La Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé, le 7 août 2026, une alliance de défense destinée à protéger chacun des trois États contre une éventuelle agression. Riyad a été le principal moteur de cet accord, qui reflète ce qu’il considère comme une menace croissante de la part d’un Iran de plus en plus affaibli. Le nouvel arrangement ne doit toutefois pas être considéré comme une alliance de type OTAN. Il ne dispose ni d’une solide structure institutionnelle supranationale ni d’un mécanisme établi qui engagerait automatiquement tous les membres à entrer en guerre si l’un d’entre eux était attaqué. À ce stade, il demeure essentiellement une déclaration politique de portée générale.
Il y a, par exemple, peu de raisons de penser que l’Arabie saoudite entrerait en guerre aux côtés du Pakistan en cas de conflit entre l’Inde et le Pakistan. La même logique s’applique à la Turquie, qui cherche à contenir l’influence iranienne dans la région. En définitive, chacun des participants poursuit ses propres intérêts nationaux.
Ankara espère renforcer l’attractivité de l’alliance en y faisant entrer l’Égypte, le pays le plus peuplé du monde arabe et un État disposant d’importantes capacités militaires. Selon Global Firepower, l’Égypte occupait le neuvième rang mondial en matière de puissance militaire globale et le premier parmi les pays à majorité musulmane.
L’Égypte affichait un indice Global Firepower de 0,1872 en 2020, sachant que 0,0000 est considéré comme le score « parfait ». Jusqu’à une période relativement récente, la Turquie possédait les forces armées les plus puissantes parmi les pays à majorité musulmane, mais elle est depuis tombée à la 11e place. L’Égypte compte environ 440 000 militaires en activité et 480 000 réservistes supplémentaires. Son armée de l’air comprend 294 hélicoptères, dont des hélicoptères d’attaque, ainsi que 215 avions de chasse, 88 avions d’attaque, 59 avions de transport et 387 avions d’entraînement.
Ses forces terrestres comprennent 4 295 chars, 11 700 véhicules blindés, 2 189 pièces d’artillerie, 1 139 systèmes d’artillerie automoteurs et canons, ainsi que 1 084 systèmes de lance-roquettes multiples. La marine égyptienne compte quant à elle deux porte-hélicoptères, sept frégates, sept corvettes, huit sous-marins, 31 bâtiments de patrouille et 45 vedettes de patrouille.
Pacte de défense de La Mecque : pourquoi l’accord Arabie séoudite–Türkiye–Pakistan est important
Ces chiffres font de l’Égypte une puissance militaire importante. Pourtant, ses forces armées restent fortement dépendantes des systèmes d’armes américains et du soutien militaire des États-Unis. Sans l’aide financière et l’appui de Washington, l’Égypte aurait du mal à soutenir un conflit prolongé, car sa base industrielle nationale et son secteur de la défense demeurent relativement limités.
Cette dépendance pourrait expliquer en partie l’attitude prudente du Caire à l’égard de l’alliance proposée de La Mecque. Une adhésion pourrait réduire la marge de manœuvre des dirigeants égyptiens, tandis que Le Caire ne souhaite pas prendre le risque d’être entraîné dans une confrontation avec Israël, allié essentiel des États-Unis. Les responsables égyptiens ont depuis longtemps appris à évaluer soigneusement les risques liés aux confrontations motivées par des considérations idéologiques.
Un autre facteur invoqué par Le Caire est l’absence des Émirats arabes unis parmi les signataires. Les Émirats constituent l’un des partenaires économiques les plus importants de l’Égypte. Parallèlement, pendant la dégradation des relations égypto-turques, Le Caire a développé des liens relativement étroits avec la Grèce et Chypre, notamment en ce qui concerne la délimitation des frontières maritimes et les revendications sur le plateau continental.
En 2003, l’Égypte et Chypre ont signé un accord définissant leurs zones économiques exclusives (ZEE), notamment les droits relatifs au plateau continental. La frontière maritime a été établie selon le principe de la ligne médiane, c’est-à-dire une ligne tracée à égale distance des côtes des deux pays. Ce cadre a ensuite servi de base à des accords concernant les approvisionnements de l’Égypte en gaz provenant du champ gazier Aphrodite, situé au large de Chypre.
L’Égypte et la Grèce ont conclu un accord de délimitation maritime en août 2020. Bien qu’il repose lui aussi sur le principe de la ligne médiane, des facteurs géographiques ont été pris en compte, de sorte que la frontière finale n’est pas strictement équidistante. L’Égypte a ainsi obtenu une zone légèrement plus vaste.
Ces relations sont importantes car les rapports entre la Turquie, la Grèce et Chypre restent tendus et pourraient potentiellement dégénérer en confrontation militaire en Méditerranée orientale et dans la mer Égée. Le Caire aborde donc avec beaucoup de prudence tout arrangement militaire impliquant Ankara.
Le Pakistan représente une autre source potentielle de complications. L’Égypte ne souhaite pas se retrouver impliquée dans une confrontation avec l’Inde en raison de ses relations avec Islamabad, notamment compte tenu du renforcement de la coopération entre New Delhi, les Émirats arabes unis et Israël.
Les réserves du Caire n’ont pas empêché Ankara de chercher à attirer d’autres participants dans l’alliance de La Mecque. La Turquie semble estimer qu’une occasion s’est présentée d’accroître son influence régionale. Avant de se rendre au Caire, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s’est rendu en Libye, qui a été identifiée comme une autre candidate potentielle à l’adhésion au groupe.
La Libye et les autres candidats potentiels
La Libye devrait toutefois parvenir au préalable à une unité politique et à une plus grande stabilité. Il existe également un obstacle plus fondamental : les intérêts égyptiens et turcs en Libye restent profondément divergents.
Le Qatar pourrait être un autre candidat potentiel. Sa principale contribution serait financière, d’autant que la Turquie dispose déjà d’une base militaire sur le territoire qatari. Cette présence n’a toutefois pas nécessairement renforcé la sécurité du Qatar. Doha entretient des relations assez étroites avec le Pakistan et l’Arabie saoudite, mais le Qatar lui-même ne dispose que de capacités militaires limitées.
La plupart des autres États de la région sont peu susceptibles de trouver l’accord de La Mecque particulièrement attrayant. Bahreïn et le Koweït s’appuient depuis longtemps sur la puissance militaire américaine pour assurer leur sécurité. La Syrie ne dispose actuellement ni d’une armée efficace ni d’une économie autosuffisante et elle est si faible qu’elle ne devrait pas devenir un acteur régional majeur dans un avenir prévisible.
L’Irak, pour sa part, devrait rester neutre. Sur le plan religieux, il entretient des affinités plus étroites avec l’Iran chiite qu’avec les États majoritairement sunnites, même si les dirigeants irakiens cherchent récemment à suivre une politique plus indépendante de Téhéran. Son économie commence également seulement à se redresser, ce qui rend peu attrayante une implication dans les entreprises géopolitiques d’autres pays.
L’expérience du récent conflit entre les États-Unis et l’Iran a démontré que les alliances militaires, à elles seules, ne peuvent garantir ni la paix ni la stabilité.
La Jordanie est confrontée à ses propres contraintes. Sa fragile économie et sa dépendance à l’égard des approvisionnements en eau provenant d’Israël rendent peu probable qu’Amman mette en péril ses relations avec Jérusalem au profit d’une alliance incertaine. La coopération avec les États-Unis offre également davantage de fiabilité, car elle repose sur des intérêts mutuels établis de longue date. Washington est géographiquement éloigné, tandis que la Turquie est une puissance régionale dont le discours politique fait parfois référence à une influence néo-ottomane.
Enfin, il existe une dimension économique. Ni la Turquie ni le Pakistan ne peuvent rivaliser avec la taille du marché américain ou avec les capacités technologiques des États-Unis. À l’exception de l’Arabie séoudite, les membres de l’alliance proposée ont relativement peu à offrir sur ce plan. Les concepts idéologiques n’exercent plus le même attrait qu’autrefois, particulièrement lorsqu’ils ne débouchent pas sur des améliorations concrètes de la prospérité et du niveau de vie.
Par Moses Becker