Une note des services de renseignement de la police espagnole affirme que les forces de sécurité marocaines ont contribué à organiser et à diriger l’entrée massive de migrants à Ceuta à la fin du mois de juillet, selon des informations rapportées mercredi par les médias espagnols.
Ce rapport, qui porte sur l’arrivée de plus de 70 000 migrants, remet en question la version officielle présentée par le gouvernement espagnol concernant la crise à la frontière, a rapporté l’agence Anadolu.
Selon la télévision publique espagnole RTVE, le rapport de police indique que des gendarmes marocains, certains en uniforme et d’autres en civil, ont guidé les migrants vers l’enclave espagnole par vagues successives, dans le but de submerger les dispositifs de contrôle aux frontières.
Le document, transmis à l’Audiencia Nacional espagnole, décrit les passages des 30 et 31 juillet, au cours desquels environ 72 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole d’Afrique du Nord, comme une opération planifiée plutôt que comme un mouvement spontané provoqué par des passeurs ou des appels lancés sur les réseaux sociaux.
Le rapport indique également que la police avait émis, le 29 juillet, une alerte faisant état d’un « risque extrême » de tentatives coordonnées d’entrée à Ceuta et Melilla le lendemain, soit à la nage, soit en franchissant les barrières frontalières.
Ces conclusions placent le gouvernement espagnol sous pression concernant sa version initiale de la crise. Mardi, la ministre de la Migration, Elma Saiz, avait déclaré qu’aucun élément ne permettait de penser à une implication marocaine dans les passages massifs.
Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a demandé mercredi au directeur de la Police nationale, Francisco Pardo, de fournir des explications, notamment sur la date à laquelle la direction de la police avait eu connaissance de ce rapport.
Le gouvernement a déclaré ne pas avoir reçu le document et a appelé à faire preuve de la « plus grande prudence » tant que son contenu n’aurait pas pu être examiné en détail.
Lundi, le Premier ministre Pedro Sánchez avait salué la coopération du Maroc pendant la crise, tout en mettant en cause des réseaux liés à la Russie et à Israël, ainsi que des groupes internationaux d’extrême droite, dans la diffusion de désinformation autour des événements survenus à Ceuta. La Russie et Israël ont rejeté ces accusations.
L’Union européenne a adopté une position plus nuancée concernant le rôle de la Russie, estimant qu’il n’existait aucune preuve concluante permettant d’affirmer que la désinformation étrangère avait provoqué la crise migratoire.
Le rapport de police a également provoqué une vive réaction politique en Espagne.
Le chef de l’opposition, Alberto Núñez Feijóo, a accusé le gouvernement de chercher à dissimuler le rôle du Maroc et a demandé que l’ambassadeur du Maroc soit convoqué. Il a également réclamé le rappel pour consultations de l’ambassadeur espagnol à Rabat.
Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a déclaré mercredi que l’enclave faisait face à un « grave danger ». Il a qualifié les passages de migrants d’attaque délibérée et organisée et accusé le Maroc de chercher à exercer une pression sur Ceuta et Melilla.
Cette controverse intervient alors que Ceuta continue de gérer les conséquences de ces arrivées massives.
Sánchez a déclaré lundi qu’environ 5 000 migrants entrés pendant la crise se trouvaient encore à Ceuta, tandis que Vivas estime leur nombre à près de 10 000. Des milliers de personnes vivent dans des centres d’hébergement temporaires et des camps de fortune, tandis que des manifestations, des affrontements et des attaques impliquant des migrants et des habitants ont accru les tensions.
Mardi, le gouvernement a annoncé une enveloppe de 309 millions d’euros (357 millions de dollars) destinée à renforcer la sécurité et les services publics, ainsi qu’à soutenir les entreprises et les opérations humanitaires dans l’enclave.
News.Az
Par Ulviyya Salmanli