La visite d’État du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev en Ouzbékistan marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Bakou et Tachkent. Au-delà de la relation bilatérale, les résultats de cette visite prennent une dimension plus large, à mesure que se développent les connexions économiques et logistiques entre l’Asie centrale, le Caucase du Sud et l’Europe.
La signature d’un Traité d’amitié éternelle entre Ilham Aliyev et son homologue ouzbek, Shavkat Mirziyoyev, constitue l’un des principaux résultats politiques de la visite. La troisième réunion du Conseil suprême interétatique s’est également tenue à Tachkent et plusieurs nouveaux accords ont été conclus dans différents secteurs.
Ces décisions renforcent le cadre politique et juridique des relations entre les deux pays. Leur rapprochement s’appuie sur une histoire et une culture communes ainsi que sur leur appartenance au monde turcique. Mais, au-delà de ces facteurs identitaires, les considérations économiques et géostratégiques prennent désormais une place croissante.
Le commerce, les investissements, les transports, l’énergie et l’industrie figurent parmi les principaux domaines de coopération. En 2025, les échanges commerciaux entre l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan ont plus que triplé, pour atteindre 795 millions de dollars.
Le facteur géographique azerbaïdjanais
L’un des enjeux majeurs du rapprochement concerne le transport et le transit. Situé au cœur de l’Asie centrale, l’Ouzbékistan cherche à diversifier ses accès aux marchés internationaux. L’Azerbaïdjan, de son côté, bénéficie d’une position stratégique sur la rive occidentale de la mer Caspienne, entre l’Asie centrale, le Caucase du Sud et l’Europe.
C’est dans ce contexte que le Corridor médian, ou Route internationale de transport transcaspienne, prend une importance particulière. Cette voie relie l’Asie centrale à l’Azerbaïdjan à travers la mer Caspienne, avant de poursuivre vers la Géorgie, la Turquie et les marchés européens.
Pour Bakou, le développement de cet axe représente à la fois une opportunité économique et un moyen de renforcer son poids géopolitique. Selon les autorités azerbaïdjanaises, le volume des marchandises transportées via le Corridor médian à travers le pays a augmenté de 90 % au cours des trois dernières années.
Dans cette perspective, le partenariat entre Bakou et Tachkent dépasse largement la simple relation commerciale. Il participe à la recherche de nouvelles voies d’accès de l’Asie centrale aux marchés européens.
Pour l’Ouzbékistan, une porte vers la Caspienne et l’Europe
Le renforcement des relations avec l’Azerbaïdjan offre à l’Ouzbékistan un accès accru à la mer Caspienne et à des itinéraires alternatifs en direction de l’Europe. Pour Bakou, l’Ouzbékistan constitue à son tour un partenaire majeur en Asie centrale, avec un marché important et une position permettant d’élargir les échanges avec les autres économies de la région.
La logique est donc largement complémentaire. L’Ouzbékistan peut servir de point d’ancrage en Asie centrale, tandis que l’Azerbaïdjan constitue l’un des maillons reliant cette région au Caucase et, au-delà, à l’Europe.
Une intégration plus étroite de ces deux espaces pourrait accroître la compétitivité du Corridor médian et favoriser de nouvelles opportunités commerciales et d’investissement.
La coopération économique ne se limite toutefois pas au transport. Les investissements et les projets industriels occupent également une place croissante dans les relations bilatérales.
La société d’investissement Azerbaïdjan-Ouzbékistan, dotée d’un capital de 500 millions de dollars, constitue un instrument destiné à financer des projets communs. Le transit connaît également une progression : en 2025, le volume des transports en transit entre les deux pays a atteint 1,4 million de tonnes.
L’énergie représente un autre axe stratégique. Aux coopérations traditionnelles dans le secteur pétrolier et gazier s’ajoutent désormais les énergies renouvelables et les projets d’« énergie verte ». Cette évolution pourrait, à terme, faire de l’Azerbaïdjan un acteur des futures connexions énergétiques entre l’Asie centrale et l’Europe.
Une portée géopolitique qui dépasse le cadre bilatéral
La visite d’Ilham Aliyev ne peut donc être analysée uniquement à travers le prisme des relations entre Bakou et Tachkent. Elle intervient dans un contexte de rapprochement croissant entre l’Asie centrale et le Caucase du Sud, deux régions dont l’importance économique augmente dans les nouvelles routes commerciales eurasiatiques.
L’Azerbaïdjan cherche à tirer parti de sa position géographique et de ses infrastructures pour consolider son rôle de pays de liaison entre l’Est et l’Ouest. Le port de Bakou, le réseau ferroviaire et le développement du Corridor médian renforcent progressivement cette vocation de plateforme de transit.
Dans ce contexte, l’approfondissement du partenariat avec l’Ouzbékistan permet également à Bakou de consolider sa présence en Asie centrale. Pour Tachkent, la coopération avec l’Azerbaïdjan offre une voie supplémentaire vers les marchés occidentaux.
La visite d’État d’Ilham Aliyev en Ouzbékistan a ainsi permis de consolider la confiance politique entre les deux pays tout en donnant une nouvelle impulsion à leur coopération économique et logistique.
À plus long terme, le partenariat Bakou-Tachkent pourrait contribuer à l’émergence d’un espace économique et de transport reliant plus étroitement l’Asie centrale à l’Europe. La position géographique de l’Azerbaïdjan et le poids économique de l’Ouzbékistan se complètent à cet égard.
Pour Bakou, l’enjeu est clair : transformer son avantage géographique en influence économique et stratégique durable. Pour Tachkent, il s’agit de diversifier ses routes commerciales et de renforcer son ouverture vers l’Ouest. Si cette dynamique se poursuit, le rapprochement entre les deux capitales pourrait devenir l’un des éléments structurants des nouvelles connexions entre l’Asie, le Caucase et l’Europe.
AZERTAC