contre l’Iran, et limiteraient également la « liberté de manœuvre » d’Israël dans l’espace aérien syrien.

Cependant, selon le dernier rapport de l’Institut israélien d’études de sécurité nationale (INSS), Ankara est capable de suivre les activités israéliennes dans l’espace aérien syrien même sans déployer directement des systèmes de défense antiaérienne en Syrie. Le rapport souligne qu’il existe peu de différence pratique entre le déploiement de radars turcs, de moyens de guerre électronique ou de systèmes de défense antiaérienne dans le nord de la Syrie et leur déploiement dans le sud de la Turquie ou à Chypre du Nord.

Rappelant la présence en Turquie des systèmes radars stratégiques à longue portée de Kürecik, Gökmen Kılıçoğlu souligne qu’Ankara dispose également d’autres moyens de surveillance de la région.

« Les zones de couverture de ces systèmes se chevauchent largement. Il importe donc peu qu’ils soient déployés en Turquie, à Chypre du Nord ou en Syrie. Il en va de même pour l’espace maritime : la marine turque bénéficie d’un avantage naturel en Méditerranée orientale, et ses radars sont eux aussi capables de surveiller la région », a souligné l’expert turc.

Par Ruslan Bashirli