EMIRATS ARABES UNIS ET ISRAEL: UNE ALLIANCE CONTRE L'IRAN, L'ARABIE SEOUDITE ET L'ACTION EXTERIEURE DE LA TURQUIE

Analyses
18 Mai 2026 21:30
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EMIRATS ARABES UNIS ET ISRAEL: UNE ALLIANCE CONTRE L'IRAN, L'ARABIE SEOUDITE ET L'ACTION EXTERIEURE DE LA TURQUIE

Dans le contexte de l’affrontement américano-israélien avec l’Iran, des détails frappants émergent concernant la coopération militaire et politique entre Israël et les Émirats arabes unis. De plus en plus d’informations filtrent sur les activités discrètes des services de renseignement et des dirigeants politiques des deux pays. Tout porte à croire qu’à terme, le monde pourrait assister à un rapprochement accru entre l’État hébreu et plusieurs pays arabes face à une menace commune.

Après le déclenchement de la guerre à Gaza en 2023, il était devenu difficile pour les Émirats de poursuivre la coopération avec Israël, pourtant amorcée sous des auspices prometteurs. Dans ce contexte, Abou Dhabi a été contraint de suspendre ses relations diplomatiques avec l’État hébreu. Dans le même temps, le Hamas, considéré comme une organisation extrémiste, ne jouit pas non plus d’une grande estime aux Émirats. Ceux-ci soutiennent l’arrivée au pouvoir à Gaza de forces alternatives, dans le cadre du plan de paix proposé par le président américain Donald Trump et le Conseil de paix. Néanmoins, les Émirats ont vivement condamné l’élimination de dirigeants du Hamas au Qatar, qualifiant la frappe menée contre Doha de « lâche ».

Cela n’a toutefois pas remis en cause l’engagement des Émirats en faveur de la paix et de la lutte contre le radicalisme. La guerre lancée en mars 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran - qui avait occupé en 1971 trois îles stratégiques revendiquées par les Émirats - a replacé les relations entre les deux pays sur leur trajectoire initiale. Un ennemi commun, la République islamique d’Iran, a rapproché Abou Dhabi et Jérusalem.

Durant la guerre de mars, de nombreux médias ont relayé des informations laissant entendre que les Émirats étaient devenus l’un des principaux faucons de la campagne anti-iranienne dans le Golfe persique. Des experts émiratis ont appelé à punir l’Iran. Au niveau officiel, la ligne dure d’Abou Dhabi s’est particulièrement manifestée dans les déclarations d’Anouar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats. Celui-ci considère l’Iran comme la principale menace pour la sécurité régionale et comme un agresseur évident.

Fin avril, Gargash déclarait :

« L’Iran se comporte comme une superpuissance même sans arme nucléaire. Imaginez ce qu’il ferait s’il en possédait. »

Après le cessez-le-feu annoncé par Donald Trump, le responsable émirati, intervenant lors d’une session organisée par le Dubai Press Club, s’est dit perplexe face à la position de plusieurs pays arabes et a qualifié l’attitude de la Ligue arabe de « faible ».

Concernant Téhéran, il s’est montré catégorique : l’Iran est le principal ennemi des Émirats arabes unis.

« Nous sommes parfaitement conscients que de nombreuses sociétés arabes considèrent Israël comme l’ennemi principal, mais dans les États du Golfe, la perception peut être différente. C’est l’Iran qui a attaqué les pays de la région avec des milliers de missiles et de drones. Pour cette raison, nous ne lui faisons pas confiance et le considérons comme notre principal ennemi », a déclaré Gargash.

Si les dirigeants de l’Arabie saoudite, du Qatar, du Koweït et d’autres pays de la région touchés par les frappes iraniennes ont eux aussi vivement critiqué Téhéran, ils se sont néanmoins gardés de présenter Israël sous un jour favorable. Cela souligne l’évolution notable de la position émiratie.

Il convient de noter que les différends des Émirats ne concernent pas uniquement l’Iran, mais également plusieurs pays arabes. Au Yémen, par exemple, les Émirats et l’Arabie saoudite soutiennent des camps opposés malgré la menace commune des Houthis : Abou Dhabi appuie le Conseil de transition du Sud, tandis que Riyad soutient le gouvernement yéménite. Au Soudan, les Émirats soutiennent les Forces de soutien rapide contre l’armée, appuyée par l’Arabie saoudite et la Turquie. En Somalie, la Turquie, l’Arabie saoudite et plusieurs pays orientaux soutiennent le gouvernement officiel, alors que les Émirats appuient le Somaliland, récemment reconnu par Israël.

Ainsi, les intérêts d’Abou Dhabi coïncident de plus en plus avec ceux de Jérusalem. Le retrait des Émirats de l’OPEP et de l’OPEP+, ainsi que les menaces de quitter à terme l’Organisation de la coopération islamique, témoignent également d’un profond tournant de la politique étrangère émiratie. Les Émirats se rapprochent clairement d’Israël, qu’ils considèrent comme un partenaire fiable et prometteur dans les domaines de l’innovation et des technologies militaires de pointe. Abou Dhabi semble avoir compris qu’après les menaces iraniennes, la solidarité islamique ne suffisait plus à garantir sa sécurité.

Dans ce contexte, la déclaration publiée sur X par les services du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a particulièrement retenu l’attention. Le communiqué affirmait qu’« au plus fort de la guerre » contre l’Iran, le chef du gouvernement israélien s’était secrètement rendu aux Émirats pour rencontrer le président du pays, le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane.

« Cette visite a conduit à une avancée historique dans les relations entre Israël et les Émirats arabes unis », indiquait le communiqué.

Comme on pouvait s’y attendre, le ministère émirati des Affaires étrangères a démenti l’information. Il a affirmé que « toute allégation concernant des visites non programmées ou des accords non divulgués est totalement infondée tant qu’elle n’a pas été officiellement confirmée par les autorités émiraties ». Une réaction qui ressemble surtout à une tentative de démenti diplomatique. La fuite semble avoir eu pour objectif de montrer que les Émirats ne sont pas seuls face à Téhéran.

Selon Axios, Israël aurait envoyé début mars une batterie du système de défense aérienne Iron Dome aux Émirats, accompagnée de personnel chargé de son entretien. Cette information a également été confirmée par l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee.

Sur le plan du renseignement, le directeur du Mossad, David Barnea, s’est rendu à deux reprises aux Émirats - en mars puis en avril - tout comme le nouveau chef du Shin Bet, David Zini. D’après le Wall Street Journal, les Émirats auraient secrètement mené des frappes contre l’Iran au moment même de l’annonce du cessez-le-feu en avril. Une raffinerie iranienne située sur l’île de Lavan aurait été visée. Bloomberg affirme par ailleurs qu’Abou Dhabi a coordonné ses manœuvres militaires avec Israël.

La plateforme américaine Axios écrivait le 26 avril que la coopération militaire et sécuritaire entre Israël et les Émirats avait atteint son niveau le plus élevé pendant la guerre.

L’ambassadeur américain Mike Huckabee a confirmé qu’Israël avait déployé aux Émirats des batteries Iron Dome ainsi que du personnel militaire. Le renforcement du partenariat israélo-émirati s’est également illustré par la visite à Abou Dhabi du chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, qui a rencontré de hauts responsables émiratis, dont le président Mohammed ben Zayed. L’information a été rapportée par la chaîne Kan, citant ses propres sources.

Ces développements ont suscité la réaction attendue du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui a écrit sur X que Téhéran entendait demander des comptes aux pays agissant de concert avec Israël contre la République islamique. Selon lui, « Netanyahou a publiquement révélé ce que les services de sécurité iraniens avaient depuis longtemps signalé » aux autorités iraniennes.

Mais les Émirats ne sont pas les seuls à s’opposer à la politique agressive de l’Iran. D’après Reuters, l’Arabie saoudite aurait elle aussi mené secrètement de nombreuses frappes contre l’Iran en réponse aux attaques de Téhéran, au plus fort du conflit au Moyen-Orient.

Ainsi, la politique jugée irrationnelle du régime des ayatollahs a posé les bases de nouveaux blocs et alliances, tout en accélérant la recomposition de l’ensemble du Moyen-Orient.

Par Moses Becker