PRESSION DE L’U.E. SUR LA GÉORGIE : KULEVI RENONCE AU PÉTROLE RUSSE ET TRAITERA DU PÉTROLE KAZAKH OU TURKMÈNE

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29 Août 2026 08:41
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PRESSION DE L’U.E. SUR LA GÉORGIE : KULEVI RENONCE AU PÉTROLE RUSSE ET TRAITERA DU PÉTROLE KAZAKH OU TURKMÈNE

Le Bureau national des statistiques de Géorgie a publié des données confirmant que le pays s’éloigne des importations de pétrole russe.

En juillet 2026, la Géorgie a importé pour la première fois du pétrole brut en provenance du Kazakhstan. Le volume des approvisionnements s’est élevé à 5 500 tonnes, pour une valeur de 3,2 millions de dollars. Il s’agit de la première apparition du pétrole kazakh dans les statistiques d’importation géorgiennes. Ces approvisionnements ont été achetés par la raffinerie pétrolière de Kulevi.

Néanmoins, selon Interfax, la Russie est restée le principal fournisseur de pétrole de la Géorgie en juillet. Le mois dernier, 87 400 tonnes de pétrole brut, d’une valeur de 36,4 millions de dollars, ont été importées de Russie. Au total, au cours des sept premiers mois de l’année, les importations ont atteint 569 300 tonnes, pour une valeur de 238,5 millions de dollars.

La raffinerie pétrolière de Kulevi, exploitée par Black Sea Petroleum (BSP) dans le port de Kulevi, est la seule raffinerie de pétrole actuellement en activité en Géorgie. L’installation traitait auparavant du pétrole brut russe, mais elle devra désormais cesser de l’utiliser en raison des sanctions. Plus précisément, les sanctions ont été imposées par l’Union européenne à la raffinerie elle-même. Elles doivent entrer en vigueur en janvier prochain, à moins que la raffinerie de Kulevi cesse de traiter du pétrole russe.

Cette situation représente un défi important pour la raffinerie. Premièrement, le pétrole brut russe est moins cher que le pétrole kazakh. Deuxièmement, d’un point de vue logistique, il est nettement plus facile de s’approvisionner en pétrole en Russie que de l’importer du Kazakhstan.

L’entreprise avait précédemment indiqué que la raffinerie cesserait complètement d’utiliser du pétrole russe en août-septembre et qu’elle passerait à du brut en provenance du Turkménistan et du Kazakhstan. Vakhtang Chakhnashvili, membre du conseil de surveillance de BSP, a déclaré à la chaîne de télévision géorgienne TV Pirveli que l’entreprise prévoyait de pénétrer les marchés européens et avait donc besoin de pétrole brut non russe, compte tenu de la décision de l’UE d’inscrire la raffinerie de Kulevi sur sa liste de sanctions. Les sanctions doivent entrer en vigueur le 25 janvier 2027.

Les autorités géorgiennes ont réagi moins sereinement aux sanctions de l’UE. Le ministère géorgien des Affaires étrangères a publié une déclaration affirmant que « lors de la préparation du 21e paquet de sanctions de l’UE, la partie géorgienne a fourni à la Commission européenne des informations complètes et les documents pertinents, qui confirment sans équivoque qu’il n’existe aucun fondement factuel ou juridique justifiant l’inscription de la raffinerie pétrolière de Kulevi sur la liste des sanctions ».

Le ministère des Affaires étrangères a assuré Bruxelles qu’il prenait, et continuerait de prendre, toutes les mesures nécessaires pour empêcher que la Géorgie soit utilisée pour contourner les sanctions.

L’UE avait également prévu d’inclure la raffinerie de Kulevi dans son 20e paquet de sanctions. Toutefois, après des consultations avec les autorités géorgiennes, l’installation avait été retirée de la liste. Cette fois, les efforts diplomatiques n’ont pas permis d’obtenir le résultat souhaité. La seule concession accordée par l’UE a été un report de six mois, donnant à la raffinerie le temps de diversifier ses approvisionnements en pétrole brut.

La pression exercée sur la Géorgie ne provenait pas uniquement de l’Union européenne. Le Royaume-Uni, par l’intermédiaire de son ambassadeur à Tbilissi, a exhorté à plusieurs reprises la Géorgie à cesser d’utiliser du pétrole russe, avertissant que les citoyens géorgiens, comme les Britanniques, « devraient payer davantage », a rapporté Gazeta.Ru. S’adressant aux journalistes, le président du Parlement géorgien, Shalva Papuashvili, a qualifié la position du gouvernement britannique d’« immorale et hypocrite ».

Tbilissi a à plusieurs reprises résisté aux appels de l’UE à rejoindre les sanctions contre la Russie. Le gouvernement, le Parlement et le ministère des Affaires étrangères ont constamment fait valoir que de telles mesures pourraient présenter de graves risques pour l’économie géorgienne.

La raffinerie de Kulevi est la première installation de ce type en Géorgie. La première phase, d’une capacité annuelle de traitement de 1,2 million de tonnes, a été mise en service à la fin de 2025. Le projet a coûté 150 millions de dollars. La raffinerie produit actuellement du naphta, du fioul et du diesel à haute teneur en soufre.

Au début de 2026, dans le cadre des négociations concernant la deuxième phase de la raffinerie, BSP a signé un accord de licence avec l’entreprise américaine Honeywell. Celle-ci fournira son expertise en ingénierie et en technologie pour une unité moderne de traitement du pétrole, permettant de produire du carburant d’aviation, de l’essence, du diesel et du carburant marin conformes aux normes internationales. Des négociations sont en cours avec la Banque d’import-export des États-Unis (EXIM Bank) afin de financer la fourniture de la technologie Honeywell à la Géorgie, selon Neftgaz.Ru.

La deuxième phase prévoit la construction d’unités de traitement sous vide, qui permettront à la raffinerie de produire de l’essence Euro-5, du carburant d’aviation, du diesel Euro et du bitume. La mise en service est prévue au début de l’année prochaine, après quoi la capacité annuelle de l’installation passera à 4,5 millions de tonnes.

Parallèlement, le gouvernement géorgien s’attend à une augmentation des exportations de pétrole kazakh transitant par le territoire géorgien. La vice-ministre géorgienne de l’Économie et du Développement durable, Inga Phaladze, a déclaré aux journalistes que le gouvernement kazakh souhaitait participer à des projets d’oléoducs traversant la Géorgie. Une telle coopération permettrait d’accroître les recettes budgétaires, de renforcer l’importance géopolitique du pays et de rendre son secteur énergétique plus attractif, a rapporté Sputnik Georgia.

Ekaterina Sisauri, directrice générale de la Georgian Oil and Gas Corporation, a déclaré que le pays était pleinement prêt à faciliter l’augmentation des volumes de transit de pétrole kazakh via les itinéraires Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) et Bakou-Soupsa. Selon elle, l’oléoduc Bakou-Soupsa n’a pas fonctionné ces dernières années, mais des accords avec l’Azerbaïdjan permettront de reprendre son exploitation et d’utiliser cet itinéraire pour transporter du pétrole kazakh vers les marchés mondiaux.

Il convient de noter qu’en juillet, KazTransOil (KTO) a acheminé 155 000 tonnes de pétrole vers l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, soit 11,5 % de plus qu’en juillet 2025, selon Interfax-Kazakhstan. Au total, 1,2 million de tonnes de pétrole kazakh ont été transportées par l’oléoduc BTC l’année dernière. En 2026, ce chiffre devrait atteindre 2,2 millions de tonnes.

En conclusion, la perte de l’accès au pétrole brut russe représentera un revers financier pour la raffinerie de Kulevi. Cependant, celle-ci a peu de choix. Les sanctions visant les exportations énergétiques russes devraient devenir de plus en plus strictes, et toute association avec des approvisionnements énergétiques russes faisant l’objet de sanctions pourrait avoir de graves conséquences pour la Géorgie.

Par Tural Heybatov