LEGISLATIVES 2024 : MOI ET LE CHAOS

Actualités
1 Juillet 2024 20:28
315
LEGISLATIVES 2024 : MOI ET LE CHAOS

Par Jean-Michel Brun

Finalement, le score a été beaucoup plus serré que prévu, avec 29, 25% pour le RN, avec 37 sièges acquis au premier tour, et 27,99% pour le NFP, avec 32 députés élus, soit un écart de 1,26 points. Mais il faut bien entendu pondérer ces chiffres, car les électeurs de Ciotti se rallieront au RN au second tour.

La participation exceptionnelle pour un législative, près de 70% de votants n’a pas e définitive changé la donne. Quant aux autres partis, ils sont distancés : Ensemble, le parti présidentiel (qui décidément a beaucoup changé de nom depuis 2017) est à 20,04%, Les Républicains « Canal historique » fait 6,57, Les LR tendance Ciotti 3,90, le Horizons, le parti d’Edouard Philippe ne fait que 0,72%.

Tout se jouera donc au second tour. La grande question étant, quelle consigne donnera le parti de Macron, s’il en donne. Officiellement Emmanuel Macron dit vouloir faire barrage à l’extrême droite, mais sa politique ayant jusqu’à présent démontré exactement le contraire, et ses attaques les plus virulentes ayant été adressées au Nouveau Front Populaire, il n'est pas certain que des électeurs auxquels on n'a cessé d'expliquer que l'ennemi la gauche, suivront ces consignes.

Quoi qu’il en soit, le président de la République portera à jamais la responsabilité d’avoir permis à un parti, historique raciste, islamophobe et antisémite d’accéder au pouvoir. Une première dans la cinquième République.

Certes, le RN se défend de toute tendance discriminatoire. Il a joint ses voix à ceux qui dénoncent une supposée explosion de l’antisémitisme, volontairement confondu avec le soutien au peuple palestinien, et Marine Le Pen a rendu visite à Mohammed Al-Issa, le secrétaire général de la Ligue Islamique Mondiale. En réalité, ces postures sont destinées à rassurer les deux communautés, de façon à ne plus apparaître à leurs yeux comme un repoussoir. En réalité, ce masque de façade se brise dès que les cameras sont absentes, et rien n’a changé dans ce parti, depuis le « détail de l’histoire de Jean-Marie Le Pen.

Toute la campagne de Bardella s’est appuyée sur cette volonté d’apparaître comme un parti fréquentable, quitte à se contredire d’une déclaration à l’autre, comme, par exemple, sur la réforme des retraites, l’attitude vis-à-vis de l’Ukraine, ou le sort des binationaux.

L’enjeu, pour la France, est de taille : soit le Rassemblement national obtient la majorité absolue, et il règnera en maître sur la France, sans véritable programme, et sans personnalité politique compétente, avec le risque d’un pays dévalorisé sur le plan international et chaotique sur le plan intérieur, et surtout le risque de soulèvements populaires à côté desquels celui des gilets jaunes ressemblerait à une procession de nonnes.

L’autre possibilité, la plus réaliste, est l’absence de majorité, entraînant une instabilité politique jamais observée depuis le temps de la IVe République. Bref, un marasme dont tous les Français seront les victimes, et en particulier ceux qui, en 2017, ont cru aux promesses du candidat à la Présidence.

Car finalement, quel aura été le plus grand échec d’Emmanuel Macron ?

Probablement celui d’être passé à côté d’un grand destin historique. En 2017, le plus jeune président que la France a connu avait tout pour être celui qui allait rendre son prestige à notre pays, à la fois sur le plan intérieur et sur la scène internationale, après 10 ans d’errance politique.

Le programme qu’il affichait était, pour beaucoup de Français, enthousiasmant :

En premier lieu mettre en place une nouvelle façon de faire de la politique par la démocratie de proximité, c’est à dire en rendant la parole au peuple, en écoutant ses besoins, Lorsque, pendant la campagne électorale de 2017, les partis reprochaient à Macron de ne pas avoir de programme, il répondait : le programme pour la France, ce sont les Français qui doivent l’exprimer.

Ensuite, il avait promis d’unir les Français. Que chacun ait les mêmes chances, quelles que soient ses origines, sa culture, sa religion. Il avait promis d’en finir avec une laïcité exclusive qui met les convictions de chacun au ban de la société.

Il avait promis de mener une lutte sans merci contre la pauvreté, assurant que, sous son mandat personne ne dormirait plus dans la rue.

Il avait promis de rendre à la France sa place sur la scène internationale et son esprit d’indépendance.

Enfin, il avait juré de mettre définitivement fin au danger de l’extrême droite.

Dans la réalité, il a fait exactement le contraire de ce qu’il avait promis.

Soumis aux intérêts des grandes puissances financières américaines, il leur a vendu nos plus belles entreprises, comme Alstom, et s’est aligné sur les positions américaines en matière de politique étrangère.

Il n’a entendu aucune des revendications populaires et a instrumentalisé la constitution française pour faire passer en force des lois que le peuple refusait.

Jamais la pauvreté n’a été si présente en France, jamais les riches n’ont été aussi riches et les pauvres aussi pauvres.

Enfin, dans sa volonté de s’attirer les votes d’extrême-droite, croyant que celles de gauche lui étaient acquises, il a poursuivi la légitimation des idées xénophobes et islamophobes entamées par ses deux prédecesseurs.

Par cette politique, il a divisé les Français. Fait monter l’islamophobie et l’antisémitisme, tout en feignant de lutter contre ces deux fléaux.

Et le résultat a été le contraire de ce qu’il avait prévu : une impopularité jamais atteinte par un Président français, et une montée spectaculaire du Rassemblement National, au risque de voir celui-ci gouverner dans quelques jours.

Il reste toutefois encore une possibilité à Macron pour tenter de reprendre la main et apparaître comme le « sauveur de la République » : dissoudre à nouveau l’Assemblée Nationale après le délai légal d’un an en espérant que Jordan Bardella, s’il est premier ministre, aura d’ici démontré son incapacité à occuper ce poste. Jusqu’à présent tous les paris de Macron ont échoué. Celui-là aura-t-il plus de chances ?