Bien que, lors de la cérémonie de fondation, Donald Trump ait souligné la volonté de cette structure de coopérer avec l’Organisation des Nations unies, il apparaît clairement que le Conseil entend traiter certaines questions clés de sécurité internationale de manière autonome, sans s’inscrire strictement dans le cadre onusien.
Un élément retient tout particulièrement l’attention : parmi les États signataires de la Charte figurent plusieurs pays du monde turcique, notamment la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Cette participation soulève la question d’un renforcement du rôle collectif des États turciques sur la scène internationale et de l’émergence d’une plateforme commune pour la défense de leurs intérêts.
Interrogé par Caliber.az, le politologue ouzbek Bunyod Tillakhodjaev, politologue et expert au Centre « Stratégie de développement », estime que la présence des pays turciques parmi les fondateurs du « Conseil de la paix » constitue un fait de première importance. Selon lui, ce statut d’États fondateurs marque une transformation institutionnelle majeure, traduisant le passage d’une participation passive aux processus internationaux à une implication directe dans leur élaboration.
Il souligne également que l’adhésion de plusieurs pays turciques s’inscrit dans une dynamique plus large de coordination croissante entre eux, un phénomène particulièrement significatif dans le contexte de recomposition de l’ordre mondial. Cette coopération accrue permettrait, selon l’expert, de disposer d’une plateforme supplémentaire de concertation fondée sur une proximité culturelle, des intérêts pragmatiques convergents et la complémentarité des potentiels régionaux.
Pour Bunyod Tillakhodjaev, le bloc turcique au sein du « Conseil de la paix » pourrait évoluer vers une coalition influente, notamment sur des dossiers liés au transport, à l’économie, à la stabilité régionale et au dialogue humanitaire. Dans le cas de l’Ouzbékistan, l’adhésion à cette nouvelle structure est perçue comme un investissement stratégique dans son capital politique futur, renforçant une politique étrangère axée sur le pacifisme et la diplomatie préventive. En tant que membre fondateur, Tachkent disposerait ainsi d’un nouvel outil institutionnel pour promouvoir à la fois ses intérêts nationaux et régionaux, ce qui témoignerait également de la reconnaissance internationale des réformes engagées ces dernières années.
De son côté, le politologue et économiste kazakh Rouslan Salikhov n’exclut pas que les analystes qualifient un jour la décision des pays turciques de rejoindre cette initiative américaine d’événement historique. Il observe qu’au-delà de la diversité des intérêts nationaux, une agenda politique commun se dessine de plus en plus nettement parmi des États longtemps perçus comme fragmentés. Cette convergence progressive contribue à la formation d’un centre de pouvoir collectif en pleine expansion, soutenu par un potentiel économique et géopolitique considérable.
Selon Salikhov, le renforcement de l’Organisation des États turciques (OET) joue un rôle clé dans cette dynamique en tant que principale plateforme de coordination du monde turcique. Par ailleurs, le développement du Corridor médian s’impose comme l’un des principaux vecteurs de consolidation politique et économique. Cette artère de transport multimodale stratégique pourrait devenir l’un des dossiers prioritaires que les pays turciques chercheront à promouvoir au sein du « Conseil de la paix ».
L’expert estime en outre que cette nouvelle structure ne se limitera pas à l’adoption de décisions politiques, mais qu’elle s’accompagnera probablement de la création d’un cercle économique de dirigeants, compte tenu des ambitions économiques bien connues de Donald Trump. Dans ce contexte, les États turciques bénéficient d’une opportunité inédite pour faire valoir leurs intérêts sur la scène politique mondiale.
Si la ligne directrice du « Conseil de la paix » sera largement déterminée par la position des États-Unis en tant que puissance mondiale dominante, il n’en demeure pas moins que la participation des pays turciques obligera Washington à tenir compte de leurs positions lors des procédures de vote et de l’élaboration des décisions collectives. Ainsi, la présence coordonnée de ces États pourrait conférer au monde turcique un poids accru dans la définition des futurs équilibres géopolitiques.