La tapisserie de Bayeux est arrivée au Royaume-Uni pour la première fois depuis sa création présumée sur le sol anglais, il y a près de mille ans. Escortée depuis un lieu tenu secret dans le nord de la France par un convoi sous protection policière, elle a été acheminée jusqu’au quai de déchargement du British Museum, où elle sera exposée à partir de septembre, rapporte News.Az, citant la BBC.
Longue de 70 mètres, cette broderie du XIᵉ siècle retrace, en 58 scènes, les événements qui ont conduit à la bataille d’Hastings et à la conquête normande de l’Angleterre en 1066, un tournant majeur de l’histoire du pays.
La caisse de transport, d’apparence imposante et protégée par une structure en aluminium, a été délicatement descendue du camion devant un cercle restreint de personnalités, parmi lesquelles figuraient l’ambassadeur de France au Royaume-Uni et le directeur du British Museum.
Le directeur du British Museum, Nick Cullinan, a déclaré : « Nous venons d’assister à un moment tout à fait extraordinaire : l’arrivée de la tapisserie de Bayeux au British Museum et, surtout, son retour en Angleterre pour la première fois depuis près de mille ans.
C’est un événement exceptionnel, non seulement à observer, mais aussi auquel participer. Nous sommes impatients de le partager avec le plus grand nombre. »
Voir une grande caisse noire sortir d’un camion en pleine nuit peut sembler peu spectaculaire. Pourtant, il s’agit d’un moment historique, auquel les équipes de BBC News ont également assisté.
Millie Horton-Insch, commissaire du projet d’exposition consacré à la tapisserie de Bayeux au British Museum, a confié : « Cela peut paraître étrange d’être aussi enthousiaste à la vue d’un camion reculant jusqu’à un quai de déchargement et d’une caisse que l’on en retire. Mais lorsqu’on pense à l’objet qu’elle contient, à son ancienneté, au fait qu’il a été réalisé si peu de temps après les événements qu’il représente, par des personnes qui les ont vécus, c’est profondément émouvant.
J’ai eu les larmes aux yeux en la voyant descendre du camion. J’imagine que je serai submergée par l’émotion lorsque je la verrai réellement. »
Le président français Emmanuel Macron a déclaré dans le Times que ce prêt constituait « un geste de confiance, une expression concrète d’une amitié de longue date et le signe de notre volonté commune de voir la France et le Royaume-Uni construire leur avenir ensemble ».
Il avait auparavant publié une photographie montrant une image de la tapisserie de Bayeux projetée par le British Museum sur les falaises blanches de Douvres, accompagnée du mot « merci ».
En France, toutefois, l’annonce de ce prêt a suscité des inquiétudes. De nombreuses voix se sont élevées contre le déplacement d’une œuvre aussi fragile et d’une telle importance historique sur plus de 500 kilomètres. Une pétition demandant l’annulation de ce transfert l’a même qualifié de « crime contre le patrimoine ».
Avant son décès, l’artiste David Hockney s’était lui aussi opposé au déplacement de la tapisserie vers le Royaume-Uni, estimant que son transport pouvait la mettre en danger. « Certaines choses sont trop précieuses pour qu’on prenne un tel risque », avait-il écrit.
Par Zülfüqar Azay